Donald Trump n’a finalement pas attendu le 2 avril pour lancer la seconde phase de sa guerre commerciale. Le président américain promettait d’en faire un "Liberation day", soit le jour où les Etats-Unis cesseraient de «se faire arnaquer» en adoptant des droits de douane réciproques contre tous ses partenaires commerciaux. Il a pris les devants, le 26 mars pour le secteur automobile en instaurant 25% de droits de douane additionnels sur tous les véhicules importés aux Etats-Unis.
La mesure, qui s’appuie sur l’enquête menée en 2019 lors du premier mandat Trump sur les atteintes à la sécurité nationale liées aux importations automobiles, doit entrer en vigueur dès le jeudi 3 avril. «Le montant des droits de douane est extrême. Cela revient à un quasi-embargo sur les véhicules européens vers les Etats-Unis», relève Sébastien Amichi, associé chez Kearney. Dans une étude publiée il y quelques jours, le cabinet évaluait à 9,8 milliards de dollars le manque à gagner pour les constructeurs européens en cas de hausse de 20% des droits de douane, un scénario finalement moins pessimiste que la réalité. Près de 25000 emplois pourraient être menacées dans les usines européennes, selon ces calculs, alors que le secteur est déjà sous tension.
Mexique, Corée, Japon en premières lignes
Pourtant, à vrai dire, les usines européennes ne seront pas les principales victimes. Environ la moitié des véhicules commercialisés aux Etats-Unis sont importés. En 2024, sur ces 8 millions de voitures, un peu moins de 3 millions étaient en provenance du Mexique, pour une valeur de 78 milliards de dollars, et 1 million du Canada. L’administration Trump a bien prévu des exemptions pour ne taxer que la part non-américaine des véhicules assemblés de l’autre côté de la frontière, alors que certaines pièces peuvent traverser plusieurs fois la frontière. Mais il faudra, pour être exemptés totalement de droits de douane, que la voiture importée soit à 75 % «made in USA».
Autre pays très affecté : le Japon a exporté pour 39 milliards de dollars vers les Etats-Unis en 2024, selon les chiffres du département du commerce américain, et 1,7 million de véhicules soit 20% des importations américaines. La Corée du Sud, liée par un accord de libre-échange avec les Etats-Unis, est elle aussi en première ligne puisqu’elle a produit 16% des voitures importées par les Etats-Unis.

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Février 2026
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3 Avril 2026
Gazole France HTT€/litre
L’Europe – Royaume-Uni compris - représente près de 17% des véhicules importés l’an dernier sur le marché américain, avec un peu plus de 1,1 million d’unités concernées. La hausse des droits de douane devrait avoir des conséquences très différenciées. Elle s’annonce surtout douloureuse pour l’Allemagne, dont les Etats-Unis sont le premier marché à l’export et pèse pour 13,1% de ses débouchés, avec près de 24,7 milliards de dollars. Autres pays affectés : le Royaume-Uni qui a exporté l’an dernier pour près de 8 milliards de dollars de véhicules assemblés et l’Italie, près de 3,3 milliards de dollars.
Les usines françaises passent entre les gouttes
Dans ce marasme, les usines françaises apparaissent relativement épargnées. Les Etats-Unis ne représentaient que le quatorzième marché mondial des sites d’assemblage français. Et le marché ne reçoit que 1,3% des exportations de véhicules pour moins de 500 millions d’euros en valeur, selon les douanes françaises. Pour les équipementiers – d’autres pièces automobiles pourraient être ciblées dans un mois par des tarifs - l’effet pourrait être un peu plus fort, le marché américain représentant leur huitième débouché, avec un peu plus de 3% de leurs exportations.
Tous les constructeurs ne seront pas non plus logés à la même enseigne. Le groupe Renault n’est pas affecté, car il n’est pas présent commercialement aux Etats-Unis. Ce n’est pas la même histoire pour le groupe franco-italo-américain Stellantis, dont les Etats-Unis représentent le premier marché. Mais le constructeur opère six usines d’assemblage final outre-Atlantique et dispose de deux usines au Canada et trois au Mexique. Au total, environ 30% de ses ventes américaines provenaient des usines de ces deux pays limitrophes en 2024. Le groupe importe aussi d’Europe quelques Alfa Romeo, mais dont les volumes sont confidentiels.
Les importations de véhicules d'entrée de gamme davantage menacées
Pour les constructeurs, les conséquences dépendent aussi de leur capacité à faire passer des hausses de prix. «En moyenne, il est probable que ces taxes se traduisent par un baisse de 30 à 35% des volumes exportés vers les Etats-Unis», relève Sébastien Amichi, dès que les stocks actuels chez les concessionnaires américains auront été écoulés. Mais les constructeurs positionnés sur les véhicules haut-de-gamme, comme Porsche ou Range Rover, devraient a priori plus facilement encaisser la hausse de leurs prix de vente. Pour les véhicules de moyenne et d’entrée de gamme importés depuis l’Europe, le recul de la demande pourrait être plus important. «Les effets nets de la hausse des tarifs douaniers sont absorbables pour nous», anticipait quelques jours avant l’annonce de Donald Trump le PDG de l’équipementier allemand Schaeffler Klaus Rosenfeld, qui dispose de sites au Mexique. «Mais l’impact direct est une chose. Il faut aussi compter sur les effets indirects : si les gens n’achètent plus de voitures car ils les trouvent trop cher, cela aura des conséquences pour nous».
Ce ne sera pas forcément suffisant pour renforcer de nouveaux investissements aux Etats-Unis. «Pour beaucoup des modèles exportés depuis l’Europe, les volumes sont trop limités pour justifier une ligne de fabrication dédiée aux Etats-Unis», analyse Sébastien Amichi. Mercedes fabrique ainsi tous ses SUV aux Etats-Unis, mais ses autres véhicules en Europe. BMW ou Stellantis disposent eux aussi d’usines aux Etats-Unis. Mais «les constructeurs européens exportent de 50 à 60% de véhicules qu’ils fabriquent aux Etats-Unis», souligne l’association des constructeurs automobile (ACEA). Leurs usines vont devoir supporter une hausse de leurs coûts. Mais elles pourraient aussi être ciblées par des mesures de rétorsions adoptées par les partenaires commerciaux des Etats-Unis.
Solène Davesne, avec Antoine Vermeersch



