Ne plus abattre d’arbre pour produire du papier et faire passer de déchets à matières premières les feuilles mortes qui encombrent les trottoirs, aujourd’hui compostées voire brûlées. Voilà le double intérêt de la solution portée par la start-up Releaf Paper, fondée en 2021 par l’Ukrainien Valentyn Frechka et incubée à Station F après son déménagement en France en 2022 suite à l’invasion du pays par la Russie.
Le parcours et l’innovation de Valentyn Frechka, âgé de 23 ans, lui ont valu de décrocher la deuxième place du prix du Jeune inventeur 2024, décerné mardi 9 juillet par l’Office européen des brevets – avec une récompense de 10000 euros à la clé. Un coup de projecteur qui arrive au bon moment : Releaf Paper vient tout juste de démarrer sa production sur son site pilote situé aux Mureaux, dans les Yvelines. Elle va là produire de la pâte à papier à partir des feuilles mortes de Paris.
17 arbres abattus pour 1 tonne de cellulose
Releaf Paper se targue de pouvoir produire une tonne de cellulose à partir de 2,3 tonnes de feuilles mortes, une quantité qui nécessiterait sinon l'abattage de 17 arbres. «Nous avons élaboré un procédé qui permet de récupérer la cellulose des feuilles mortes et d’avoir ainsi une pâte assez semblable à celle aujourd’hui utilisée par les fabricants de papiers et emballages», précise Valentyn Frechka. Le procédé chimique utilisé, breveté, fait intervenir de l’hydroxyde de sodium, du peroxyde d’hydrogène et de l’acide acétique.
Pour démontrer l’intérêt de son innovation, la jeune pousse vend aujourd’hui du papier et des emballages, 100% recyclables et qui ont l’intérêt de se biodégrader plus vite que ceux du marché. Parmi ses premiers clients : L’Oréal, Chanel, LVMH, Schneider Electric mais aussi le coréen Samsung. «Ce sont surtout des acteurs du retail [vente au détail] et de la logistique, qui ont besoin d’emballages pour le transport de leurs produits», souligne le jeune entrepreneur. Mais la start-up n’a pas vocation à poursuivre la vente de produits finis, qu’elle fait fabriquer par des partenaires. «Le cœur de notre métier c’est la production de pâte à papier et c’est là-dessus de que nous devons nous concentrer», estime Valentyn Frechka.
Si le site pilote a la capacité de produire 5000 tonnes de pâte à papier, Releaf Paper, qui compte aujourd’hui 15 salariés, commence à travailler sur l’implantation de sa future usine, dont le lieu n’est pas encore connu. «Nous devons encore améliorer notre technologie et le passage à l’échelle industrielle de nos process», confie le jeune Ukrainien. Les prochaines étapes portent aussi sur le déploiement de l’activité, d'ici à 2 ou 3 ans, en Allemagne et aux Pays-Bas. Avant de viser les pays tropicaux.



