«Soit l’armée française prend la virage de l’IA, soit elle décroche». Sébastien Lecornu ne peut pas être plus clair. Dans les colonnes des Echos, le ministre des Armées annonce, le vendredi 8 mars, la création d’une agence dédiée à l’intelligence artificielle militaire et promet l’achat d’un supercalculateur pour les armées. Il était temps.
Aussi étonnant que cela puisse paraître, le secteur de la défense est très en retard sur l’intégration de l’IA. C’est fort de ce constat que Helsing, financée dès ses débuts par le milliardaire suédois et fondateur de Spotify Daniel Ek, est née en 2021 en Allemagne et en France.
Après une nouvelle levée de fonds de plus de 200 millions d'euros à l'automne dernier, dans le cadre d'une série B menée par General Catalyst, l'entreprise de plus de 200 salariés est aujourd’hui valorisée 1,5 milliard d'euros. Ce qui fait de Helsing la première et la seule licorne de l’IA de la défense en Europe. Il faut dire que la promesse des fondateurs est ambitieuse et bien résumée par le slogan de l'entreprise : «l’IA au service des démocraties».
«La guerre en Ukraine a accéléré le développement de l’IA dans le militaire»
La guerre en Ukraine a tout accéléré. «Les cycles d’innovation dans le domaine militaire prennent des années, voire des dizaines d’années, situe Antoine Bordes le vice-président de Helsing. Là en deux ans de conflit, on a déjà eu plusieurs révolutions technologiques sur la façon de faire la guerre.» L'ancien codirecteur général du laboratoire de recherche en IA de Meta, a rejoint la start-up il y a un peu plus d’un an.
Helsing veut permettre aux militaires d’être plus efficaces dans la prise de décisions sur le champ de bataille. «Avec les radars, les images satellites, les drones, les militaires sont aujourd’hui sous un déluge d’informations, mais il manque l’outil pour traiter en temps réel cette donnée. C’est en partie ce que nous faisons», explique Antoine Bordes.
Un atout décisif. Celui qui saura gérer le mieux toutes ces informations prendra une sérieuse option pour gagner des guerres ou renforcer sa sécurité. «Le canon Caesar est bien sûr l’un des plus performants au monde, mais il ne sait pas où tirer : les armées adverses sont souvent cachées, soit dans la nature, soit sous un brouillard électromagnétique, assure Antoine Bordes à L’Usine Nouvelle. Avec nos logiciels, on arrive à localiser l’ennemi et donc à tirer au bon endroit.»
Helsing a déjà signé plusieurs gros contrats
Cette promesse séduit déjà des grands noms de la défense. En juin dernier, Helsing a été sélectionné avec son partenaire Saab par le ministère de la Défense allemand pour augmenter 15 Eurofighters de la Luftwaffe par des capacités cognitives de guerre électronique à base d'intelligence artificielle pour les futures missions SEAD. Toujours en Allemagne, Helsing a remporté en août dernier avec des partenaires le contrat pour fournir l’infrastructure IA du programme du système de combat aérien du futur (SCAF).
Côté français Sébastien Lecornu, a annoncé en janvier, au lancement de la coalition «Artillerie pour l’Ukraine», que Helsing allait travailler avec Nexter sur le Caesar. «Pour des soucis évident de confidentialité, nous ne pouvons pas donner tous nos clients, mais aujourd’hui tous les grands noms regardent ce que l’on fait», assure Antoine Bordes. Le vice-président de Helsing en est persuadé : «L’IA va rebattre les cartes dans le secteur de la défense.»



