Salaire minimum, électricité... L'accord à 500 milliards d'euros du futur gouvernement allemand

Encore en cours de négociations, la future coalition veut faire en sorte que la croissance en Allemagne dépasse à nouveau les 1%. Pour y parvenir, elle entend stimuler l’économie grâce à un fonds spécial de 500 milliards d’euros destiné à l’investissement public et à une baisse importante des prix de l’énergie.

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Centrale nucléaire Isar Allemagne
Malgré des discussions préalables, l'accord entre les partis ne reviendra pas sur la fermeture des derniers réacteurs nucléaires allemands.

Va-t-on bientôt voir une fumée blanche s’élever au-dessus de la chancellerie allemande ? Moins de deux semaines après avoir remporté les élections législatives du 23 février, les Chrétiens-démocrates (CDU) ont annoncé le 8 mars avoir conclu un accord de principe avec les sociaux-démocrates (SPD) en vue de former un gouvernement de coalition. Ce pré-accord, formalisé dans un document de 11 pages, liste point par point leurs engagements pour la législature à venir. 

Alors que l’économie peine à repartir, les discussions exploratoires mettent l'accent sur les mesures en faveur de l’industrie. «Notre objectif est de faire en sorte que la croissance potentielle en Allemagne dépasse à nouveau les 1%», peut-on lire dans le texte. Différents leviers seraient pour cela actionnés. À commencer par la création d’un fonds spécial de 500 milliards d’euros destiné à la modernisation des infrastructures. Prévu sur une durée de dix ans, il servira à financer les investissements dans les transports, les hôpitaux, la numérisation, la recherche et l’éducation. 

«Briser le cercle vicieux pour sortir l'économie de la stagnation»

Sur ce total, 100 milliards d’euros seront alloués aux communes, tandis que les Länder auront la possibilité de s’endetter annuellement à hauteur de 0,35% du PIB, une mesure qui n’était jusqu’alors pas permise. «Ce fonds spécial permettrait de briser le cercle vicieux d'une conjoncture faible, de recettes fiscales réduites et de moindres investissements publics. Il permettrait de sortir l'économie de la stagnation à partir de l'année prochaine – certes tardivement, mais mieux vaut tard que jamais», ont reconnu les économistes de l’Institut de recherche économique allemande (DIW) basé à Berlin.

Cette relance sans précédent serait rendue possible grâce à un assouplissement des règles budgétaires. S’il n’est pas encore question de supprimer le frein à l’endettement, inscrit dans la Constitution depuis 2009 et qui limite le déficit budgétaire annuel fédéral à 0,35% du PIB, Friedrich Merz, futur chancelier et pourtant chantre de la discipline budgétaire, fait un pas en faveur d’une réforme rendue nécessaire depuis les propos de Donald Trump sur l’Otan. Dans cet esprit, pour permettre au pays de se réarmer rapidement, les dépenses de défense au-delà de 1% du PIB ne seront plus prises en compte dans la règle d’or. 

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Réduire le prix de l'électricité

Autre point qui plombe aujourd’hui la compétitivité des entreprises : les prix de l’électricité, qui sont parmi les plus élevés d’Europe. Dans un premier temps, pour parvenir à «un allègement d’au moins cinq centimes par kWh», le futur gouvernement souhaite abaisser «la taxe sur l’électricité pour tous au minimum européen, et diviser par deux les redevances pour le réseau électrique». Dans un deuxième temps, l’offre énergétique doit être augmentée, afin de réduire les prix. C’est pourquoi, les centrales de réserve ne devront plus seulement servir à résoudre les tensions d’approvisionnement, mais aussi à stabiliser les prix de l’électricité. Outre le développement des énergies renouvelables, «nous voulons inciter à la construction de centrales à gaz pour 20 GW de capacité supplémentaire», peut-on lire dans le document.

Bien que cela ait été évoqué dans le programme électoral de la CDU, l’étude d’une potentielle remise en service des centrales nucléaires – dont les trois dernières ont été déconnectées du réseau en avril 2023 – disparaît du document de pré-accord. Cette question constituait en effet une ligne rouge pour le SPD. Le document se contente donc d’évoquer la recherche sur la fusion nucléaire, qu’il ne faut pas négliger. «Nous nous réjouissons de l'engagement explicite envers les renouvelables et le stockage», a réagi la présidente de l’Association fédérale pour les énergies renouvelables (BEE), Simone Peter. Cependant, l’organisation se dit plus «sceptique» sur la construction de 20 GW de centrales à gaz soulignant que «les capacités renouvelables, combinées à des batteries et à des moyens de flexibilité de la consommation, permettraient déjà d'atteindre plus rapidement et proprement 38 GW d'ici à 2030 et 100 GW d'ici à 2045», poursuit-elle.

Augmenter le salaire minimum

Enfin, en contrepartie, le SPD pourrait obtenir plusieurs avancées sociales dont l’augmentation du salaire minimum à 15 euros bruts de l'heure (contre 12,82 euros actuellement), à l'horizon 2026. En réaction à la publication du document de pré-accord, Peter Leibinger, président de la Fédération des industries allemandes (BDI), a salué une base qui crée des «marges de manœuvre», tout en précisant que le concept doit encore être affiné. Selon lui, il est ainsi tout aussi crucial «d'offrir plus de liberté aux entrepreneurs et d'augmenter l'efficacité des services publics». Il demande, par exemple, que «les coûts administratifs soient réduits de 25% au cours des quatre prochaines années pour les PME» et que les entreprises bénéficient d’un allégement fiscal progressif. «Ces intentions doivent s’accompagner d'un calendrier solide afin de parvenir à un budget fédéral dès cette année. Il reste encore beaucoup de travail», conclut Peter Leibinger.

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