L’Europe a-t-elle pêché une nouvelle fois par naïveté ? Dans la bataille mondiale pour les vaccins, l’Union européenne a en tout cas joué le jeu de la coopération internationale, fidèle à sa réputation de championne du libre-échange. Depuis janvier, 43 millions de doses produites sur le continent ont été exportées dans le monde. 68 millions ont été livrées dans les Etats-membres. Mais l’ouverture a ses limites. Alors que la campagne de vaccination ne décolle pas en Europe, avec 13,6 % de la population européenne vaccinée contre 45 % au Royaume-Uni et 37 % aux Etats-Unis, les exportations de doses sont devenues difficilement justifiables auprès des Européens. D’autant qu’en la matière, l’Europe fait figure d’exception.
Les Etats-Unis ont jusqu’à présent interdit toute exportation de vaccins produits sur leur sol et une première livraison de 4 millions de doses au Canada et au Mexique est seulement en discussion. Quant au Royaume-Uni, il a reçu 10 millions de doses Pfizer-BioNTech depuis l’Union européenne mais n’a livré en retour aucune dose à l’Europe en provenance des deux usines AstraZeneca sur son sol, arguant que son contrat avec le laboratoire lui garantit d’être fourni en premier. Or le retard de vaccination a un coût sanitaire, mais aussi économique, puisqu’il repousse le retour à la normale de l’activité. C’est ce qui justifie le changement de ton de Bruxelles, frustré par ses déboires avec AstraZeneca. En durcissant son mécanisme de contrôle des exportations de vaccins déjà en place depuis janvier, la Commission européenne s’est dotée d’un moyen de pression supplémentaire. Dans le viseur : le Royaume-Uni, principal pays concerné par la menace de suspendre tout envoi en l’absence de véritable réciprocité.
L’efficacité de la méthode fait encore débat entre Etats-membres. Le Benelux, où se concentrent plusieurs usines de vaccins, craint les mesures de rétorsions. « Les vaccins intègrent de nombreux composants, parfois plus de 200 », met en garde l’association européenne des industriels du secteur, l'EFPIA, rappelant que leur chaîne de production est internationale. Il n’est pas dit que le dispositif augmentera rapidement les livraisons aux Etats-membres. Une grande partie des vaccins exportés l’ont été par Pfizer-BioNTech, qui livre déjà plus de doses que prévu dans son contrat initial. Un tel dispositif devra de toute façon être utilisé avec parcimonie, reconnait la Commission. Depuis janvier, seule une autorisation d’exportation a d'ailleurs été refusée sur 315. Mais l'Europe n'a pas d'autre choix que de montrer ses muscles si elle veut se faire entendre. Quelques heures après la présentation du nouveau mécanisme, le Royaume-Uni et l’Europe ont fait retomber la pression. « Etant donné nos interdépendances, nous travaillons ensemble pour créer une situation gagnant-gagnant à court, moyen et long termes », ont précisé les deux pays dans un communiqué commun. De quoi réconforter.



