Fleury Michon donne de la consistance à ses engagements en matière de responsabilité sociétale des entreprises (RSE). Le spécialiste de la charcuterie, des plats cuisinés et du surimi pour la grande distribution a annoncé conditionner ses lignes de crédits souscrites auprès du Crédit Agricole CIB, la banque de financement et d’investissement du groupe bancaire, à ses objectifs RSE. « En clair, notre entreprise indexe le coût de l’argent qu’elle emprunte à ses engagements en faveur de ses collaborateurs, de la santé des consommateurs, de l’économie circulaire, de l’environnement et de la qualité des produits », explique à l'Usine Nouvelle Philippe Teisseire, le directeur administratif et financier de l’ETI de 3800 salariés.
Atteindre 55% d’emballages recyclables en 2025
Concrètement, ces engagements seront évalués à l’aune de cinq indicateurs de performance extra-financiers : la réduction de 20% d’ici à 2025 du taux de fréquence des accidents au travail avec arrêt, le doublement de la part des emballages recyclables au même horizon, la réduction de 15% de la consommation d’énergie d’ici à 2025 également, la poursuite du non-recours aux arômes artificiels dans ses recettes pendant trois ans et le maintien à 90% des produits en Nutri-score A, B, ou C et à moins de 10% en D ou E.
« Chacun de ces engagements est divisé en objectifs à atteindre année après année. Concernant la recyclabilité de nos emballages par exemple, la part d’emballages recyclables était de 27% l’année dernière. Nous visons 35% cette année, 40% l’année prochaine, 45 puis 50% en 2023-2024 et enfin 55% en 2025 », précise Philippe Teisseire.
Un intérêt financier modeste
A chaque fin d’année, un cabinet d’audit extérieur à l’entreprise jaugera de leur respect ou non, avec des répercussions sur les taux d’intérêt des lignes de crédits. Une partie des crédits concernés concerne des opérations de croissance externe de l’entreprise, qui a notamment emprunté pour racheter le spécialiste vendéen du mini-burger et du préfou (un pain à l'ail) Paso en 2018, ou encore pour assurer une prise de participation à 90% du néerlandais Marfo, un acteur de la restauration aérienne, en 2019. Chaque critère rempli conférera à Fleury Michon un bonus de 0,5 point de base sur ses taux, soit une diminution de 2,5 points de base (0,025%) au maximum. Et inversement en cas de malus. « Cela représente environ 20 000 euros en plus ou en moins par an pour le montant de 80 millions d’euros de crédits sur cette partie, ce qui est assez peu », concède Philippe Teisseire.
Ainsi, la démarche de Fleury Michon ne s’inscrit pas dans une logique purement financière. Elle n’est pas non plus liée à des difficultés particulières pour atteindre les objectifs RSE, selon son directeur administratif et financier. Pour le dirigeant, qui estime que « la transition sociétale et environnementale ne se fera que si la finance s’en saisit », cette démarche marque plutôt une étape supplémentaire dans le cadre d’une stratégie datant de plusieurs années. « Cet engagement vers l’extérieur donne aussi une visibilité formidable à nos équipes, qui font des efforts pour réduire les additifs et repenser la conception de nos emballages », estime Philippe Teisseire.
Une innovation dans l’agroalimentaire
L’industriel de l’agroalimentaire affirme par ailleurs être la première entreprise de l’agroalimentaire en Europe à conditionner également ses objectifs RSE pluriannuels à un programme de titrisation de ses créances commerciales auprès de la grande distribution. Le montant de ce programme est de 85 millions d’euros. L’un des avantages de cet outil de financement est qu’il permet à l’entreprise de récupérer son argent plus tôt, en cédant ses factures à la banque. Ces dernières années, plusieurs entreprises comme EDF, le laitier Bel ou encore Danone ont souscrit des « crédits à impact », conditionnant déjà le coût du financement à des critères environnementaux et sociaux.



