Peu connu du grand public, l’ancien maire de Dunkerque (Divers gauche) Patrice Vergriete s’était notamment distingué par la mise en place de la gratuité des transports dans son agglomération en 2018. De quoi hérisser le poil de l'Union des Transports Publics et ferroviaires (UTP), totalement opposée à la gratuité dans les transports publics. Lorsque L’Usine Nouvelle l’a rencontré, il y a quelques semaines, alors qu’il venait de quitter le ministère du Logement, il dressait un bilan plutôt positif de cette opération.
«Pour embarquer les gens vers l’environnement, j’ai choisi d’utiliser le levier du pouvoir d’achat. Avec des transports gratuits, je leur dis : on fait le plein pour vous», explique-t-il, indiquant avoir noté un net recul de l'usage d'une seconde voiture chez les habitants de l’agglomération. «A Dunkerque, on récupère désormais des parkings à moitié vides pour construire des logements, constate-t-il. Pour convaincre les habitants, la gratuité n’a pas suffi, il a fallu mettre en place des lignes de bus à haute fréquence. Et les nouveaux quartiers d’habitat ne peuvent plus être à plus de 500 mètres d’une de ces lignes.»
Polytechnicien, ingénieur des ponts et Dunkerquois
En attendant d’être fixé sur son sort national, ce polytechnicien et ingénieur des ponts, mais surtout enfant du pays, fils d’un ouvrier des chantiers navals et ancien directeur de l’agence d’urbanisme, s’occupait des affaires courantes de la communauté urbaine de Dunkerque (Nord), qu’il préside depuis 2014. En pleine décarbonation du territoire, il a imposé aux gigafactories qui s’y installent de ne pas avoir de parkings pour leurs salariés. «J’y tiens ! C’est conforme à la loi ZAN [zéro artificialisation nette, ndlr]...» Aux collectivités de mettre en place les transports en commun et de favoriser les mobilités douces en direction de la zone industrielle du port.
Avant de s’attaquer à la question de la gratuité des transports publics, d’autres chantiers prioritaires l’attendent. Outre une bonne gestion des transports pendant les JO – en anticipant notamment d’éventuels conflits sociaux, et en s’assurant que l’extension de la ligne 14 sera bien au rendez-vous – il devra aussi arbitrer le débat sur les péages autoroutiers, accélérer l'adoption de la voiture électrique par tous (via le leasing social à 100 euros) et surtout s’assurer que la décarbonation des transports se concrétise.
Les chantiers pour décarboner les transports
Avec plus de 30% des émissions de gaz à effet de serre, ce secteur reste de loin le plus émetteur en France. Surtout, aucune amélioration sensible n’a été enregistrée au cours des dernières années. S’attaquera-t-il aux SUV et jets privés ? Va-t-il poursuivre l’idée de son prédécesseur, Clément Beaune, sur la Pass rail et le grand chantier lancé par le président de la République d'une quinzaine de RER métropolitains ?
Sa priorité est sans aucun doute le report modal vers le ferroviaire pour en doubler les parts de marché à terme, comme la majorité l’a maintes fois répété. Un plan de 100 milliards a été annoncé en ce sens, reste à en préciser les priorités réelles et les financements. Il devra résister aux pressions des lobbies, comme ceux des transporteurs routiers et des VTC, mais sans ignorer qu’ils font aussi partie de la solution.
«Le transport, c’est le secteur où les émissions continuent à monter, celui où il n’y a pas eu d’inversion de la courbe. C’est aussi le parent pauvre de la décarbonation», regrettait récemment François Gemenne, co-auteur du dernier rapport du GIEC, dans les colonnes de L’Usine Nouvelle. Et que ce soit pour les voyageurs ou le fret, même si on multiplie la part du ferroviaire par deux ou par trois, la majeure partie des déplacements se fera toujours par la route.» D’où l’importance de mettre en place les moyens pour décarboner la route : véhicules électriques ou à hydrogène, routes électriques… Des solutions plus ou moins mûres sont sur la table, mais demandent des investissements colossaux.
Olivier Cognasse avec Cécile Maillard



