[Présidentielle] Ce que l'on sait du programme économique de Jean-Luc Mélenchon

Certains candidats partent avec des programmes plutôt finalisés, quand d’autres les enrichissent au fil de leurs alliances. Tous les précisent au cours de la campagne. Retrouvez sur L'Usine Nouvelle, de manière réactualisée, leurs mesures les plus notables et leurs grandes orientations. Dans cet article, celles du représentant de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon.

Réservé aux abonnés
MÉLENCHON SOUTIENT À BELFORT LES SALARIÉS DE GENERAL ELECTRIC
Jean-Luc Mélenchon a dévoilé un programme riche de 690 propositions. L'Usine Nouvelle fait le point sur le volet économique et industriel.

Il dit présenter le seul programme capable de « rendre crédible en France un changement radical de cap ». Candidat pour la troisième fois, Jean-Luc Mélenchon est parti avant tout le monde. Déclaré dans la course à l’Elysée depuis novembre 2020, le leader de la France insoumise (LFI) fourbit ses armes et peaufine ses propositions. L’Avenir en commun est disponible depuis le 18 novembre en librairie. Il s’agit d’une version remaniée de son programme de 2017, dont il s’inspire largement, mais qui a été repensé pour mieux coller aux enjeux de 2022. 

Son obsession

Lors de ses prises de parole, le candidat de la France insoumise insiste sur le projet global qu’il propose. Son ambition : « Construire une société d’entraide ayant pour but l'harmonie des êtres humains entre eux et avec la nature ». L’environnement se taille la part du lion de ses propositions, autour de la notion de « bifurcation écologique ». Sa mesure phare consiste à inscrire dans la Constitution le principe de « la règle verte », à savoir que l’on « ne prélève pas davantage à la nature ce qu’elle n’est en état de reconstituer ». L’élu des Bouches-du-Rhône veut porter 65% la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici à 2030, contre un objectif de 40% actuellement acté par le gouvernement.

Le levier pour y parvenir : la planification. Toutes les activités productrices doivent être mise en cohérence avec l'objectif environnemental. Pour ce faire, Jean-Luc Mélenchon envisage la création d'un Conseil de la planification écologique. La création de pôles publics dans l'énergie, le médicament, le transport vise aussi regagner la maîtrise de la production en intégrant une logique du temps long.

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

Ses mesures pour les entreprises

Jean-Luc Mélenchon souhaite mieux encadrer l’action des entreprises. Il espère notamment les obliger à mettre en œuvre une comptabilité carbone pour leurs émissions de GES directes et indirectes. Sur le volet fiscal, il souhaite « annuler les cadeaux fiscaux aux grandes entreprises », interdire les parachutes dorés et les retraites chapeaux, supprimer les stock-options et interdire les dividendes dans les entreprises qui licencient. Son programme fiscal prévoit que l'impôt sur les sociétés devienne progressif, ce qui représenterait une économie de 11 milliards d'euros pour l'Etat selon le candidat qui veut également lutter contre l'évasion et l'optimisation fiscale.

Côté rémunération, il voudrait fixer un salaire maximal autorisé. Objectif : « Limiter l’écart de 1 à 20 entre le salaire le plus bas et le salaire le plus haut dans une entreprise ». Il appelle également de ses vœux l’instauration d’un quota maximal de contrats précaires dans les entreprises : 10% pour les TPE et PME, 5% dans les grandes entreprises. Il propose de titulariser les précaires des trois fonctions publiques (État, territoriale et hospitalière), dont il estime le nombre à 800 000.

Ses mesures pour le pouvoir d’achat 

Première mesure effet immédiat : passer le Smic à 1 400 euros net (soit 130 euros de plus qu’actuellement). La mesure est chiffrée à 7,4 milliards d'euros par le candidat. Il souhaite aussi instaurer un revenu minimum au niveau du seuil de pauvreté pour une personne seule (1 063 euros). Une revalorisation du salaire des fonctionnaires est également au programme. Jean-Luc Mélenchon prône 10% d'augmentation du point d'indice, gelé depuis 2010 pour un coût estimé à 14 milliards d'euros.

L'autre objectif est de « lutter contre la vie chère ». Le candidat affiche la volonté de bloquer les prix des produits de première nécessité et d’en réduire la TVA à 5,5%. A la place, il  propose de réinstaurer une « TVA grand luxe » pour financer sa mesure. Un tel taux majoré de TVA a existé jusqu'en 1992. Il avait atteint 33,3% entre 1970 et 1982. Les Insoumis pourraient militer pour un taux semblable.

Ses mesures en faveur de l’innovation

Jean-Luc Mélenchon s’est prononcé en faveur de la fin du crédit d'impôt recherche pour les entreprises. Il souhaite la disparition de cette première niche fiscale de l’Etat, évaluée à 6 milliards d’euros – montant qui serait reversé à la recherche fondamentale publique. Par ailleurs, le candidat souhaite rehausser le niveau d’investissement public dans la recherche, mais ne communique pas de chiffre précis à ce sujet. Il précise vouloir créer un pôle public du médicament pour financer la recherche et indique qu’il rembourserait à 100% les soins de santé.

En ce qui concerne la souveraineté numérique, l’élu insoumis milite pour davantage de contrôle public, affirme vouloir soutenir le secteur tout en réduisant son impact écologique. Selon lui, « la technologie doit servir le progrès humain ». Ses mesures ne sont pas très détaillées en la matière. Il voudrait démocratiser l’utilisation de serveurs « de droit français situés en France » et mettre en place une mission nationale de maîtrise de l’intelligence artificielle. Concernant les secteurs stratégiques, il créerait une fonderie française pour microprocesseurs.

Ses mesures sur les compétences

Comme d’autres avant lui, Jean-Luc Mélenchon plaide pour une simplification du mille-feuille administratif. Il souhaite redonner aux communes « le rôle de cellule de base de la démocratie locale ». Il souhaite également revenir sur la loi NOTRe votée en 2015 et « supprimer les méga-régions et les métropoles technocratiques ». Par ailleurs, il exprime la volonté de redécouper les régions à partir des bassins-versants. Concernant les territoires d’outre-mer, son programme leur donne beaucoup de place. Le candidat les imagine « pilotes de la planification écologique et des circuits courts ».

Sa stratégie environnementale

La « bifurcation écologique » voulue par le candidat s’invite dans de nombreux secteurs, et notamment le secteur agricole et alimentaire. Le candidat affirme vouloir recouvrer la souveraineté alimentaire de la France. Pour ce faire, il estime nécessaire de créer un ministère de la Production alimentaire et le développement de circuits courts. Mais pas que : il faut également selon lui « instaurer une agriculture relocalisée, diversifiée et écologique ». Il ambitionne de créer 300 000 emplois agricoles. Il compte interdire les fermes-usines. Par ailleurs, il émet le souhait de défendre la forêt « en interdisant les coupes rases et en reconstituant nos capacités productives de bois ». Il promeut la fin des pesticides, l'instauration de zones tampons, la lutte contre l’artificialisation des sols.

Sa vision de la politique énergétique

Parmi les propositions phares de Jean-Luc Mélenchon : la sortie du nucléaire. Le candidat n’a pas fixé de date précise (il évoque ci et là 2040 ou 2045). Son ambition est d’atteindre 100% d’énergies renouvelables en 2050, via le solaire et l’éolien, mais surtout grâce à l’émergence d’une filière hydrolienne. Ce secteur économique pourrait mener à la création de 300 000 emplois, selon ses estimations. Il est favorable au blocage des prix de l’énergie (gaz, électricité, carburants), qu’il considère des produits de première nécessité.

Concernant l’or bleu, le candidat Mélenchon propose la gratuité des mètres cubes d’eau considérés comme vitaux et une tarification progressive par la suite. Il créerait un haut-commissariat à l’eau pour organiser une gestion 100% publique. Enfin, concernant la construction, il voudrait favoriser les matériaux bioclimatiques tels que le bois, la terre et la paille. Outre ce virage de l’écoconstruction, il voudrait accélérer sur la rénovation énergétique des logis et souhaite « refaire l’isolation d’au moins 700 000 logements par an ».

Sa vision des relations sociales

Conformément à son souhait de permettre « l’harmonie des êtres humains entre eux », Jean-Luc Mélenchon propose d’établir « de nouveaux indicateurs de progrès humain pour mettre l’économie au service des objectifs et des critères de bien-vivre (santé, éducation…) ». A la faveur de la pandémie, il propose également d’« adopter un plan d’adaptation aux pandémies non-liberticide, basé sur la société du roulement et la planification sanitaire ».

Concernant le temps de travail, il dit vouloir rétablir immédiatement la durée légale hebdomadaire à 35 heures (en majorant les heures supplémentaires, cotisations incluses, à 25% pour les quatre premières et 50% au-delà), passer aux 32 heures pour les métiers pénibles ou de nuit et favoriser leur généralisation par la négociation collective. Le candidat promet un retour de la retraite à 60 ans, possible après 40 ans de cotisation. 

Dans un entretien accordé au magazine Elle début mars, le candidat a sorti de son chapeau une nouvelle mesure pour lutter contre l'inégalité salariale. « Je propose de passer en force : commencer à combler l'écart de salaire entre les femmes et les hommes via le versement d'une prime d'égalité salariale de 10 % », que les entreprises devraient verser par défaut à leurs salariées.

Son idée clé pour réindustrialiser

Son ambition est de « réindustrialiser par plans de filières » le pays. Pour cela, le candidat propose un plan à 200 milliards d’euros pour des investissements « écologiquement et socialement utiles ». Concrètement, il souhaite développer des « pôles publics » dans divers secteurs (énergie, transports, santé). Son objectif : « Mettre fin à la dépendance de la France dans les domaines stratégiques (semi-conducteurs, médicaments, etc) et soutenir la bifurcation écologique (recyclage des batteries, aciers nécessaires aux énergies renouvelables, etc) ».

Il propose ainsi une multitude de mesures, telles la relocalisation des produits essentiels (avec la création d’une agence pour les relocalisations), l’interdiction de céder un brevet français si vous cédez votre entreprise à des investisseurs étrangers ou encore l’imposition de droits de douane basés sur des critères écologiques pour les produits importés.

L'Europe

La nouvelle mouture de L’Avenir en commun a vu ses chapitres sur la politique étrangère et l’Europe remaniés et agrémentés de nouvelles propositions. Dans les faits, la politique voulue par Jean-Luc Mélenchon change peu. Il prône toujours une renégociation des traités et rejette le pacte de stabilité, dont la refonte est actuellement en discussion. Le candidat indique vouloir « conditionner la contribution française au budget de l’UE » et affirme qu’il n'hésitera pas à poser son veto, notamment à « tout nouvel accord de libre-échange ». Il souhaite suspendre la participation de la France à certains programmes, comme celui de l’Europe de la défense. Par ailleurs, le candidat souhaite toujours sortir du Traité de l’Atlantique Nord (Otan).

Son idée la plus originale

Jean-Luc Mélenchon veut s’emparer des fonds marins et développer des énergies marines renouvelables (EMR) « dans le cadre du plan de transition énergétique et sous maîtrise publique ». Selon le candidat, « la France est une puissance maritime qui s’ignore ». Il déplore que les technologies marines soient délaissées des pouvoirs publics, et ce alors même que « la mer est pourtant une source formidable d’activités pour la bifurcation écologique ». Il milite pour que les industriels s’emparent de la question des hydroliennes, qu’il considère comme les énergies renouvelables de l’avenir. Il souhaite en développer de nombreux parcs en pleine mer.

Selon lui, « lancer un plan de dépollution de la Méditerranée et de nos façades maritimes et fonds marins » est essentiel. Le candidat insoumis défend un moratoire sur les forages en Méditerranée et sur l’extraction minière en eau profonde et veut créer des aires marines protégées en haute mer. Il souhaiterait également faire émerger un droit international de la biodiversité marine.

Son idée la plus rebattue

Jean-Luc Mélenchon prône l’annulation de la flat tax, mais surtout le retour de l’impôt sur la fortune (ISF), dont il voudrait tirer 8 milliards d'euros. Pour y parvenir, le candidat voudrait fixer un taux d'imposition à 90 % pour la tranche la plus haute, soit à partir de 400 000 euros par an. Pour rappel, l’ISF a disparu fin 2017, remplacé par l'impôt sur la fortune immobilière (IFI). A gauche, de nombreuses voix réclament le retour de cette mesure. Socialistes comme Insoumis ont âprement milité en sa faveur au cours du quinquennat. « Pure démagogie », accuse le gouvernement, qui ne reviendra pas sur sa décision. Si l'ISF rapportait 5 milliards d’euros par an à l'Etat, l'IFI a engrangé 2 milliards d’euros en 2020, largement plus que les 800 millions d’euros qu’espérait en tirer Bercy initialement.

Le financement du programme

Le samedi 12 mars, Jean-Luc Mélenchon a présenté son programme fiscal et le financement de son programme. Sa mesure-clé en la matière jusqu'à présent était une reprise de la dette de l’Etat par la banque centrale européenne (BCE), qui serait transformée en dette perpétuelle à taux nul. Dans son programme totalement chiffré, le candidat va plus loin et détaille le coût de l'ensemble de ses mesures. Au total, les recettes de l'Etat seraient supérieures au dépenses pour un excédent de 17 milliards d'euros, selon les calculs effectués par un panel d'économistes.

Abonnés
Le baromètre des investissements industriels en France
Nouvelles usines, agrandissement de sites industriels existants, projets liés à la décarbonation… Retrouvez dans notre baromètre exclusif toutes les opérations classées par région, par secteur industriel, par date d’annonce et de livraison.
Je découvreOpens in new window
Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.