Six semaines. C’est le temps record qui a suffi à Exotec pour installer 26 robots, 8 000 bacs et 16 000 emplacements sur étagères. De quoi constituer la nouvelle micro plate-forme logistique d’une enseigne alimentaire, accolée à un point de vente, pour l’aider à répondre aux commandes en ligne de ses clients. La vidéo de la prouesse, publiée par la start-up, est parlante. Dans une pièce vide, Exotec installe de hautes rangées d’étagères métalliques. Coordonnés en essaim, ses robots Skypods s’y déplacent à la vitesse de 4 mètres par seconde. Capables de se hisser jusqu’en haut des racks pour aller y chercher les caisses bleues contenant les divers produits du magasin et les apporter aux opérateurs, qui préparent les commandes des clients sans se déplacer.
Pourquoi construire une plate-forme en si peu de temps ? "La crise du Covid-19 a favorisé le commerce en ligne, décrit Renaud Heitz, le cofondateur et directeur technique d’Exotec. Dans des domaines comme l’agroalimentaire, les analystes estiment que le marché a gagné deux à trois ans en quelques mois."
Pour la jeune pousse installée dans la zone industrielle de Croix, à la périphérie de Lille (Nord), la crise sanitaire a été une aubaine.
Fondé en 2015 par deux anciens de BA Systèmes, Exotec propose une solution "goods to man" flexible pour les entrepôts logistiques, dont elle promet d’améliorer l’efficacité comme la densité de stockage. La start-up emploie quelque 200 personnes et son chiffre d’affaires s’envole. Passé de 7 millions d’euros en 2018 à 20 millions en 2019, il devrait encore doubler cette année selon ses dirigeants.
Se renforcer aux États-Unis et au Japon
"Notre objectif est de concurrencer les acteurs de l’automatisation traditionnelle, qui utilisent des convoyeurs et des mécaniques là où nous privilégions le logiciel", résume Romain Moulin, le PDG d’Exotec, en insistant sur le rôle des mathématiques dans le pilotage d’une flotte de robots pour la logistique. Ses Skypods, assemblés en France dans ses locaux, s’arrachent. Alors que 900 sont déjà en circulation (à raison d’une douzaine de robots en moyenne par préparateurs de commande), la firme prévoit d’en construire 1 000 cette année, et deux fois plus en 2021. Au-delà des micro plates-formes, "les projets à venir sont de plus en plus gros, décrit Renaud Heitz. Jusqu’à des centaines de milliers de bacs et des centaines de robots sur un seul site".

Parmi ses clients, CDiscount, Carrefour, ou encore… Uniqlo, à travers un contrat signé en 2019 avec la maison mère Fast Retailing. Le premier entrepôt robotisé d’Exotec au Japon devrait démarrer son activité début 2021. Une bonne publicité pour Exotec reconnaît Romain Moulin, qui, au-delà, éprouve une certaine "fierté de vendre des robots à des Japonais". L’international est d’ailleurs la prochaine cible de la jeune entreprise. Elle a annoncé fin septembre une levée de fonds de 77 millions d’euros. Une somme conséquente, alors que la pépite avait déjà levé quelque 18 millions d’euros entre 2016 et 2018, cette fois destinée à "renforcer [son] empreinte internationale, notamment aux États-Unis et au Japon", précise Romain Moulin. Ce qui nécessite de travailler avec des opérateurs locaux et d’assurer la maintenance des pièces loin de sa base d’opération habituelle.
Pour solidifier son positionnement, Exotec fait notamment le pari de la R & D, dans laquelle elle emploie près d’un tiers de ses forces. L’objectif ? "Progresser vers la fourniture de solutions de plus en plus avancées pour les entrepôts automatisés, en mettant de la robotique partout", esquisse Romain Moulin. Au-delà de l’amélioration des Skypods et de leurs algorithmes – par exemple pour charger les commandes dans l’ordre inverse de leur distribution en camion –, le roboticien commence notamment à déployer des solutions de picking automatisées partielles. Des robots équipés de ventouses et de logiciels de vision qui travailleront aux côtés des humains pour déplacer une partie des références contenues dans les bacs vers les cartons envoyés aux clients.
Le marché mondial de la logistique attire et suscite des vocations entrepreneuriales. Pour se distinguer des autres start-up proposant des solutions de stockage en 3D – l’américain Alert Innovation, l’israélien CommonSense Robotics, le canadien Attabotics ou encore le norvégien AutoStore –, Exotec joue la carte de la maturité et se veut intégrateur. "Cette année, nous sommes passés du statut de start-up, axée produit, à celui de fournisseur clés en main d’entrepôts complets, de l’arrivée des références à leur départ", résume Renaud Heitz. De quoi faire briller la robotique française.



