Sept coefficients sous le salaire minimum (Smic) dans la charcuterie industrielle, deux chez les coopératives agricoles du bétail et de la viande... Au total, selon un recensement de la CGT effectué mi-mai 2022, l'agroalimentaire compte 28 branches dont les minima sont inférieurs au Smic. «Quasiment toutes les branches de la transformation alimentaire, de la boulangerie à la charcuterie en passant par les volailles ou les oeufs, sont concernées », observe Alexandre Dubois, secrétaire national CFDT.
Des grilles de salaires peu aérées
Une situation qui s'explique avant tout par le très faible delta entre les différents coefficients au sein des grilles de salaires, à l'image de la convention collective du bétail et de la viande (où l'on retrouve les abattoirs affiliés à des coopératives) et au sein de laquelle la marche entre le Smic et le premier coefficient est de 25 euros. «Concrètement, cela veut dire que dès que l'on touche au Smic, comme ce fut le cas en octobre 2021 et de nouveau en mai 2022, plusieurs coefficients se retrouvent sous le salaire minimum », explique Richard Roze, secrétaire fédéral agroalimentaire de FO.
C'est ainsi que les industriels du lait, de la conserves tout comme ceux de la charcuterie industrielle se retrouvent avec les sept premiers niveaux des salaires sous le salaire minimum en France. «Nous avions décidé de creuser l'écart lors des renégociations annuelles avec un premier niveau de 12 euros supérieur au salaire minimum, mais nous avons été rattrapés par l'inflation», plaide Fabien Castanier, délégué général de la FICT (Fédération des entreprises françaises de charcuterie-traiteur). Une négociation y est toutefois sur le point de s'ouvrir avec les syndicats sur ce sujet.
Fusionner avec les branches mieux-disantes
Conséquence : le secteur sera directement concerné par cette disposition du projet de loi pouvoir d'achat que le gouvernement présentera en Conseil des ministres le 6 juillet. Pour faire pression sur les branches qui tardent à ajuster leur grille de salaires pour suivre l'évolution du Smic, le gouvernement menace, en effet, de les fusionner avec branches mieux-disantes. Le dispositif semble séduire la CFDT. Pour Alexandre Dubois, «le projet est intéressant, même s'il faut voir comment il sera mis en oeuvre». D'autant plus que, comme le souligne Richard Roze, «une fusion de branche prend plusieurs années avant de pouvoir être mise en œuvre».

- 1102.98+6.11
Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
- 472.5+2.86
Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
- 658.25+5.07
Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
Du côté des industriels, le projet gouvernemental provoque surtout du scepticisme. «Nous avons du mal à comprendre pourquoi avoir recours à cet outil des branches...», déplore Mickael Nogal, directeur général de l'Ania (Association nationale des industries de l'agroalimentaire), pour qui il s'agit d'un instrument très restrictif.
Pour le syndicat, les tensions dans les négociations commerciales avec les distributeurs sont à l'origine de cette situation sur les salaires. «Sur le papier, tout le monde est d'accord pour augmenter les salaires et revaloriser les grilles, mais nous sommes dans un secteur où à peine 50% des surcoûts observés depuis le début de l'année ont pu être couverts », ajoute Mickael Nogal. Résultat, l'association préférerait la sanctuarisation des coûts industriels, comme l'a fait la loi Egalim 2 avec les matières premières agricoles. «Dans des secteurs comme la charcuterie, où 40% des entreprises ont un coût de revient supérieur au prix de vente, cela permettrait de redonner de l'air aux industriels pour qu'ils augmentent les salaires», veut croire le responsable.
avec Enora Queau



