Comment concilier voiture électrique et Made in France ? La question était sur toutes les lèvres mardi 26 octobre à la journée de la filière automobile française. Réunis à la Cité des sciences et de l’industrie à Paris, les industriels ont largement commenté le plan France 2030 et le paquet législatif européen Fit For 55. Le directeur général de Renault, Luca de Meo, a présenté sa stratégie pour améliorer la compétitivité de la France.
«Si nous créons les conditions pour faire de la France un hub du véhicule électrique, nous ferons plus que stabiliser et sécuriser l’emploi. Nous en créerons», a assuré le nouveau dirigeant du groupe Renault. Dans ce chantier, «Renault a l’ambition de fonctionner comme une sorte de brise-glace», a-t-il ajouté.
Renault veut « créer les conditions » pour rester français
La glace à briser, c’est le manque de compétitivité de la France. «Nous n’allons pas sacrifier notre compétitivité à la France, a prévenu Luca de Meo. Nous allons créer les conditions pour être européen, français et performant, du brevet jusqu’à la sortie de l’usine.»
Le dirigeant a rappelé le poids du coût du travail et de la fiscalité dans l’Hexagone. «Bien sûr que nous devons aller plus loin sur la baisse des impôts de production si nous voulons rester compétitifs par rapport à nos grands voisins, notamment l’Allemagne», a concédé Bruno Le Maire, ministre de l’Economie et des Finances.
Quelques jours avant l’événement, la Plateforme automobile (PFA) rappelait l’idée de zones franches où les industriels pourraient bénéficier d’une fiscalité allégée. «Evidemment, nous n’allons pas rogner sur le modèle social. A défaut d’obtenir une nouvelle baisse d’impôts de production, il faut faire autre chose», avait argumenté Luc Chatel, président de la PFA. Malgré des discussions avec le gouvernement, cette piste n’a pas encore été concrétisée.
Viser la valeur ajoutée plutôt que le volume
Luca de Meo a réagi à l’objectif gouvernemental de fabriquer deux millions de véhicules électrifiés en France à l’horizon 2030. «J’entends beaucoup parler de volume mais la première bataille est celle de la valeur ajoutée, a insisté Luca De Meo, dans la droite ligne de son plan Renaulution. La question n’est pas de savoir combien nous avons de gigawatt-heure en France. Il faut s’assurer de contrôler la chaîne et le raffinage des matières premières, de pouvoir produire des électrodes et des cathodes, de pouvoir développer le logiciel pour la gestion des batteries, etc. Ces activités en amont pèsent environ 50% de la valeur ajoutée d’une batterie. »
Luca de Meo a également décrit les travaux en aval de la chaîne : du recyclage des batteries à la gestion des données. Une activité encore largement dominée par les Etats-Unis. «Les entreprises américaines de la tech contrôlent ou stockent 92% des données européennes», a chiffré Luca De Meo. En avril, le groupe Renault s’était d’ailleurs allié aux champions européens Atos, Dassault Systèmes, STMicroelectronics et Thales pour développer des systèmes et des logiciels pour la mobilité intelligente.
«Délocaliser, ce n’est plus votre intérêt», défend Bruno Le Maire
A la présentation du plan France 2030, le gouvernement avait annoncé un nouveau soutien de 2,5 milliards d’euros à la filière automobile. Lors de son passage à la Cité des sciences et de l’industrie, malgré les rumeurs, Bruno Le Maire n’a pas donné plus de précisions sur ces investissements. Le ministre de l’Economie a lancé à la place un appel aux industriels. «Nous ne pouvons pas être compétitifs sur les composants où il y a peu de valeur ajoutée. Mais là où il y a une forte valeur ajoutée, il doit y avoir des emplois maintenus en France», a exhorté le ministre, en écho à l’intervention de Luca de Meo.
«Délocaliser, ce n’est plus votre intérêt, a ajouté Bruno Le Maire en évoquant le futur mécanisme d’ajustement carbone aux frontières. Quand les coûts de production auront augmenté en Europe de l’Est comme en Chine, avec une classe moyenne qui va exiger des salaires plus élevés, délocaliser sera moins intéressant.»
Tout au long de la journée, les constructeurs automobiles et les équipementiers ont regretté le manque de visibilité sur les futures réglementations. Le ministre de l’Economie avait une réponse toute trouvée à l’approche de l’élection présidentielle (sur un ton humoristique) : « Si vous voulez de la stabilité et de la visibilité, donnez-nous cinq années supplémentaires. »



