Juste avant la suspension provisoire liée à la sécurité du vaccin d’AstraZeneca le 15 mars, la France avait dépassé les 300 000 injections par jour. Chiffre qui avait chuté à moins de 200 000 depuis. Le niveau remonte doucement depuis le retour d’AstraZeneca dans la campagne vaccinale, et devrait renouer avec 300 000 injections hebdomadaires dès cette semaine et atteindre 400 000 "très rapidement", indique-t-on du côté du ministère des Solidarités et de la Santé. Toutefois, les ambitions de cette campagne, qui vient encore de s’accélérer avec l’ouverture à la vaccination aux personnes de 70 à 75 ans sans comorbidités, doivent s’ajuster à la réalité des livraisons de vaccins. Si celles de Pfizer/BioNTech et de Moderna s’avèrent conformes aux contrats, la situation est beaucoup plus problématique avec le vaccin AstraZeneca ou encore celui de Janssen (Johnson & Johnson), récemment autorisé par la France.
Pfizer-BioNTech, le pilier de la campagne vaccinale
Il n’y a "aucun problème identifié pour les contrats avec Pfizer et Moderna" a assuré mardi 23 mars un porte-parole du ministère en charge de l’Industrie. A fin mars, la France aura ainsi reçu, en cumulé depuis le début de l’année, environ 10 millions de doses du vaccin Pfizer-BioNTech. Ce chiffre devrait frôler les 40 millions à fin juin. C’est, et de très loin, le plus grand volume de vaccins anti-Covid réceptionnés et à venir en France. Et donc le pilier principal de l’accélération de la campagne vaccinale.
Le taux d’utilisation atteint 90%, contre une moyenne de 80% pour l’ensemble des trois vaccins utilisés en France aujourd’hui, et le ministère des Solidarités et de la Santé décrit une situation de "flux tendu". Ainsi, le gouvernement fonde principalement ses espoirs sur Pfizer/BioNTech pour poursuivre l’accélération de sa campagne. D’ailleurs, les vaccinodromes appelés à se déployer en France seront alimentés, par les dépositaires pharmaceutiques, avec ce vaccin. Il contribuera aussi, avec le produit Moderna, à vacciner les professionnels de santé de moins de 55 ans qui ne peuvent plus recevoir l’AstraZeneca depuis la dernière recommandation de la Haute autorité de Santé (HAS).
RAS sur Moderna
La situation semble aussi limpide du côté du vaccin Moderna. Au 31 mars, 1,5 million de doses devraient avoir été réceptionnées (895 000 en date du 21 mars selon le ministère des Solidarités et de la Santé). A fin juin, il est toujours prévu un volume cumulé d’un peu moins de 7 millions de doses réceptionnées en France. Les livraisons Moderna n’interviennent que toutes les deux semaines. Afin de sécuriser les accès à la seconde dose du vaccin, des stocks sont réservés et il n’y a pas d’utilisation en flux tendu.
Le casse-tête AstraZeneca
Pour le vaccin d’AstraZeneca, la situation est beaucoup plus complexe. A fin mars, environ 4,5 millions de doses devraient être arrivées. Ce qui ne représente "qu'un quart de ce qu’on attendait", regrette-t-on au ministère en charge de l’Industrie. A fin avril, le total en cumulé ne pourrait pas dépasser 7,4 millions. Soit toujours le quart de ce qui était prévu. Au niveau européen, qui régit les dotations pour la France, AstraZeneca ne promet désormais plus que 100 millions de doses livrées à fin juin, soit un chiffre trois fois inférieur au contrat.
Cette épineuse situation est noircie par une visibilité très faible sur les volumes à réceptionner semaine après semaine. "Avec AstraZeneca nous avançons à l’aveugle", reconnait un porte-parole du ministère des Solidarités et de la Santé. Cette semaine, seulement 150 000 doses sont attendues sur le territoire. Pour la semaine prochaine, aucun chiffre n’est avancé...
Par ailleurs, dans l’arsenal vaccinal, le produit AstraZeneca ne peut plus, depuis le 19 mars, être administré aux personnes de moins de 55 ans en raison d’une incertitude sur un lien éventuel avec des risques de développer des thromboses très particulières et rares. Alors que les enquêtes se poursuivent pour établir ou exclure ce lien direct avec le vaccin, notamment avec l’Agence européenne du médicament (EMA), la Haute autorité de Santé (HAS) va devoir aussi se prononcer rapidement sur l’injection de la seconde dose pour les personnes de moins de 55 ans ayant déjà reçu une administration.
Des nombres de doses plus faibles qu’espérées pour Janssen
La Direction générale de la Santé (DGS) prévoyait la réception de 1 million de doses du vaccin anti-Covid-19 de Janssen au mois d’avril. C’est raté. Selon le ministère en charge de l’Industrie, deux livraisons sont attendues à partir de la mi-avril, mais pour un total de seulement 450 000 doses. Et encore, l’engagement n’est toujours pas ferme, que ce soit pour la France ou pour l’UE. Début mars, Johnson & Johnson n’était pas encore sûr de pouvoir livrer les 55 millions des doses envisagées pour l’UE avant le second semestre. Or ce vaccin, dont la France espère obtenir 8 millions de doses au total avant la fin juin, est très attendu en raison de sa facilité d’utilisation et de sa dose unique pour la couverture vaccinale.



