Entretien

«Nous adaptons nos offres à la concurrence chinoise», assure Sébastien Quadrao, directeur général de Still France

Récemment nommé directeur général de Still France, Sébastien Quadrao a accordé un entretien à L'Usine Nouvelle fin janvier, lors d'une visite du centre de compétence monde dédié à l’automatisation de sa maison mère, le groupe Kion. L'occasion d'évoquer l'intégration de ces technologies... et la concurrence chinoise.

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Sébastien Quadrao, Still
Sébastien Quadrao est depuis fin janvier 2025 le directeur général de Still France.

L’Usine Nouvelle – Début janvier, le groupe Kion a signé un partenariat avec Nvidia, un leader dans la conception de puces pour l’intelligence artificielle (IA). Comment cela va-t-il impacter vos produits ?

Sébastien Quadrao, directeur général de Still France – Ce partenariat entre le groupe Kion, Nvidia et Accenture [l’intégrateur, ndlr] vise à optimiser les chaines d’approvisionnement en utilisant des technologies avancées d’intelligence artificielle et de simulation. Nvidia fournira des logiciels et des plateformes pour créer des jumeaux numériques alimentés par l’IA. Le jumeau numérique d’un chariot est comme un fantôme de celui-ci qui réalisera les tâches en avance, permettant au modèle réel d’anticiper les mouvements et les risques. L’intégration de ces technologies permettra aux appareils d’améliorer leurs opérations en temps réel. La mise en œuvre concrète de ces innovations dans nos produits dépendra des phases de développement, de test et de production.

Still prévoit de lancer cinq appareils automatisés cette année. C’est beaucoup. Le marché est-il prêt à adopter ces nouveaux produits ?

C’est en ce moment que le marché se développe. On envisage des croissances à deux chiffres pour les produits autonomes dans les années à venir. Jusqu’à présent, Still proposait des modèles existants sur lesquels étaient ajoutés des caméras, des lidars et autres capteurs. Cette année, nous inaugurons la production d’appareils dédiés. Une ligne a été créée dans notre usine de Châtellerault (Vienne), d'autres existent aussi en Allemagne. Cette montée en cadence ajoutée à de nouvelles conceptions nous permettra de réduire de 10 à 15% nos prix. Nous supprimons par exemple certains composants qui permettent aux utilisateurs de jongler entre opérations manuelles et automatisées, comme par exemple le timon sur un gerbeur.

L’automatisation est maintenant représentée au board de Kion, au même titre que les marques Still ou Linde (Fenwick pour la France). Une "business unit" a aussi été créée et déclinée pour chaque pays. En France, le patron automatisation est attendu ces prochaines semaines.

La concurrence chinoise s’intensifie. Comment y répondez-vous?

Ces nouveaux acteurs prennent effectivement une part croissante de part de marché. Nous estimons qu’elle a plus que doublée en dix ans, représentant un peu plus de 20% des ventes en France. Pour y répondre, nous avons divisé notre gamme en deux. L’une pour des entreprises avec des faibles cadences – quelques heure par jour – et l’autre pour les sociétés qui travaillent en 2 ou 3x8. Nous adaptons nos offres en les alignant à la fois en termes de tarifs, de performances et de besoins.

L’agressivité tarifaire de ces nouveaux entrants a toutefois une contrepartie : le manque de services. Leur réseau est quasi inexistant. Cela peut être problématique pour des clients qui ont des besoins urgents comme, par exemple, des réparations ou des demandes de pièces.

La demande de véhicules électriques utilisant des batteries lithium-ion est en hausse, mais la France peine encore à les adopter, pourquoi ?

Still prévoit que 50% des ventes d’ici à 2027 se feront avec cette technologie. Cela pourrait même être plus rapide. En France, le frein vient des compagnies d’assurance, qui refusent régulièrement des dossiers. Elles prétextent que ce n’est pas dans leurs standards, craignant notamment les risques d’incendie. Pourtant, entre une batterie de chariot et une autre de voiture, ce n’est pas la même chose. Les composants sont différents, la chimie aussi. On n’attend pas les mêmes performances. C’est quelque chose qu’on doit encore expliquer, via notre organisation professionnelle, Evolis. On espère ensuite que cela sera pris en compte par le gouvernement.

Et qu’en est-il pour les matériels équipés de pile à hydrogène ?

Les prix sont encore élevés. En France, Still a déjà déployé une centaines de chariots, notamment pour Carrefour. C’est une vitrine pour nous. Pour autant, on est encore loin d’une démocratisation de l’hydrogène. Pour passer ce stade, il faut des aides gouvernementales et que l’automobile s’y mette. On pourra alors faire des économies d’échelle. 

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