Chronique

[Matière à penser] La crise énergétique, le grain de sable dans la reprise mondiale

Gaz, pétrole, charbon... La flambée des prix des énergies fossiles n'affecte pas que l'Europe. Les pénuries d'énergie forcent les usines à ralentir la cadence en Chine et en Inde. De quoi aggraver les tensions sur les chaînes d'approvisionnement déjà à l'oeuvre.

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usine charbon Chine
60 % de l'électricité en Chine est produite à partir de charbon.

En Grande-Bretagne, un opérateur de fret ferroviaire a ressorti ses vieilles michelines à diesel pour limiter la hausse des coûts de sa consommation d’électricité. Aux Pays-Bas, c'est un producteur d’aluminium primaire qui stoppe sa production, en attendant des jours meilleurs. La crise énergétique n'en finit pas de perturber le redémarrage de la production industrielle, alors que les prix du gaz sur le continent ont atteint des sommets, entrainant dans leurs sillages les prix de l’électricité.

L’Europe n’est pas la seule à subir la flambée des prix des énergies fossiles. La crise énergétique est mondiale.

En Asie, les pénuries d’énergie commencent aussi à faire patiner la croissance. En Chine, depuis le début de l'été, plusieurs provinces ont imposé des rationnements d'électricité aux industries électro-intensives, forçant les usines à réduire leurs production dans l'aluminium, l'acier ou le raffinage de l'étain ou le silicium. Les causes sont multiples. A la sécheresse qui a limité la production des barrages hydroélectriques cet été dans le Yunnan par exemple, sont venues s'ajouter les rationnements imposés par Pékin pour réduire sa consommation de charbon.

La Chine et l'Inde pénalisées par le charbon

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Alors que plus de 60 % de la production d'électricité chinoise provient encore du charbon, les autorités craignent désormais de manquer d'énergie cet hiver. L'envol de ses cours pousse aussi les énergéticiens à réduire la voilure, faute de pouvoir augmenter fortement les prix de l'électricité, encadrés par l'Etat. En urgence, le gouvernement chinois a autorisé une hausse de 20 % des prix de l’électricité et enjoint aux mines de charbon du Nord-Est du pays de produire le plus possible, quitte à dépasser leurs quotas annuels. La crise laisse déjà des traces. L'activité industrielle a commencé à décélérer. Dans ses prévisions du 14 octobre, le Fonds monétaire international ne table que sur 5,6 % de croissance pour 2022. 

L’Inde n’est pas beaucoup mieux lotie. Selon Bloomberg, Coal India le principal producteur de charbon dans le sous-continent a arrêté de livrer ses clients industriels dans l’acier et l'aluminium pour réserver sa production aux centrales thermiques, dont les stocks atteignent des niveaux dangereusement bas. Là aussi l’histoire est connue : la troisième vague du Covid a désorganisé la production et réduit les stocks. Dans le même temps, l’activité a redémarré sur les chapeaux de roues.

Certes, la situation fait les affaires des pays producteurs de pétrole, qui dépasse désormais 80 dollars le baril, de gaz et de charbon. Mais elle risque de renforcer les goulots d'étranglement déjà importants dans les chaînes de production mondiales et alimenter la flambée des matières premières. Avec un risque : que cela fasse dérailler le pouvoir d'achat des ménages et les marges des entreprises, préservés pendant la crise par l'intervention massive des gouvernements,  et ne coupe dans son élan le redémarrage mondial. 

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