EDF mise sur une électrification des usages dans les dix prochaines années. L’énergéticien a annoncé jeudi 7 novembre son ambition d’ «aller chercher 150 TWh de consommation liée aux nouveaux usages de l’électricité en France» d’ici à 2035, selon le directeur de son pôle clients, services et territoires Marc Benayoun. Un chiffre à mettre en regard des 400 TWh de demande finale d’électricité attendus approximativement pour 2024. Parmi ces 150 TWh, environ 70 proviendraient d’une demande additionnelle pour l’électrification des transports de tous types, 60 de l’électrification des procédés industriels et de la réindustrialisation et 20 à 30 des besoins de nouveaux datacenters.
Pour atteindre cet objectif, convaincre les consommateurs du bien-fondé de sa politique commerciale sera toutefois crucial pour EDF, en particulier sur le prix de l’électricité à partir de 2026, c’est-à-dire après l’extinction du mécanisme régulation actuel de l’Arenh. Devant les médias réunis à son siège parisien, le groupe s’est donc livré à un argumentaire de défense de l’accord de novembre 2023 conclu avec l’Etat sur le futur cadre de régulation de ce prix, en dépit des nombreuses critiques émises par des industriels et certains observateurs à son encontre.
Le timing n’était probablement pas anodin alors que le ministre de l’Economie Antoine Armand avait évoqué aux Assises de l’industrie de L’Usine Nouvelle«un point public prochainement sur l’état de l’accord et la nécessité ou pas d’en rediscuter certains paramètres». «Nous verrons bien» ce qu’il ressortira de cette clause de revoyure «mais il nous semble qu’il y a beaucoup de choses positives» depuis la conclusion de cet accord qui concerne l'électricité d'origine nucléaire, a déclaré Marc Benayoun.
Des signatures de nouvelles lettres d'intention attendues pour les contrats de long terme
Le point de l’accord sur lequel le dirigeant est apparu le moins à l’aise concerne les contrats de long terme avec les industriels électro-intensifs, les contrats d’allocation de production nucléaire (CAPN). Dans les colonnes de L’Usine Nouvelle en octobre, Nicolas de Warren, le président de l’association d’industriels énergo-intensifs Uniden, appelait à traiter le sujet avant le premier anniversaire de l’accord. Pour le moment, cinq lettres d’intention ont été signées pour un peu plus de 10 TWh de consommation annuelle. Leur durée est généralement de 15 ans mais un de ces contrats est prévu pour 18 ans.

- 58.7+6.53
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en euros€/baril
- 69.4+7.26
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en dollars$ USD/baril
- 1.2165+5.8
27 Mars 2026
Gazole France HTT€/litre
«Nous sommes arrivés au bout de la négociation avec ces cinq clients mais nous avons d’autres négociations très avancées avec des signatures attendues d’ici quelques jours et 24 négociations engagées au total», a indiqué Marc Benayoun. Reste que ces lettres d’intention ne sont pas encore des contrats signés noir sur blanc. Une remarque qui a semblé irriter quelque peu le représentant d’EDF. «Ce sont des quasi-contrats ! Ces documents sont très structurés et déterminent à peu près tous les critères économiques du contrat dont l’avance en tête. Certes, ce sont encore des lettres d’intention car la signature définitive correspond au moment où les clients doivent payer l’avance en tête, donc ils veulent que ce soit le plus proche possible du début des livraisons, plutôt vers fin 2025», a-t-il argué.
Offre remise pour la deuxième phase d'Exeltium
Certains contrats de long terme débuteront dès le 1er janvier 2026 mais d’autres commenceront plus tard car ils concernent des projets industriels qui doivent encore voir le jour où monter en puissance. Un bon connaisseur du dossier s’étonnait d’ailleurs auprès de L’Usine Nouvelle de l’utilisation par EDF de la lettre d’intention signée avec GravitHy pour montrer sa volonté de respecter l’accord, dans la mesure où ce site industriel n’est pas encore construit. Or le tissu industriel existant a lui aussi besoin de prix bas.
Dans une interview accordée aux Echos, la ministre déléguée en charge de l’énergie Olga Givernet avait d’ailleurs déclaré qu’il faudrait «une dizaine» de lettres d’intention pour des contrats de long terme. Selon notre bon connaisseur du dossier, l’accord de novembre dernier prévoyait même une telle offre commerciale jusqu’à 40TWh de consommation. «Cet ordre de grandeur de 40 TWh correspond à la demande des électro-intensifs. L’idée des contrats de long terme est de sécuriser la moitié de ces volumes, soit 20TWh ou un peu plus. C’est cohérent avec le souhait exprimé par la ministre déléguée Olga Givernet. Les contrats signés représentent aujourd’hui la moitié de cette cible», a affirmé Marc Benayoun. L’accord de 2023 contient également la mise en œuvre de la deuxième phase du contrat entre EDF et le consortium d’industriels électo-intensifs Exeltium. «Nous avons remis une offre ferme il y a quelques semaines. Nous verrons si elle est retenue ou pas», a indiqué Marc Benayoun à ce sujet.
"Nous sommes au-delà de nos attentes sur les contrats de moyen terme"
EDF se montre davantage satisfait vis-à-vis d’un autre outil prévu dans l’accord de novembre 2023, les contrats à terme pour un approvisionnement à un horizon de quatre ou cinq ans. Environ 3600 contrats de ce type ont été signés pour un volume d’environ 17 TWh en 2028 et 9TWh jusqu’en 2029. EDF met en avant une durée moyenne de contractualisation de ses clients de 41 mois en 2024, soit plus de trois ans. «Les clients signent en moyenne pour une année de plus par rapport à avant. Nous sommes au-delà de nos attentes sur les contrats de moyen terme car nous parlons d’une offre nouvelle qui n’existait pas auparavant. Il y a quelques années, personne n’achetait de l’électricité à plus de trois ans en France et c’était le plus souvent deux ans», s’est félicité Marc Benayoun.
Alors que la proportion de ces contrats signés avec des industriels était une source d’inquiétudes, «un peu plus de la moitié» concernent des entreprises de ce secteur, a assuré Nelly Recrosio, la directrice d’EDF pour le segment de clientèle des entreprises. Ces contrats sont par ailleurs conclus dans un contexte «de niveau de prix attractif», a souligné Marc Benayoun. Fin octobre, les prix sur le marché de gros étaient compris entre 62 et 65 euros le mégawattheure pour une livraison entre 2026 et 2029.
Des exportations d'électricité majeures en 2024
La baisse des prix et de la demande, sous l’impulsion de l’efficacité énergétique et de la baisse de production chez les électro-intensifs, rend justement l’accord de 2023 exigeant pour EDF, a rappelé Marc Benayoun. «Cela nous oblige à optimiser notre système industriel et nos coûts», a-t-il estimé. C’est notamment cette baisse de la demande qui explique l’estimation d’EDF d’exportations nettes d’électricité de 90 TWh à fin 2024, «un chiffre record pour le système électrique français», selon Marc Benayoun.
Pas sûr cependant que cet exercice d’autosatisfaction d’EDF convainque les industriels. Courant octobre, l’association de grands consommateurs d’électricité et de gaz du CLEEE se réjouissait dans un communiqué de la suppression en commission des finances du mécanisme de taxation du trop-perçu d’EDF en cas d’envolée du marché. Celui-ci est prévu dans le texte initial du budget pour 2025 et découle aussi de l’accord de novembre 2023. Qualifié de «peu protecteur», le dispositif «ne nous protégera pas de la prochaine crise» du prix de l’électricité, reprochait l’association. En séance, les députés ont finalement rejeté le nouveau mécanisme fin octobre. Dans un communiqué publié début novembre, l’Association française indépendante de l’électricité et du gaz (Afieg) qui regroupe des énergéticiens alternatifs tels que TotalEnergies Electricité et Gaz France ou les filiales tricolores de Vattenfall et Alpiq affirme de son côté que la mise en œuvre de l’accord entre l’Etat et EDF ne «permet pas aujourd’hui de concilier intérêt des consommateurs, couverture des coûts du nucléaire historique et concurrence respectée sur le marché de détail».
Une chose est sûre, EDF va en tout cas bien proposer à partir de février 2025 des offres au tarif réglementé de l’électricité pour toutes les TPE, conformément à une loi promulguée en avril dernier. Mais l’ampleur du mouvement des clients vers ce tarif réglementé de vente «est très difficile» à anticiper, selon Nelly Recrosio. «Ce retour se fera de manière progressive car un client professionnel ayant une offre de marché doit payer des indemnités pour une résiliation anticipée. Cela dépendra aussi du positionnement tarifaire de ce tarif réglementé de vente par rapport aux offres de marché», a-t-elle conclu.



