Fin des négociations chez Renault. Mardi 14 décembre, le constructeur automobile a conclu son accord social triennal pour la période 2022-2024. Le texte a obtenu une majorité grâce à l’aval des syndicats CFE-CGC, CFDT et FO. Si le groupe français promet d’embaucher et de redresser sa production en France, les concessions sur les effectifs et le temps de travail sont dénoncées par la CGT qui a refusé de signer.
Baptisé « Re-Nouveau France 2025 », l’accord prévoit 2 500 embauches en CDI : 2 000 dans les usines, 400 dans l’ingénierie et 100 dans les fonctions support. En contrepartie, l’entreprise prévoit 1 700 suppressions de postes. « Toute forme de départ contraint est écartée », souligne la CFE-CGC dans un communiqué. Selon FO, 1 153 départs sont prévus dès 2022 à travers une rupture conventionnelle collective.
« Intégrer des compétences nouvelles »
« L’accord positionne l’ingénierie française de Renault sur les activités d’avenir et les activités à forte valeur ajoutée », considère Maximilien Fleury, directeur des ressources humaines de Renault en France. Les 2 500 recrutements doivent soutenir le développement du groupe dans l’électrique, l’hydrogène et le logiciel. « L’objectif est d’intégrer dans l’entreprise des compétences nouvelles », souligne le DRH. L’accord contient aussi un plan de formations et de reconversions de 10 000 salariés avec la création de la « Re-Know University ».
En recrutant dans les usines, Renault souhaite redresser sa production. Le constructeur vise la fabrication de 700 000 véhicules en France en 2024. Un niveau qui permettrait de retrouver les cadences de 2018 après une année 2021 marquée par les arrêts d’usines à cause des pénuries de semi-conducteurs. Renault parle aussi d’une augmentation de la production de 12% par rapport au niveau des douze dernières années.
Neuf nouveaux véhicules made in France
« Cela ne reste que des promesses, s’inquiète Laurent Giblot, dessinateur industriel et délégué syndical adjoint à la CGT Renault. Tout ce qui touche à la production et aux embauches est assujetti à la vente de nos voitures. » La direction se montre rassurante sur les perspectives de reprise. « Même s’il peut y avoir encore un certain nombre de perturbations liées au contexte sanitaire et à l’approvisionnement, nous pensons être en mesure de réaliser ces embauches dans les trois années qui viennent », estime Maximilien Fleury.
Pour réaliser ces ambitions, Renault fait la promotion de sa stratégie produit. L’accord prévoit l’affectation de neuf nouveaux véhicules aux usines françaises, dont une majorité de modèles 100% électriques. Parmi eux, la Mégane E-Tech qui sera produite à Douai (Nord), tout comme la future Renault 5 qui veut incarner la promesse de « la voiture électrique démocratique ».
« Un pan de l'ingénierie voué à disparaître »
Signataire de l’accord, la CFDT reste amère en dénonçant « les erreurs stratégiques sur le renouvellement de la gamme » avec « des véhicules non-adaptés à la demande ». Le syndicat rapporte « une réduction massive de l’emploi dans le monde », dont 4 600 en France en 2020 et 2021. Il faut désormais ajouter à cela les 1 700 départs prévus dans l’accord social triennal.
Ces suppressions de postes concernent notamment les ingénieurs. « Ce sont ceux qui réalisent les dessins numériques, qui préparent la nomenclature, qui organisent les relations avec les fournisseurs… Tout ce pan de l’ingénierie est voué à disparaître », déplore Laurent Giblot, lui-même dessinateur industriel chez Renault.
« Nous centrons l’ingénierie française de Renault sur l’activité à forte valeur ajoutée et l’activité d’avenir, argumente Maximilien Fleury. La stratégie du groupe est de passer d’une stratégie de volume à une stratégie de valeur. Le fait de ne plus être dans une stratégie de volume systématique a mécaniquement un effet sur la quantité de développements que nous devons mener. »
Aucune fermeture d’usine, mais...
Renault s’engage à ne fermer aucun site industriel ou logistique pendant la durée de l’accord. La CFDT rappelle deux exceptions : « La fermeture de l’établissement de Choisy-le-Roi (Val-de-Marne) et la vente de la Fonderie de Bretagne à Caudan (Morbihan), ce qui était déjà acté unilatéralement avant cette négociation ».
Le constructeur automobile va en revanche réduire de moitié l’empreinte immobilière de ses sites tertiaires en Île-de-France pour économiser 60 millions d’euros par an. Il prévoit des « optimisations » similaires dans les sites industriels franciliens. « Cela peut passer par du compactage ou des évolutions foncières », évoque le DRH.



