Près de Lyon, Marny Energy transforme les batteries en unité de stockage pour leur donner une seconde vie

La start-up Marny Energy, récompensée du prix coup de cœur 2024 par EDF Pulse, s’est lancée dans le réemploi des batteries électriques de véhicule, qu'elle transforme en unité de stockage. Elle a déjà vendu quatre conteneurs un an après sa création.

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Marny Energy unité de stockage énergie avec Marc Areny
En assemblant des packs de batteries de véhicules électriques, Marny Energy propose des unités de stockage.

Si le secteur du recyclage des batteries de voitures électriques se met en ordre de marche, celui du réemploi est moins connu. C’est pourtant sur ce secteur que s’est positionnée la start-up Marny Energy qui s’est vue décerner un prix coup de cœur 2024 lors du concours EDF Pulse. Son objectif ? Commercialiser des unités de stockage d’énergie, transportables par camion, pouvant être rechargées progressivement via le réseau et fournir de l’énergie pendant des pics de consommation.

Un conteneur de 3 mètres sur 2,5

Concrètement l’unité de stockage prend la forme d’un conteneur de 3 mètres sur 2,5 dans lequel les packs batteries sont assemblés. «L’ingénierie nous est propre mais nous sous-traitons le tableau électrique, la chaudronnerie, les soudures et l’assemblage», liste auprès de L’Usine Nouvelle le directeur général de la start-up Marc Areny. Le câblage définitif et la programmation sont aussi réalisés par la start-up et ses quatre salariés. Marny Energy se concentre donc sur l’intégration des batteries et leur bon fonctionnement dans un système de stockage d’énergie, c’est-à-dire la communication entre la batterie et l’électronique de puissance. Un sujet complexe sur lequel elle dépose un brevet.

Dans cet espace, jusqu’à 8 packs batterie de 82 kWh de la plateforme modulaire électrique (MEB) de Volkswagen peuvent être positionnés. Cela correspond à 650 kWh. Si besoin, deux conteneurs peuvent être assemblés pour augmenter la puissance. La difficulté réside dans la mise au point de la première unité de stockage et de la procédure de diagnostic.

90% de batteries issues de véhicules accidentés

La start-up fait venir de toute l'Europe des batteries de véhicules parmi les plus commercialisés, comme celles provenant de Tesla et de Volkswagen. Entre sa passion pour l’automobile et ses projets de retrofit automobile, Marc Areny achète des voitures entières accidentées ou des batteries depuis près de 10 ans. Il a donc une solide connaissance du marché ce qui facilite l’approvisionnement. Leur atout ? La revalorisation de l’ensemble du véhicule pour faire diminuer tous les coûts, que ce soit via le rétrofit ou la vente de pièces détachées. «Le but est d’avoir un prix de la batterie proche de zéro», confie le patron.

«90% des batteries que nous récupérons viennent de véhicules accidentés. Par exemple, actuellement nous avons un SUV Volkswagen ID.4 avec 48 kilomètres au compteur», s’exclame Marc Areny. Si les véhicules sont difficilement réparables, les batteries sont encore en bon état et même souvent «au-delà de 90% de leur capacité», ajoute-t-il. Surtout que l’usage est différent dans un véhicule où la batterie est à l’origine de la traction ou dans les unités du stockage d’énergie où le stresse sur ce composant est plus faible.

2 à 3% des batteries reçues sont inutilisables

«Nous avons déjà réalisé le diagnostic de plusieurs centaines de batteries, entre 2 et 3% d’entre-elles sont vraiment accidentées et pas utilisables pour le stockage», assure Marc Areny. Pour cela, les équipes réalisent une inspection visuelle, des cycles de charge et de décharge tout en monitorant la température. Un autre point important : la dégradation de la batterie est linéaire ce qui permet d’évaluer la capacité restante. Les conteneurs sont ainsi garantis 5 ans mais «leur durée de vie devrait atteindre 15 ans, voir plus», selon le directeur général.

Quant à savoir si la concurrence sur le recyclage des batteries va complexifier l’approvisionnement à l’avenir, l'entrepreneur balaye la question. «Le marché est gigantesque !», s'exclame-t-il. En 2023, ce sont près de 300000 véhicules électriques qui ont été immatriculés en France. L’industrie du recyclage se met pourtant en place. L’une des premières usines d’Europe pour le recyclage des batteries au lithium est située à Harjavalta, en Finlande. En France, Suez travaille avec Eramet sur un recycleur à Dunkerque (Nord) tout comme Orano avec Stellantis ainsi que Solvay avec Veolia. «Marny Energy cherche des batteries encore en état qu’il serait insensé de broyer et recycler», ajoute Marc Areny pour montrer qu’il n’est pas en concurrence avec les recycleurs.

12 millions d'euros de précommandes

Le marché adressé par Marny Energy ? Des entreprises ou des hôteliers ayant besoin d’un générateur en raison de fluctuation ou de perte de réseau. Mais il vise aussi des acteurs caractérisés par une forte consommation énergétique, y compris pour des sites en bout de ligne pour lesquels il est difficile de disposer de la puissance nécessaire. «Par exemple, des complexes hôteliers ou des golfs peuvent avoir besoin d’une telle solution pour offrir une solution de recharge aux propriétaires de voitures électriques», détaille le responsable. Dans l’évènementiel, cette solution de stockage d’énergie est aussi pertinente pour remplacer les générateurs. «Notre solution est plus silencieuse, glisse Marc Areny. Un plus lorsque le générateur est utilisé dans les tournages de cinémas ou publicité.»

La start-up fondée en avril 2023 a déjà vendu quatre conteneurs : un pour un site industriel en Hongrie, un pour un spécialiste de la cryptomonnaie, un pour renforcer un réseau afin d’alimenter une flotte de véhicules électriques, un pour de l’événementiel et plus particulièrement le monde du cinéma. Un conteneur est commercialisé aux alentours de 160000 euros, mais le but est de passer sous les 130000 euros (et donc passer de 250 euros à environ 200 euros le kWh). La start-up, basée à Villeurbanne (Rhône), est déjà rentable selon son directeur, qui affirme avoir pour 2 millions d’euros de précommandes sur les douze prochains mois. Une belle perspective de croissance pour la toute jeune start-up.

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