Etude

Portée par la santé et les transports, l'innovation française a bien résisté en 2020

Le nombre de brevets déposés par la France au niveau européen a crû en 2020, chiffre l’Office européen des brevets (OEB). Un bon résultat alors que le Covid-19 a freiné l’innovation globale.

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Tressage d'un réservoir hydrogène CEA
Malgré un nombre de demandes de brevets européen en baisse, le CEA conserve la première place du podium français devant Safran et Saint-Gobain

Les confinements à répétition et la crise sanitaire n’ont pas eu raison de l’innovation mondiale, mais l’ont tout de même ébranlée. C’est le principal enseignement du Patent Index 2020, le baromètre du dépôt de brevets en 2020, publié mardi 16 mars par l’Office européen des brevets (OEB). “Alors qu’on observe d’habitude une tendance régulière à la croissance du dépôt de brevets dans le monde, qui reflète le rôle croissant de l’innovation dans l’économie, l’année 2020 connaît une légère baisse”, décrit Yann Ménière, le chef économiste de l’OEB.

L’année dernière, les bureaux de l’institution munichoise dédiée à la protection de la propriété intellectuelle en Europe ont enregistré 180 250 demandes de dépôt de brevet, en baisse de 0,7% par rapport à 2019. Echappant à la morosité ambiante, les acteurs hexagonaux ont nagé à contre-courant de cette dynamique. En 2020, les dépôts de brevets français ont augmenté de 3,1%, pour atteindre 10 554 demandes.

La France résiliente en Europe

Une exception qui fait office de “signal positif” pour l’écosystème de l’innovation française, juge l’OEB. Sur le Vieux continent, la France est l’un des rares pays dont l’innovation n’a pas été ralentie par la crise sanitaire, aux côtés de la Finlande (+11%) et de l’Italie (+2,9%). Une performance d’autant plus remarquable que l’innovation française était plutôt dans une dynamique de baisse les années précédentes.

Demande de brevets européens en France OEB
Demande de brevets européens en France Demande de brevets européens en France

Deuxième sur le podium européen et cinquième sur le plan mondial, la France reste néanmoins loin des performances  de l’Allemagne. Malgré une baisse de 3%, les demandes de brevets originaires d’outre-Rhin ont totalisé 25 954 dossiers en 2020. 

Santé, pharmacie et biotechnologies grandes gagnantes

“Il est difficile de donner une explication claire de ces performances", analyse Yann Ménière auprès de l’Usine Nouvelle. Ce n’est pas lié à la recherche publique puisque les demandes de la part du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) [qui conserve la première place du podium tricolore ndlr.] ont baissé de 12,9%, mais on observe un coup d’accélérateur de l’industrie automobile ainsi qu’une augmentation des demandes dans la pharmacie et les biotechnologies”, détaille l’économiste.

Les secteurs innovants en France en 2020OEB
Les secteurs innovants en France en 2020 Les secteurs innovants en France en 2020

A la faveur de la crise du Covid-19, qui a projeté les préoccupations sanitaires et les biotechnologies sur le devant de la scène, ces deux derniers secteurs se distinguent dans le monde entier. En croissance de 10,2 et 6,3% respectivement. Les technologies de santé, elles, conservent la première place mondiale, en augmentation de 2,6%.

Une dynamique qui profite aussi aux acteurs français - l’Inserm, Sanofi ou Novartis en tête - mais dans des proportions variables. Alors que les technologies médicales (+17,5%) et la pharmacie (+21,9%) augmentent fortement, le secteur des biotechnologies (qui recouvre notamment les techniques qui ont permis l’émergence des fameux vaccins à ARN que proposent Moderna et Pfizer/Nbiotech) n’augmente pour la France que de 0,6%. 

L’innovation pour la mobilité résiste en France

Alors que le secteur des transports connaît une forte baisse au niveau mondial (-5,5%), et que les demandes de brevets européens dans l’aéronautique sont en chute libre (-24,7%), les acteurs français du secteur ont continué d’innover. Contrairement à leurs homologues allemands, “des entreprises comme Renault ou PSA ont décidé d’appuyer sur l’accélérateur des demandes de brevet”, explique Yann Ménière. Du côté des équipementiers, Valeo et Michelin restent aussi très bien placés. L’économiste fait l’hypothèse d’une réorientation des investissements automobile pour soutenir le passage du thermique vers l’électrique. De même, l’équipementier aéronautique Safran a augmenté ses demandes de brevets européens de 3,2% en 2020.

Les principales entreprises innovantes en FranceOEB
Les principales entreprises innovantes en France Les principales entreprises innovantes en France

Attention à ne pas se réjouir trop vite. La crise n'est pas finie et selon l’ampleur des difficultés économiques à venir, l’innovation pourrait être touchée à plus long terme, prévient Yann Ménière. Qui ne voit cependant rien d’inéluctable, puisque “la sortie de crise passe aussi par l’innovation” rappelle-t-il. Sous l’écume des événements, les dynamiques de fonds perdurent. Que ce soit la place de l’industrie informatique (dont l’industrie 4.0) et des technologies de la communication. Ou la montée en puissance connexe de la Chine (+9,9%) et de la Corée du Sud (+9,2%), qui trustent désormais la quatrième et la sixième place du classement, derrière les Etats-Unis, l’Allemagne et le Japon.

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