Du temps, de l’énergie et de l’argent investis pour... de maigres résultats. Trois semaines après le lancement de l’application StopCovid, le gouvernement a dressé mardi 23 juin un premier bilan décevant. Seules 68 personnes se sont déclarées malades dans l’application, faisant remonter 205 contacts mais déclenchant l’envoi de seulement 14 notifications d'alerte de contact à risque.
Le secrétaire d’Etat au numérique s’est dit incapable d’expliquer cet écart très important entre le nombre de personnes croisées et celui de notifications envoyées. "Le nombre très faible de notifications nous interroge : nous devons mieux comprendre comment les gens interagissent avec l’application", a estimé lors du point presse Cédric O.
Désinstallations en hausse
Etudes de terrain et sondages doivent être prochainement menés pour voir où l’application est utilisée (concentration dans les centres urbains ou dispersion sur le territoire) et comment. Des modifications pourraient être faites en retour. "En fonction de la formulation du mail qui donne les résultats du test au Covid-19, nous avons observé que la réactivité des gens est différente, qu’ils se déclarent plus ou moins, a illustré Cédric O. C’est sur ce genre de choses que nous voulons travailler."
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Au 23 juin, 1,8 million d'activations de l’application avait été recensées, sur 1,9 million de téléchargement. A ce chiffre il faut ôter les désactivations (près de 24 000) et les désinstallations (46 000 environ). "Le solde des utilisateurs reste positif mais ces derniers jours, le nombre de désinstallations est en hausse, a pointé le secrétaire d’Etat au numérique. Nous l’expliquons par la baisse de l’inquiétude relative à la pandémie. La crainte étant moins forte, les Français voient une utilité moindre à l’application."
Un argument contestable. En Allemagne par exemple, où la pandémie connaît elle aussi une accalmie, l’application équivalente à StopCovid, lancée après cette dernière, a été téléchargée 10 millions de fois. "Mon avis personnel est que cela ne dit rien de l’application, dont le fonctionnement est sensiblement le même, mais dit tout de nos différences culturelles, a répondu Cédric O à une question qui pointait cet écart. La sensibilité au débat technologique, au respect des gestes barrières est peut-être différente d’un pays à l’autre."
Ne pas collecter les contacts trop éloignés et trop courts
Le point du gouvernement a aussi été l’occasion de répondre aux différentes polémiques soulevées depuis le 2 juin. Il a d’abord annoncé qu’un nouveau filtre va être intégré à l’application lors sa prochaine mise à jour (prévue le 25 juin) afin de réduire la collecte des données. Le fait que les données de tous les contacts croisés soient envoyées au serveur central, et non uniquement celles des contacts à risque, suscite en effet des critiques.
Le gouvernement a déjà justifié par des raisons techniques ce choix d’effectuer le calcul d’exposition d’un contact sur le serveur et non sur le téléphone. Mais la minimisation de la collecte des données étant un principe imposé par le droit européen (RGPD), un nouveau filtre doit permettre de ne pas retenir les contacts trop éloignés ou trop courts (durée inférieure à une ou deux minutes, encore à trancher). L’annonce intervient alors que la Cnil, dont l'avis avait été émis sur un dispositif censé ne retenir que les contacts à risque (moins d’un mètre pendant plus de 15 minutes), a lancé de nouvelles investigations.
Des coûts évalués entre 80 000 et 160 000 euros par mois
Deuxième controverse : l’attribution des contrats de maintenance, de développements et d’hébergement de l’application, ainsi que les montants engagés. Le parquet national financier a été alerté par l’association Anticor pour l’attribution du contrat d’hébergement à Outscale, filiale de Dassault Systèmes, sans appel d’offres de marché public.
Pas besoin, rétorque Bercy : les montants engagés sont inférieurs au plafond qui impose de passer un tel appel. L’hébergement dont s'occupe Outscale coûterait 40 000 euros par mois ; la maintenance et les développements entre 40 000 et 80 000 euros, montants qui varient selon les mois (opérés par la start-up Lunabee Studio et Cap Gemini, qui le fait bénévolement jusqu’à septembre avant d’être la seule société remise en concurrence). Ces dépenses ne tiennent pas compte d’éventuelles options, a précisé Cédric O.
Reste à voir ce que diront la Cnil et le parquet national financier après ces précisions très attendues.



