La victoire a un goût amer tant le site Nestlé Waters de Vittel, dans les Vosges, enchaine les plans sociaux depuis une dizaine d’années, mais c’est une victoire tout de même pour les organisations syndicales qui limitent la casse sociale sur ce fragile bassin d’emploi. Ce mercredi 8 novembre, la CGT, la CFDT et la CFE-CGC ont paraphé avec la direction de Nestlé Waters Vosges, filiale de la multinationale suisse Nestlé, un accord majoritaire dans le cadre du plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) annoncé le 16 mai dernier.
Cet accord «zéro licenciement» met en place les conditions d’une réduction des effectifs de 171 postes, sur un total de 721 salariés, sans départs contraints. Le texte est le résultat du bras de fer engagé fin août par l’intersyndicale au travers d’un appel à la grève illimitée. Plus d’un millier de personnes avait défilé dans les rues de la cité thermale, le 16 septembre dernier, en soutien au mouvement de grève, un mouvement suivi par un peu moins d’un tiers des salariés indique une source syndicale.
L’ultime round de négociations paritaires, le 23 octobre dernier, laissait augurer une issue favorable, mais Luc Desbrun, directeur de Nestlé Waters Vosges, s’était inquiété des «répercussions négatives» du mouvement sur les volumes des ventes et la profitabilité de ses eaux de Vittel, Contrexéville et Hépar. Jugeant le site «en grande difficulté économique», il avait insisté sur l’importance de «regagner la confiance de nos distributeurs et consommateurs le plus rapidement possible» et obtenu la suspension de la grève le 2 novembre.
Vittel boycotté en Allemagne
Le PSE lié à l’arrêt des ventes de Vittel en Allemagne, à la suite d’un boycott, aurait dû se traduire par environ 150 départs contraints, selon les calculs des syndicats. «L’intersyndicale a fait pression pour qu’un maximum de salariés puisse prétendre au dispositif de pré-retraite (congé de fin de carrière). Alors que seulement une vingtaine aurait pu y avoir accès dans l’accord de PSE initialement proposé par la direction, nous nous sommes battus pour élargir son assiette à 122 personnes. Pour ce faire, nous avons obtenu que le congé de fin de carrière soit porté de quatre à cinq ans. Parallèlement, les salariés pourront entrer dans ce dispositif garantissant 80% de la rémunération brute pendant cinq ans jusqu’au 1er avril 2025. C’est un an et un trimestre plus tard que ce que prévoyait Nestlé Waters», se félicite Stéphane Cachet, délégué syndical CGT (majoritaire).
Une trentaine de départs volontaires s’ajouteront aux 122 pré-retraites. Ils ont été rendus possibles grâce aux mesures négociées dans l’accord de PSE. «Nous devions rendre l’accord attractif, afin de susciter l’intérêt d’un maximum de salariés et éviter des départs contraints. Des aides à la mobilité ont été négociées, la prime de départ a été revue à la hausse, un congé de reclassement de 24 mois instauré, etc.», complète Yannick Duffner, délégué syndical CFDT.
Le delta d’une vingtaine de salariés manquants pour atteindre l’objectif de 171 suppressions de postes sans licenciement devrait être obtenu grâce à des mutations à l’intérieur du groupe ou encore le départ de salariés absents des effectifs de Neslté Waters Vosges depuis plusieurs années, car reconnus en invalidité lourde et indemnisés à ce titre.
Demeurera donc à terme, dans le bassin de Vittel, 550 emplois pour produire 1,3 milliard de bouteilles d’eau minérale par an, une économie qui a fait vivre localement plus de 4000 salariés à son apogée.



