Moins 2,5% au niveau hexagonal, annonçait l’Institut national de la propriété industrielle (INPI) le lundi 9 mars dernier. Moins 2,9% à l’échelle européenne ajoute l’Office européen des brevets (OEB) ce jeudi 11 mars. Si l’on s’en tient aux chiffres, l’innovation française a connu un léger coup de mou en 2019. Au total, 15 812 demandes de brevets françaises ont été déposées en France et 10 163 au niveau communautaire.
Une diminution peu inquiétante pour l'innovation
Rien d’inquiétant, rassurent pourtant les deux agences, qui voient dans ces chiffres une fluctuation naturelle n’entamant pas la capacité d’innovation tricolore. “Le nombre de demandes de dépôts de brevets oscille chaque année autour de 16 000, et reste très stable depuis une dizaine d’années”, explique ainsi Pascal Faure, le directeur général de l’INPI à L’Usine Nouvelle, pointant une légère diminution dans la filière automobile.
OEB Un constat partagé par Yann Ménière, chef économiste de l’OEB, n’y voit “pas un effet pertinent à ce stade alors que les dépôts des entreprises fluctuent”. S’il note que la baisse est assez distribuée entre les secteurs, il pointe cependant parmi les causes qu'en 2019 “Technicolor, un champion français des dépôts de brevets dans les technologies numériques, est passé sous pavillon américain”. La perte de la pépite tricolore entraînant, par jeu de comptabilité, l’inscription de ses nouveaux brevets au tableau des scores étatsunien.
Montée de la Chine et des technologies numériques
Si l’on s’intéresse aux augmentations pourtant, les chiffres de l’OEB donnent néanmoins un aperçu saisissant de l’innovation européenne et mondiale. D’autant que l’organisation qui protège la propriété industrielle dans 38 pays est souvent utilisée comme lieu de “second dépôt”, pour les entreprises souhaitant s’étendre à l’international, dressant ainsi un panorama pertinent de l’innovation.
En 2019, l’OEB a dépassé les 181 000 demandes de brevets. Un record en hausse de 4%, porté notamment par l’activité asiatique (Chine, Japon, Corée du Sud), mais aussi les bonnes performances de plusieurs pays européens tels que la Suède (+8%), le Royaume-Uni (+6,9%) et l’Espagne (+6%). Si l’Allemagne ne croît que de 0,5%, elle reste de loin le premier demandeur de brevets, et atteint près de 27 000 demandes.
OEB “On voit dans les chiffres que la Chine est en train de rattraper l’Europe et les Etats Unis, et est devenu un joueur mondial de l’innovation, notamment dans des domaines comme la 5G et l’intelligence artificielle (IA)”, commente Yann Ménière. Des secteurs disputés, mais porteurs, comme en témoignent les envolées des demandes de brevets pour des technologiques de communication numérique et d'informatique.
En France, les transports et la recherche publique en avant
Ces bilans donnent une photographie de l’innovation en France. Bien que variée, celle-ci reste dominée par les transports (automobile et aéronautique), tandis que les grandes entreprises restent responsables des trois quarts de demandes de brevets.
OEB "La spécificité française, c’est d’avoir des champions industriels de classe mondiale dans de nombreux secteurs, mais aussi des champions technologiques au travers des opérateurs de recherche comme le CEA, qui reste le premier déposant français, le CNRS ou l’Inserm", note par ailleurs Yann Ménière. Une caractéristique à garder en tête dans les débats en cours autour du rôle et du financement de la recherche publique...
Nathan Mann et Eric Saudemont



