La décision était très attendue par les 82000 salariés d’Atos. Jeudi 24 octobre, Atos a annoncé la validation par le tribunal de commerce de Nanterre du plan de sauvegarde porté par les créanciers du groupe informatique, qui vont ainsi devenir ses actionnaires principaux. Ces porteurs obligataires et banques sont amenés à détenir entre 74% et plus de 99% du groupe, grâce à la conversion en capital d’environ 2,9 milliards d’euros de dettes financières qu’ils détiennent, en fonction des résultats d’une future augmentation de capital de 233 millions d’euros où la priorité est donnée aux actionnaires existants.
Une planche de salut pour Atos qui avait annoncé dès janvier dernier des discussions avec ses banques pour traiter de ses difficultés financières, dont un endettement brut d’environ cinq milliards d’euros. «La sécurisation de la restructuration financière va permettre à Atos de tourner la page et de se concentrer avec confiance sur le redressement industriel et la croissance», a commenté Jean-Pierre Mustier, le directeur général d’Atos, lors d’un échange avec les médias.
Baisse des effectifs
«Il y a eu de longs mois d’attente usante jusqu’à cette décision, mais tout n’est pas encore gagné. Le plan de restructuration financière n’est pas parfait car nous avons encore beaucoup de dettes et des nouveaux prêts avec des taux très élevés», prévient Alia Iassamen, la coordinatrice CFDT du groupe, auprès de L’Usine Nouvelle. De fait, l’accord trouvé avec les créanciers sur le plan de sauvegarde en juillet dernier prévoyait près de deux milliards de dette restante avec un échéancier de maturités étendu, ainsi que des nouveaux financements sous la forme de lignes de crédit et d’une émission obligataire à hauteur de 1,5 à 1,675 milliard d’euros. «Ce n’est pas une boîte complètement désendettée. Les créanciers mènent la restructuration donc ils ont converti en capital ce qui est nécessaire pour que l’entreprise ait une situation financière à peu près tenable, tout en essayant de récupérer un maximum de la dette initiale», confirme un bon connaisseur du groupe.
Du côté d’Atos, on affirme que «le désendettement est largement suffisant» pour une société devant réaliser près de dix milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024. «Tout a été travaillé pour atterrir sur un niveau d’endettement parfaitement soutenable. Cela doit permettre d’atteindre un bon niveau de rating synonyme d’amélioration du coût d’emprunt et in fine d’une réduction de la dette», ajoute la même source. La société vise une notation de crédit BB en 2027 pour s’assurer un refinancement plus aisé de ses nouveaux financements courant 2028.

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Quoi qu’il arrive, «ce plan aura des conséquences et nous craignons toujours pour l’emploi», indique Alia Iassamen qui témoigne de départs déjà non renouvelés. A fin septembre 2024, l’effectif total du groupe était en recul de 10,3% par rapport à fin juin 2024.
"Il faut que l’opérationnel se redresse très significativement"
Pour les observateurs de la société, l’enjeu d’Atos réside désormais dans le relèvement de son activité. «L’avenir est incertain, il y a beaucoup de points d’interrogation sur le niveau d’activité et d’enregistrement de commandes pour les prochains trimestres», estime l’un d’eux. Atos a communiqué récemment sur des pertes de clients, évoquant «des résiliations de contrats» et des «reports dans l’attribution de nouveaux contrats».
«Il faut que l’opérationnel se redresse très significativement. Être en procédure de sauvegarde est catastrophique en termes de traction commerciale. Pour les métiers de Tech Foundations [la branche d’activité d’Atos spécialisée dans l’infogérance, ndlr] par exemple, on parle de contrats pluriannuels. Or les clients peuvent difficilement s’engager sur plusieurs années avec un prestataire dont l’avenir n’est pas écrit», abonde le bon connaisseur de l’entreprise. Pour le premier semestre 2024, Atos a communiqué sur un ratio de prises de commandes sur chiffre d’affaires de 73% contre 93% sur la même période en 2023.
Sur les six premiers mois de l’année, le chiffre d’affaires à périmètre constant s’est contracté de 2,7%, la marge opérationnelle a reculé et le groupe a brûlé 1,9 milliard d’euros. Dévoilés jeudi 24 octobre, ses résultats du troisième trimestre ne sont pas meilleurs avec un chiffre d’affaires à périmètre et taux de change constants en baisse de 4,4% par rapport au troisième trimestre 2023. A la rentrée, l’entreprise avait déjà revu ses projections à la baisse pour la période 2024-2027, conservant son ambition de dégager un flux de trésorerie positif à partir de 2026, mais avec une variation de trésorerie avant remboursement de la dette de 138 millions d’euros seulement contre 343 millions d’euros anticipés précédemment.
Une amélioration des prises de commandes attendue en fin d'année
«On peut qualifier cette trajectoire d’ambitieuse. Pour parvenir à ce redressement de l’activité en 2026-2027, il faut que les prises de commande retrouvent une dynamique favorable assez rapidement», analyse le bon connaisseur du groupe. Difficile qui plus est d’espérer cette reprise tant que les opérations financières prévues dans le plan de sauvegarde n’ont pas été finalisées. La conversion de la dette en capital et l’émission de nouvelles dettes sont attendues pour fin décembre, voire début 2025.
Le groupe laisse aussi entendre que le redressement de l’activité devrait surtout avoir lieu en 2025, avec toutefois une amélioration des prises de commandes dès le quatrième trimestre 2024. «J'ai constaté un changement de perception positif chez nos clients, qui ont pris note de notre restructuration, et cherchent à reprendre une interaction normalisée avec nous», affirme Jean-Pierre Mustier. «Les clients commencent à prendre conscience que la boîte est sauvée, alors qu’elle était un peu mise de côté lors de grands appels d’offres ces derniers temps. Il faudra tout faire pour poursuivre cet effort l’année prochaine», ajoute-t-on du côté d’Atos.
Cette lourde tâche reviendra à Philippe Salle, l’actuel président du conseil d’administration qui deviendra PDG du groupe à partir du 1er février 2025. Celui-ci va d’ailleurs investir au moins 9 millions d’euros dans la restructuration financière, un «signal de sa confiance dans le redressement de l’activité», veut-on croire du côté de l’entreprise.
La vente de Worldgrid à Alten finalisée en fin d'année
Le défi est important dans un contexte de marché où même les entreprises plus dynamiques comme Sopra Steria et Capgemini connaissent un ralentissement. «La vente de Worldgrid aura également un impact sur le business», regrette Alia Iassamen, alors que le tribunal de commerce de Nanterre a autorisé en octobre la cession de cette filiale qui conçoit notamment les systèmes de pilotage des centrales nucléaires à l’entreprise de conseil et d’ingénierie Alten. «La conclusion de cette opération aura lieu à la fin de l’année», a précisé Jean-Pierre Mustier.
Atos pourrait aussi devoir se passer de ses activités de calcul intensif, de systèmes informatiques pour les applications critiques et de cybersécurité en lien avec la défense nationale, dont la cession à l’Etat est toujours en cours de négociation, malgré l’échec d’une première offre. «Les discussions se poursuivent sur la base d’une nouvelle proposition compatible avec le plan de restructuration financière de la société», a expliqué Jean-Pierre Mustier.
L’équation du redressement du groupe sera-t-elle inextricable ? «Si aucune amélioration n’a lieu en 2026-2027, on ne peut pas écarter la possibilité d’un deuxième plan de restructuration financière. Aujourd’hui, Atos se laisse 3-4 ans pour redresser la barre. A cette échéance, il faudra que la boîte soit suffisamment remise sur les rails pour se refinancer. L’épée de Damoclès est relevée à court terme mais elle va réapparaître en 2026-2027. Je suis assez inquiet, même si le schéma est plutôt classique pour un plan de restructuration financière », tempère notre source. Rien n'est encore gagné.



