Malgré les aides gouvernementales, le marché de la rénovation des logements n'a pas décollé en 2023

En dépit d’une communication soutenue sur le dispositif MaPrimeRénov’, le nombre de logements rénovés par ce moyen a légèrement reculé en 2023, tandis que les artisans du bâtiment n’ont constaté qu’un léger frémissement de l’activité sur le segment de l’entretien-rénovation. La faute, notamment, à l’inflation.

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Coup de pinceau
La rénovation des logements n'est pas encore l'eldorado espéré par certains acteurs du bâtiment.

Les derniers chiffres publiés par le ministère de la Transition écologique prouvent de nouveau que le secteur du bâtiment doit boire le calice jusqu’à la lie : en 2023, le nombre des autorisations de permis de construire a chuté de 23,7% sur un an, tandis que le nombre de mises en chantier a dégringolé de 22%. Si le Premier ministre Gabriel Attal a annoncé, mardi 30 janvier, vouloir «créer un choc d’offre» afin de «déverrouiller» le secteur du logement, nombreux sont les acteurs du secteur à placer des espoirs dans le marché de la rénovation pour tenter de sauver les meubles. Sans garantie de succès.

623 790 logements ont été rénovés en France en 2023, un chiffre en-deçà de l’objectif initial de 700 000 logements, et également en fort repli par rapport aux 670 000 logements rénovés en 2022. Les aides accordées (3,12 milliards d'euros) n'ont pourtant pas évolué sur un an.

A travers le dispositif MaPrimeRénov’, 505 126 logements ont pu être rénovés en 2023, contre 605 669 en 2022. Toutefois, le nombre de rénovations énergétiques d'ampleur s’est accru de 12,5% à 71 613 logements. Cette année, le gouvernement a porté à 5 milliards d’euros le budget alloué à MaPrimeRénov’.

Les artisans déçus par la hausse d’activité

Aux avant-postes de la rénovation des logements, les artisans du bâtiment ne peuvent que constater les difficultés à transposer les paroles en actes. D’après la Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment, les travaux de performance énergétique, en croissance de 3,8% sur l’année 2022, ont enregistré dans le courant de l’année 2023 «une baisse continuelle d’activité» pour terminer à +1,5%. Pis, la refonte du dispositif MaPrimeRénov’, réorienté sur les rénovations globales, inquiète l’organisation professionnelle, qui réunit 620 000 entreprises : «malgré un budget conséquent alloué à la rénovation énergétique, les nouvelles modalités de MaPrimeRénov', axées sur des rénovations globales coûteuses et complexes tant pour les entreprises que pour les ménages pourraient avoir des effets contreproductifs.» En 2023, au global, le volume d’activité de l’artisanat du bâtiment a baissé de 0,6% par rapport à 2022, affecté par l’impact de la chute de la construction neuve.

L’inflation percute les intentions gouvernementales

D’après la Fédération française du bâtiment, en 2024, sans changement législatif, le volume d’activité sur le segment de l’amélioration-entretien progresserait de 1,1%, contre une hausse de 2,4% en 2023. Fin janvier, dix organisations professionnelles du secteur de l’immobilier et de l’habitat appelaient le gouvernement à «simplifier et stabiliser les modalités ainsi que les conditions de financement». En dépit des aides allouées, l’inflation est venue percuter les intentions initiales : d’après la Capeb, sur le seul troisième trimestre 2023, par rapport à 2022, le prix des travaux d’entretien-amélioration des bâtiments s’est alourdi de 4,5% sur un an, après +6,3% au trimestre précédent.

Dans un entretien récemment accordé à L’Usine Nouvelle, Benoît Coquart, le directeur général du fabricant de matériel électrique Legrand, estimait pour sa part que le boom de la rénovation énergétique des logements passera par une démonstration des gains financiers attendus : «le levier le plus fort ne sera pas le levier réglementaire, mais la baisse de la facture énergétique des Français.» A défaut de vendre des dispositifs lourds, il mise sur l’essor des thermostats connectés, qui permettent aux consommateurs de suivre l’évolution de leur consommation. Les promesses d'économies, dans ce domaine quand dans d'autres, motivent plus les consommateurs que la baisse de leur empreinte carbone.

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