Scalinx, la pépite qui donne à l’Europe sa souveraineté dans les puces de conversion du signal

La pépite parisienne Scalinx boucle son premier tour de table, d'un montant de 10,5 millions d’euros. De quoi développer ses propres puces de conversion du signal pour les radars de défense et la 5G, avec l’ambition de libérer l’Europe de sa dépendance pour ces composants clés vis-à-vis des fournisseurs américains.

 

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Scalinx convertisseur de données analogiques-numériques
Puce de conversion de données de Scalinx.

Scalinx sort de sa discrétion. Après avoir travaillé dans l’ombre de deux clients, l’un dans la défense, l’autre dans l’instrumentation-mesure, la pépite parisienne de puces de conversion du signal s’affiche au grand jour avec l’ambition de devenir le fournisseur européen de ces composants pour des applications critiques comme les radars ou les infrastructures de communication 5G et demain 6G. Pour franchir cette étape, elle a procédé à son premier tour de table avec, à la clé, la levée de 10,5 millions d’euros auprès de fonds de capital-risque et de banques. Ce montant inclut une subvention du gouvernement dans le cadre du plan France relance, dont le montant n’est pas révélé.

Savoir-faire protégé par le secret

Créée en 2015 par essaimage de Telecom Paris, la start-up revendique un savoir-faire unique en Europe de conception de circuits de conversion du signal analogique-numérique et numérique-analogique. Ces composants jouent un rôle clé dans la chaîne de traitement de signaux physiques comme ceux captés par les radars ou les antennes 5G. "Nous avons développé une architecture de conversion du signal qui procure un gain d’efficacité énergétique supérieur à 20 % par rapport aux produits sur le marché, affirme à L’Usine Nouvelle le PDG-fondateur Hussein Fakhoury. C’est un avantage déterminant dans les applications à fortes contraintes énergétiques comme celles des infrastructures de communication mobile utilisant les bandes de fréquences à ondes millimétriques, 5G aujourd’hui et demain 6G. Nous avons déposé quatre brevets sur notre innovation. Mais l’essentiel de notre savoir-faire est protégé par le secret."

La pépite, qui compte aujourd’hui une cinquantaine de collaborateurs répartis sur Paris, Caen et Grenoble, a fait la preuve de son innovation en développant des circuits de conversion du signal sur mesure pour deux clients : Thales dans les radars de défense et un équipementier européen dans l’instrumentation de mesure. "Chaque contrat se montait à plusieurs millions d’euros, confie Hussein Fakhoury. Cela nous a permis d’autofinancer notre activité jusqu’ici et de prouver la pertinence de notre technologie. Nous voulons maintenant créer nos propres produits standards à destination de l’ensemble du marché. Nous avons choisi de cibler deux marchés critiques : celui des radars de défense et celui des infrastructures de communication 5G et 6G."

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Une levée de fonds plus conséquente prévue en 2022

Alors que les puces électronique font l’objet d’une bataille géopolitique féroce entre les Etats-Unis et la Chine et que l’administration américaine n’hésite pas à en priver l’accès des entreprises et pays qui lui déplaisent, Scalinx inscrit son développement au cœur des nouvelles préoccupations de souveraineté européennes chères à Thierry Breton, le commissaire européen en charge du Marché intérieur. "Depuis le rachat du britannique e2v par l’américain Teledyne en mars 2017, les équipementiers européens de la défense, des télécoms ou de l’instrumentation-mesure se procurent leurs composants de conversion du signal à hautes performances auprès de fournisseurs comme Texas Instruments, Analog Devices, MaxLinear ou Xilinx, tous américains, souligne le patron de la start-up. Nous voulons libérer l’Europe, dans les applications critiques, de cette dépendance. Thales faisait appel pour ses radars de défense aux composants d’Analog Devices. Il embarque maintenant la solution que nous lui avons développée. "

Avec ce premier tour de table, Scalinx se donne les moyens de développer un prototype et d’étoffer ses équipes de 10 à 20 nouveaux collaborateurs cette année. Une levée de fonds plus conséquente est prévue en 2022 pour passer à l’industrialisation avec un objectif de commercialisation en 2023. La fabrication sera sous-traitée auprès de deux fondeurs de puces, l’américain GlobalFoundries et le taïwanais TSMC. Hussein Fakhoury ne dévoile pas la finesse de gravure envisagée mais précise qu’elle sera plus avancée que celle de 28 nanomètres. L’assemblage et le packaging sera sous-traité en Asie, mais le test et la qualification seront assurés par un partenaire en France.

Un verrou stratégique levé

Discret sur ses ambitions à moyen terme, Hussein Fakhoury reste obnubilé par le secret.  "Ce qui fait notre succès, c’est de rester sous les radars, indique-t-il. Nous ne voulons pas éveiller la curiosité de nos concurrents américains. Notre ambition est de devenir le champion européen de la conversion de signal à hautes performances. Nous avons une technologie unique qui a fait ses preuves dans la défense et la mesure. Nous levons un verrou d’approvisionnement stratégique en Europe en proposant une alternative souveraine pour les marchés critiques comme la défense ou la 5G." Dans les deux applications visées, l’opportunité de marché est estimée à 360 millions  de dollars en 2025 par le cabinet Databeans.

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