C’est la nouvelle idée à la mode: utiliser les énergies marines pour produire de l‘hydrogène vert. Le français Lhyfe et l’allemand Siemens Energy parlent de produire en mer de l'hydrogène - directement au pied des éoliennes - et le breton Sabella, avec des hydroliennes. Un petit cabinet d’ingénierie bordelais, Hace, associé au spécialiste de l’hydrogène malouin H2X Ecosystem, propose lui d’utiliser l’énergie des vagues pour produire de l’hydrogène. Un projet qui séduit les pêcheurs bretons, opposés au projet éolien en Baie de Saint Brieuc.
Ils y voient un moyen de profiter de la valeur ajoutée de cette production d’électricité en mer, car 10 % de l’hydrogène produit serait donné aux pêcheurs comme carburant pour leurs bateaux "retrofités" avec des moteurs électriques et des piles à combustible. Ils achemineraient le reste de l’hydrogène à terre, en bonbonnes, où il serait vendu pour alimenter des flottes de bus ou de véhicules utilitaires. Et contrairement aux grands parcs éoliens en mer, pilotés par de grands groupes énergétiques et raccordés directement aux réseaux aujourd’hui électriques de RTE ou demain de gaz, c’est une société de territoire, détenue par des acteurs locaux - pêcheurs, collectivité, industriels, citoyens - qui capterait la valeur.
Une technologie rustique
Le projet est moins utopique qu’il n’y paraît. Même si le démonstrateur houlomoteur de Hace, protégé par des brevets, avait été brisé une nuit au large de La Rochelle fin 2018, la technologie, très rustique, convainc les professionnels. "J’ai regardé la technologie. Elle est assez simple, ce qui fait sa force. Et elle ne nécessite pas d’aller chercher de fortes vagues ou de gros flux", explique Stéphane Paul, dirigeant de H2X, qui s’est laissé entraîner dans le projet après avoir vu le banc d’essai de la technologie breveté.
Hace Modulaire, démontable à main d’homme pour être entretenu à terre, le système de Hace promet de produire 8000 h/an pour un coût de production de 0,02 €/kWh.
Le système aurait en outre une empreinte carbone parmi les plus basses du monde, à 0,5g equivalent CO2/kWh. Le projet prévoit l'installation d’une capacité de 500 MW, avec 80% de facteur de charge, qui pourrait produire 3,5 millions de MWh.
Un projet de territoire
Il inclut également le retrofit gratuit, par Retrofleet, de 300 navires de pêche des Côtes d’Armor et d’alimenter en oxygène des viviers et les zones de pêches. La production d’hydrogène, assurée par le malouin H2X avec des électrolyseurs de l’allemand Entech marinisés, à partir de l’eau produisant de l’oxygène, il pourrait y être injecté plutôt que rejeté dans l’air.
Hace Le capital à investir pour le projet entier serait de 2 milliards d’euros, dont 1 milliard dans les systèmes houlomoteurs de Hace, 500 millions pour les unités de production d’hydrogène, 250 millions d’euros pour les études, viviers, stations hydrogène, et 100 millions d’euros pour l’achat de 250 bus. On n’en est pas encore là. Pour valider puis démarrer le projet, Jean-Luc Stanek, dirigeant de Hace, propose d’installer une unité de 6 MW pour valider le concept. Cela ne prendrait que 18 mois. Il a déjà le soutien des marins pêcheurs bretons.



