Quantique, agro... Ces PME et ETI françaises prises au piège de la guerre en Ukraine

Bloquées par l'embargo qui touche la Russie, privées de leurs clients ukrainiens, en manque de pièces... Les PME et ETI françaises sont touchées à divers degrés par la guerre en Ukraine. Exemples en régions avec notre réseau de correspondants.

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Plassys quantique
Plassys devait participer au "plan quantique" russe. Un important contrat pour cette PME du Tarn-et-Garonne.

Tarn-et-Garonne : Quercy Réfrigération s'inquiète pour un client ukrainien

«Depuis quelques jours, nos équipes n'arrivent plus à établir le contact avec une station fruitière que nous avons contribué à installer il y a quelques années en Ukraine, à Tchernivtsi, dans l'Ouest du pays et pour laquelle nous assurons toujours un service de maintenance. C'est un petit marché, mais qui s'inscrit dans nos efforts de développement à l'international», s'inquiète Benoît Duparc, fondateur et gérant de Quercy Réfrigération.

La société, créée en 2007 et basée à Moissac (Tarn-et-Garonne) est spécialisée dans la conception et l'installation de solutions de froid industriel pour fruits et légumes. En quelques années, grâce à de la R&D et au développement d'un système, baptisé HD Cold, basé sur des ventilateurs couplés à un dispositif de pilotage automatique, elle s'est imposée comme un acteur majeur de la conservation de fruits et légumes frais sur le marché français, avec plus de 300 stations fruitières équipées.

La PME se tourne maintenant vers l'international. Dans la foulée d’un autre contrat, qu’elle vient de décrocher en Ouzbékistan, Quercy Réfrigération venait aussi de prendre rendez-vous, accompagnée par le CIFAL, avec plusieurs gros producteurs de pommes en Russie. Des contacts prometteurs pour l'heure mis en stand by. «Heureusement, notre chantier en Ouzbékistan, soutenu dans le cadre d'un appel à projets export « solutions innovantes pour la décarbonation des services essentiels » et pour lequel nous avons obtenu un financement FASEP (Fonds d'études et d'aide au secteur privé), se poursuit normalement», précise le chef d'entreprise.  

Marina Angel (Occitanie)

Seine-Maritime : La fonderie Inoxyda face à la commande incertaine d’un client basé en Russie 

La fonderie de cupro-aluminium Inoxyda (11 millions d’euros de chiffre d’affaires ; 60 salariés) installée au Petit-Quevilly près de Rouen (Seine-Maritime) avait décroché une première commande pour la Russie, mais sa réalisation est incertaine. «C’est une commande de 3 millions d’euros pour un client basé en Russie», explique à l’Usine Nouvelle Luc Lajoye, PDG de la maison-mère d’Inoxyda Les Bronzes d’Industrie (LBI) située en Moselle.

La commande porte sur 30 ensembles («couvercles» et accessoires) destinés à équiper des systèmes de propulsion pour des navires qui, outre leur fonction de transport ont aussi une fonction de brise-glace. Sur les 30 ensembles à réaliser, un premier se trouve déjà chez le client en Russie et quatre ont été réalisés et prêts à être livrés. «Notre client doit venir les chercher, mais nous ne savons pas, à ce stade, si ces ensembles de fonderie prêts à l'emploi sont concernés par l'embargo vis à vis de la Russie ou pas», confie Luc Lajoye, qui ne souhaite pas communiquer le nom de son client. «Pour le reste du programme, j'ai décidé de bloquer les fabrications en cours, car il y a d'énormes incertitudes sur les questions de règlement».

Mais pour Inoxyda, l’impact de la guerre déclarée par la Russie à l’Ukraine ne s’arrête pas aux difficultés entourant cette commande. Les pièces en alliages de cupro-aluminium qu’elle produit pour l’hydraulique, la mécanique et le secteur naval, sont constituées de cuivre, de 10 % d’aluminium, de 5 % de fer et de 5 % de nickel. Or, les cours de ce dernier ont atteint des sommets, la Russie étant un gros fournisseur de nickel. «Certes, nos alliages en cupro-aluminium ne contiennent que 5 % de nickel, mais la flambée des cours devient un problème quand on en utilise des volumes importants », souligne le dirigeant. Au-delà de la hausse des cours, l’entreprise rencontre aussi des problèmes de disponibilité du nickel. «Nous nous fournissons via des vendeurs européens de matières qui ont du mal à trouver du nickel disponible», ajoute Luc Lajoye. «Nous avons un peu de stocks, mais à moyen terme, nous aurons des difficultés pour en trouver».

Claire Garnier (Normandie)

Essonne : Plassys-Bestek garde l’espoir d’honorer ses contrats russes

Spécialisée dans le développement et la construction des machines de dépôt de couches minces utilisées pour la R&D en physique des matériaux, la société Plassys-Bestek a reçu, dans le cadre du plan quantique russe, une importante commande qu’elle n’a pu, pour l’heure, honorer. «Nous avons reçu cette demande à l'été 2021 et devrions commencer à livrer les premières machines. Mais alors qu’il ne s’agit pas d’équipements à double usage civil et militaire il nous a quand même été demandé d’obtenir une licence d’exportation au sujet de laquelle nous attendons une réponse depuis plusieurs mois», explique Luc Héliot, Président de cette pme essonnienne d’une vingtaine de 20 salariés.

Luc Héliot a envoyé de nombreux courriers au Service des Biens Double Usage (SDBU) pour faire valoir ses arguments. «Nous construisons des machines prototypes à caractère exploratoire. Elles sont utilisées pour la recherche à des niveaux de maturité technologique bas et n’ont rien à voir avec la production», plaide Luc Héliot.

Ces derniers jours Luc Héliot s’est vu suggérer de déposer une nouvelle demande d’autorisation auprès du SDBU. Il doit également participer à une réunion à Bercy.

Tout refus fragiliserait la société car les contrats russes s’élèvent à cinq millions d’euros soit presque autant que le chiffre d’affaires annuel (5,6 millions en 2020). «Cela renforcerait également la concurrence à l’international où nous réalisons 70 % de nos revenus. Faute d’être livrés les Russes copieront nos machines et deviendront à terme nos concurrents», complète Luc Héliot.

Patrick Desavie (Ile-de-France)

Haute-Garonne : Limatech suspend ses négociations avec un fonds d'investissement russe

Coup de frein pour Limatech. Le conflit entre la Russie et l'Ukraine est venu bousculer le calendrier de sa nouvelle levée de fonds. Après avoir décroché en novembre 2020 une première subvention de 2 millions d'euros auprès de la Commission Européenne, via le dispositif EIC Accelerator, la startup toulousaine vient tout juste d'obtenir le sésame de l'EIC pour une nouvelle intervention cette fois en haut de bilan pour 10 millions d'euros, qu'elle comptait initialement compléter, à même hauteur, par un fonds d'investissement russe. «Nous étions en phase finale de négociations pour boucler le tour de table avant l'été 2022. Nous devons relancer un nouveau processus de négociation à l'international pour trouver rapidement une nouvelle solution», explique Florence Robin, présidente de la startup toulousaine. La cheffe d'entreprise en profite pour faire un appel aux investisseurs français et européens.

Créée en 2016, la société emploie à ce jour 18 salariés. Elle a mis au point une batterie lithium-fer-phosphate sécurisée et certifiée capable d'adresser les marchés de l’aviation, avec en première ligne de mire les hélicoptères. Un peu une double peine pour Limatech qui doit aussi mettre en standby ses contacts commerciaux avec d'importants constructeurs russes. En attendant, un site industriel a été installé à Voreppe, en Isère, fin 2021, pour accueillir une ligne de production de batteries 24Volts. Quarante emplois sont attendus d'ici fin 2023. La levée de fonds, que Florence Robin compte bien concrétiser avant fin 2022, doit accompagner la montée en charge de la production, le développement commercial de l'entreprise à l'international et l'accélération de projets de R&D pour adresser au marché un nouveau modèle de batteries lithium 50Volts.

Marina Angel (Occitanie)

Nord : Le sous-traitant ferroviaire nordiste Valdunes hérite de commandes... honorées en Chine

Conséquence de la guerre en Ukraine, le métallurgiste Valdunes, spécialisé dans la production de roues et d'essieux de train installé dans le Nord, voit son carnet de commandes se remplir. Les sites ukrainiens et russes ne pouvant plus fournir les clients extérieurs, Valdunes hérite de commandes... mais pas de l'activité pour les produire.

Lire l'article de Nadia Daki ici

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