Stilla, BforCure… Quand les start-up de la microfluidique s’attaquent aux tests de dépistage du Covid-19

Alors que Fluigent cherche à se positionner sur le marché du dépistage du Covid-19, d’autres start-up de la microfluidique sont déjà bien implantées dans le secteur. En France, BforCure et Stilla Technologies ont notamment su exploiter les avantages de la technologie pour proposer des tests PCR plus rapides et plus précis.

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Mini-usine Aria (microfluidique) Fluigent
La microfluidique, qui exploite le comportement des fluides à l'échelle du micron, peut accélérer et améliorer la précision des tests PCR grâce à des mini-laboratoires comme celui-ci.

Et si la microfluidique était en mesure d’accélérer les tests de dépistage du Covid-19 ? Pour plusieurs entreprises du secteur, plus qu’une éventualité, cette question est une réelle opportunité. "La microfluidique permet de créer de mini-laboratoires, installables sur le lieu même du prélèvement, avance France Hamber, PDG de la start-up Fluigent. Elle permet aussi d’obtenir des résultats beaucoup plus rapidement, ou beaucoup plus fiables."

La jeune pousse, qui a récemment sorti son mini-laboratoire Aria, cherche à se positionner dans le domaine du test diagnostic. Elle cherche "à s’associer à ceux qui maîtrisent les réactifs", présente sa PDG. Mais, problème, la pépite du Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne) a déjà un temps de retard sur la concurrence : d’autres, comme BforCure ou Stilla Technologies, sont déjà bien placées sur le marché du test PCR, méthode de référence dans la lutte contre le Covid-19.

Tests cliniques

"Un certain nombre de sociétés sont en train de se positionner sur ce marché, constate Laurent Boitard, directeur opérationnel de MilliDrop, qui développe des systèmes automatisés de détection de bactéries (pas de virus). Mais la règlementation des produits de diagnostic est assez longue." Et pour cause : la préparation d’un dossier visant à obtenir un marquage CE peut durer de trois à neuf mois.

Cela a duré six mois pour BforCure. La start-up créée en 2018 à Montreuil (Seine-Saint-Denis) a gagné en mai un appel d’offres lancé en urgence par le ministère des Armées afin de développer un système de détection rapide du Covid-19. Elle mène actuellement des tests cliniques à l’hôpital Saint-Louis (Paris Xe) et espère obtenir une certification en novembre.

Analyse sur puce

"Notre technologie de dépistage, Fastgene, est née d’une collaboration avec la Direction générale de l’armement (DGA) pour développer des solutions ultra-rapides de détection d’agents bioterroristes", rappelle Maël Leberre, PDG de la jeune pousse. Prévue pour équiper les terrains d’action militaire ou les événements de grande ampleur comme les Jeux olympiques, la solution s’appliquera prochainement à accélérer les tests PCR du Covid-19.

"Nos machines sont vouées à être utilisées comme des machines de laboratoire classique, présente le patron. Elles sont juste beaucoup plus rapides : la réaction PCR se fait en une dizaine de minutes, contre une quarantaine actuellement." Cette réaction étant basée sur un cycle de changement de températures, la solution de BforCure utilise un dispositif – une puce microfluidique – en aluminium : un métal très conducteur d’énergie, qui chauffe et refroidit rapidement. Une fois la réaction réalisée, un logiciel se charge d’analyser automatiquement l’échantillon. Et d’émettre un diagnostic.

De la Chine aux hôpitaux parisiens

"La microfluidique utilisant des échantillons plus petits, donc plus concentrés, peut même s’avérer plus sensible que les manipulations de laboratoire", ajoute Laurent Boitard. C’est d’ailleurs cet avantage que met en avant la start-up de Villejuif (Val-de-Marne) Stilla Technologies, qui a annoncé en mai la mise à disposition en Europe d'une solution de détection du Covid-19 par PCR digitale.

Développée depuis 2013 par la marque, cette méthode basée sur la microfluidique est présentée comme une nouvelle génération de test de dépistage. "Cela consiste en la réalisation de dizaine de milliers de réaction PCR en parallèle pour un même échantillon, relate Rémi Dangla, à la tête de l’entreprise. Cette technique, qui utilise des quantités infimes, est capable de détecter des niveaux 10 à 100 fois plus faible du virus et de le quantifier très précisément."

Si elle ne propose pas d’accélérer le dépistage, la méthode de Stilla Technologies fait d’ores et déjà office de référence dans le secteur. Exploitée dès janvier dans les hôpitaux chinois, elle a notamment été utilisée par l’hôpital Bichat (Paris XVIIIe) afin de "développer de nouvelles méthodes, de tests groupés notamment", présente le PDG. Une implantation déjà bien avancée dans le secteur, qui risque de donner du mal aux nouveaux entrants.

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