Enfin ! Le dispositif de renforcement des fonds propres garanti par l’Etat est sur les rails. Ces derniers jours, les négociations avec la Commission européenne, qui doit valider le dispositif au regard du régime des aides d’Etat, commençaient à impatienter Bercy. Bruxelles a donné son feu vert ce jeudi 4 mars. Ce qui ouvre la voie à un début de distribution des dispositifs par les réseaux bancaires et les fonds d'investissements Relance « dès début avril », selon Bruno Le Maire, le ministre de l’Economie.
2 outils côté banques et fonds
Le gouvernement espère au total atteindre 20 milliards d’euros distribués jusqu’au 30 juin 2022, date butoir du dispositif, via deux outils de renforcement de fonds propres pour lesquels l’Etat apporte sa garantie à hauteur de 30 %. D’un côté, les prêts participatifs vont être distribués par l’intermédiaire des réseaux bancaires. Considérés comme des quasi-fonds propres, ces prêts d’une durée de remboursement de huit ans bénéficieront d’un différé de remboursement de quatre ans. En parallèle, les fonds d’investissement vont pouvoir distribuer des « obligations relance », qui consistent en des obligations subordonnées non dilutives, remboursables en une seule fois au bout de huit ans par l’entreprise.
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Montants : jusqu’à 12,5 % du chiffre d’affaire pour les PME
« 20 milliards d’euros d’investissement, c’est un apport massif, sans compter l’effet d’entrainement », veut croire Bruno Le Maire. Toutes les PME au-delà de 2 millions d’euros de chiffre d’affaires et les ETI devraient pouvoir en profiter, même si le montant global de quasi-fonds propres devrait varier. Pour les PME, le plafond de prêts participatifs ou d’obligations pourrait monter jusqu’à 12,5 % du chiffre d’affaires 2019, contre 8,4 % pour les ETI. Le montant maximal éligible sera un peu moins important pour les entreprises qui ont déjà tiré la totalité de leur enveloppe de PGE. Dans ce cas de figure, les quasi fonds propres ne pourront dépasser 10 % du chiffre d’affaires d’avant-crise pour les PME et 5 % pour les ETI.
Coût : Des taux autour de 4 à 5,5 %
Pour les entreprises, la fourchette des coûts des deux dispositifs devrait se situer entre 4 et 5,5 % pour les PME et un peu plus pour les ETI. Un coût plus attractif que des fonds propres classiques, mais davantage que les PGE ou les emprunts bancaires en ce moment. Contrairement aux PGE, les taux pourront varier selon les réseaux, car il comporte un plus grand risque pour les banques. De la même façon, banques et fonds risquent de se montrer sélectifs, en ne soutenant que les entreprises viables à long terme, et avec de vrais capacités de rebond. Les acteurs de place tablent sur une demande de 7 à 10 000 entreprises pour les prêts participatifs et 25 000 pour les obligations non dilutives. Si la demande des entreprises dépasse l’objectif de 20 milliards d’euros, le gouvernement se dit déjà prêt à augmenter son apport en garantie. « Nous ne compterons pas ce qui est nécessaire », assure le ministre de l’Economie, pour lequel « le mantra de 2021, doit être d’investir, d’investir et d’investir ».
Pas les seuls outils disponibles
Annoncé depuis l’automne, le dispositif de renforcement public des fonds propres était très attendu par les entreprises, alors que la hausse des charges financières et la dégradation des bilans risquent de freiner la capacité des entreprises à tirer parti de la reprise. « Nous arrivons à un point où il faut regarder en haut de bilan. Mais les entreprises familiales comme la nôtre ont du mal à ouvrir leur capital », reconnaît Sylvie Bernard Grandjean, la directrice générale de Redex, qui s'intéresse de près aux obligations Relance.
Les prêts participatifs et les obligations relance ne sont par ailleurs qu’un outil parmi d’autres de renforcement des fonds propres. Depuis l’été 2020, Bpifrance s’est fixé comme objectif d’investir directement en capital dans 100 PME par mois, notamment via des obligations convertibles de petits montants. Un objectif que la banque publique n’a pour l’instant pas atteint « car pour le moment, les entreprises sont gorgées de liquidités avec les PGE », pointe le directeur général de Bpifrance Nicolas Dufourcq. Certaines entreprises pourraient d’ailleurs préférer conserver leurs PGE non utilisés, plutôt que de renforcer leurs fonds propres. L’un des enjeux clefs des prochains mois va être de convaincre les entreprises de s'en préoccuper rapidement, sans attendre d’être au pied du mur. « Il va falloir un porte-à-porte de masse », estime Nicolas Dufourcq.



