Plombé par un endettement de 4,8 milliards d’euros à rembourser en six ans, le groupe informatique Atos traverse une mauvaise passe depuis de nombreux mois. Sa restructuration financière a été ponctuée de péripéties inouïes, en particulier avec le renoncement fin juin du consortium mené par le cabinet de conseil en transformation numérique Onepoint qui devait reprendre la société. Celui-ci avait pourtant été sélectionné par le conseil d’administration d'Atos face à l’homme d’affaires tchèque Daniel Kretinsky. Le groupe informatique avait alors immédiatement annoncé avoir reçu une proposition de restructuration financière de la part de certains de ses créanciers, des banques et des porteurs obligataires. Un accord de principe sur cette proposition avait ensuite été trouvé jusqu’à ce lundi 15 juillet où il a été entériné, a annoncé la société dans un communiqué.
Grâce à ce nouvel accord, qui permet à Atos d’entrevoir le bout du tunnel, même si d’autres étapes restent à venir, les créanciers signataires s’engagent à prendre «toutes les mesures ou actions raisonnablement nécessaires pour mettre en œuvre la restructuration financière». La dette d’Atos qu’ils détiennent peut, par ailleurs, seulement être cédée à un autre acteur qui respecterait l’accord. «La signature d’un accord de lock-up avec une majorité de nos principaux créanciers financiers est une étape décisive dans notre processus de restructuration financière», s’est félicité Jean-Pierre Mustier, le président du conseil d’administration d’Atos.
Le tribunal de commerce devra se prononcer sur le plan de sauvetage
Tout n’est pas terminé pour autant. Atos prévoit de demander auprès du tribunal de commerce l’ouverture d’une procédure de sauvegarde accélérée dès la semaine du 22 juillet sur le fondement de son accord définitif de restructuration financière. Le tribunal aura ensuite deux mois pour se prononcer sur ce plan destiné à assurer la pérennité de l’entreprise. Au besoin, un délai de deux mois supplémentaires peut être accordé au maximum.
Dans son communiqué, Atos prend le soin de rappeler que «l’obtention d’un jugement du tribunal de commerce spécialisé de Nanterre» est nécessaire pour mener à bien sa convalescence. Un vote des créanciers sur le plan devra aussi avoir lieu dans le cadre de cette procédure. Puis les opérations techniques de restructuration financière sont attendues d’ici à fin 2024 ou au cours du premier trimestre 2025.

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Près de 2 milliards d'euros de dette restants
Parmi ces opérations, une augmentation de capital de 233 millions d’euros avec une priorité donnée aux actionnaires existants est prévue et doit permettre de réduire l’endettement net de l’entreprise. En fonction de sa réussite, les porteurs obligataires et les banques détiendront entre 74% et plus de 99% du capital. Car l’accord comprend également la conversion en capital d’environ 2,8 milliards d’euros de dettes financières d’Atos possédées par les créanciers. La dette restante, de 1,95 milliard d’euros, va faire l’objet de nouvelles conditions de remboursement avec notamment un échéancier de maturités étendu.
Atos précise que l’argent récupéré avec les cessions envisagées de sa filiale Worldgrid et de trois activités considérées comme souveraines de sa division BDS à l’Etat sera utilisé pour rembourser la dette restante. En tout cas dans une situation où Atos aurait suffisamment de trésorerie prévisionnelle pour financer son activité, c’est-à-dire 1,1 milliard d’euros au 31 décembre 2026. Dans le cas contraire, Atos pourra conserver une partie de l’argent pour alimenter sa trésorerie. Les actionnaires actuels d’Atos, s’ils ne réinvestissent pas dans l’entreprise, connaîtront une dilution massive jusqu’à détenir moins de 0,1% du capital. Atos ajoute qu’une fois sa restructuration financière terminée, le groupe restera non contrôlé, car les banques et les porteurs d’obligations «n’entendent pas agir de concert».
"Tout va partir en morceaux"
L'accord contient enfin un apport de 1,5 à 1,675 milliard d’euros de nouveaux financements accordés pour moitié par les banques, à travers plusieurs lignes de crédit, et pour moitié par les porteurs d’obligations sous la forme d’une nouvelle émission obligataire. Un autre financement de 800 millions d’euros doit aussi permettre à Atos de tenir jusqu’à la clôture de sa restructuration financière.
En attendant, Atos devra maintenir la barre de son activité, sans partenaire industriel pour le moment. Questionné sur le devenir de l’entreprise, un très bon connaisseur de la société le considère ainsi «très compliqué». «Il y a eu énormément de départs et tout va partir en morceaux en ayant scindé l’activité BDS en deux», ajoute cette source. A Atos de faire mentir les Cassandre.



