Après des décennies de baisse, la production automobile française peut-elle redécoller? France Stratégie y croit. Selon l’institution rattachée à Matignon, la production de l’industrie automobile française pourrait augmenter de l’ordre de 20% en quelques années. C’est le résultat d’une note de synthèse publiée mercredi 15 septembre sur l’attractivité de la France. Un sursaut qui tiendrait notamment à la politique fiscale plus attractive.
Pour France Stratégie, quatre mesures combinées permettraient d’augmenter la production automobile française de 23%« au bout de quelques années ». Un tel rebond se traduirait par l'assemblage de 388 000 voitures supplémentaires dans les usines françaises et 18 600 créations d’emplois. « La diminution du taux d’impôt sur les sociétés de 33% à 25% (comme prévu à l’horizon 2022) contribuerait à elle seule à plus des trois quarts de ces gains », se réjouissent les économistes.
Diminution des impôts de production
Parmi les trois autres mesures, on trouve la diminution des impôts de production sur la valeur ajoutée du secteur automobile, une aide promise dans le cadre du plan de relance. Les auteurs prennent aussi en compte une baisse des cotisations sociales liées au CICE (crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi), mais cette hypothèse dépendra des niveaux de salaires dans le secteur. La quatrième mesure analysée est « une réforme permettant une augmentation des dépenses de R&D de Renault et Peugeot de 5% » via d'éventuelles aides à l’innovation.
Pour les économistes de France Stratégie, un retour en force de la production automobile permettrait de stimuler d’autres secteurs. Soulignant le « fort effet d’entraînement de l’industrie automobile », ils espèrent que la voiture française tractera d’autres industries comme la plasturgie, le caoutchouc et la sidérurgie.
Une production en chute libre
De quoi rompre avec le panorama actuel. « Le secteur automobile français a perdu pied », rappellent les auteurs de la note. Entre 2000 et 2018, la production nationale a chuté de 33%, passant de 3,35 millions de voitures à 2,3 millions. Tandis que les constructeurs délocalisaient, l’emploi a dégringolé. Et des pays comme le Brésil, l’Inde, l’Italie ou le Mexique ont doublé la France dans le classement des plus grands fabricants automobiles.
Un déclin lié au coût de la main-d'œuvre française? Pas seulement. Les auteurs de l’étude insistent sur le poids de la fiscalité sur la production et les sociétés. Un nombre parmi d’autres illustre ce décalage. En 2019, les impôts de production représentaient 0,5% de la valeur ajoutée en Allemagne contre 3,6% en France. « Soit le plus haut niveau européen après la Grèce », souligne France Stratégie.
Les économistes mettent en garde contre un cercle vicieux: pour diminuer leurs coûts de production, les constructeurs recherchent les économies d’échelle en profitant des effets d’agglomération. « Les économies d’échelle externes constituent le premier facteur explicatif du déficit de compétitivité vis-à-vis de l’Allemagne, du Japon et des États-Unis », observent les auteurs qui évoquent un risque de « marginalisation »de la France comme base de production.
Passage à l'électrique
Reste à voir si les mesures mises en oeuvre permettront d'inverser effectivement la tendance, comme l'espère France Stratégie. Les auteurs prennent toutefois le soin de formuler leur conclusion au conditionnel. Les experts signalent des incertitudes liées à l’accélération de la transition électrique. « La localisation des usines d’assemblage des véhicules électriques apparaît, jusqu’à présent, largement régie par les mêmes déterminants en termes d’attractivité des territoires et de compétitivité des entreprises », remarque France Stratégie.
D'après le cabinet Inovev, la France n'est pourtant pas si mal placée. Le pays était le deuxième plus gros producteur européen de véhicules 100% électriques au premier trimestre 2021 avec 22 704 unités, contre 32 512 pour l’Allemagne.



