Le programme est chargé. Entre un mouvement de grève impulsé par la Fédération CGT mines et énergie le 25 janvier et un autre, interprofessionnel, prévu le 27 janvier par la CGT et FO, les salariés d’EDF, RTE et Enedis sont appelés à la grève par l‘intersyndicale CFDT, CGT, FO et CFE, le 26 janvier. Objectif : exprimer leur colère contre « le saccage d’EDF » par l’État, dans le sillage de la décision du gouvernement d’étendre de volume d’Arenh (accès régulé à l’électricité nucléaire historique).
Pour tenir sa promesse de limiter à 4% l’augmentation des tarifs de vente d’électricité aux particuliers (TRV) et limiter la hausse des factures des professionnels, l’État a demandé à EDF de vendre 20 TWh d'Arenh supplémentaires entre avril et décembre 2022 de sa production nucléaire au tarif de 46,2 euros le mégawattheure (€/MWh), contre en 160 à 300 (€/MWh) sur le marché spot actuellement.
Une décision qui entraînera un manque à gagner pour l’opérateur national d’environ 8 milliards d’euros, a calculé EDF.« Une spoliation », s'emportent les salariés d’EDF, bien décidés à utiliser tous les leviers d’actions à leur disposition pour forcer le gouvernement à revenir sur sa décision. Le comité social d’entreprise (CSE) d’EDF a déclenché un droit d’alerte économique. Sans impact réel sur la suite, il permettra aux salariés de mener un audit auprès de la direction sur l’impact réel de la mesure pour l'entreprise, s’il est voté.
Une dévalorisation du groupe

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Le conseil de surveillance des deux fonds d’actionnariats salariés a, de son côté, envoyé un courrier au président de l’Autorité des marchés financiers le 23 janvier. Il a décidé « d’engager tous les recours à l’encontre de l’État, suite à l’annonce du 13 janvier, pour défendre les intérêts des porteurs de parts, et de communiquer largement sur le sujet ». Le conseil de surveillance y rappelle les responsabilités de l’État actionnaire. Il lui demande d’expliquer comment et quand il compte compenser la mesure et exige que l’État actionnaire (à 83,7%) rende publiques ses intentions quant à l’évolution du capital du groupe.
Les quatre principaux syndicats du groupe, CGT, CFDT, FO et CFE-CGC, organisés en intersyndicale depuis deux ans ont immédiatement demandé le retrait du projet et appelé à la grève. Le 25 janvier, ils ont écrit une lettre ouverte au ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, en pastichant le discours du « Non de la France à la guerre en Irak » prononcé aux Nations unies par Dominique de Villepin le 15 février 2003, qu’il avait écrit alors en tant que chef de cabinet. Ils y demandent notamment « la reconnaissance des missions d’intérêt général [d’EDF] et du caractère de bien essentiel de l’électricité ».
Le spectre d'une vente d'Enedis
Outre la fragilisation financière d’EDF - qui n’avait pas besoin de ça au moment où sa production nucléaire est au plus bas avec 10 réacteurs nucléaires à l'arrêt -, les syndicats pointent du doigt le choix d’action du gouvernement. Selon eux, l'exécutif aurait pu actionner d’autres leviers. Pour alléger la facture des Français, les syndicats militent pour une basse de la TVA à 5,5% au lieu de 20%, plutôt que permettre aux fournisseurs alternatifs d’acheter à bas prix plus d’électricité d’EDF.
Dans le cas des consommateurs professionnels, les 20 TWh d'Arenh supplémentaires permettraient d’éviter la fermeture de 150 entreprises représentant 45 000 emplois, selon Bercy. Mais « l’État dispose d’autres leviers. Comme celui de la fiscalité et des facilités financières, dans la lignée du plan de relance, la flambée des prix étant liée à la crise du Covid », avance Sébastien Michel, secrétaire fédéral FCE-CFDT.
Mais ce qui inquiète le plus les syndicats et salariés d’EDF, c’est la manière dont le gouvernement va renflouer les caisses d’EDF. Le spectre d’une vente d’Enedis a brutalement ressurgi. « Pour récupérer 8 milliards d’euros, il n’y a pas 36 solutions, explique Sébastien Michel. Il faudra revendre des actifs. RTE ne suffira pas. EDF Renouvelables est l’avenir du groupe. Reste Enedis, valorisé à 30 ou 40 milliards d’euros ». Les salariés d’Enedis, qui ne veulent pas quitter le groupe EDF et étaient déjà très mobilisés contre le projet Hercule, craignent toujours d’être la variable d’ajustement de l’opération. Ils devraient massivement suivre le mouvement de grève du 26 janvier. Un mouvement que la CFDT espère sans coupure d’électricité et qui devrait préserver la production. Les syndicats attendent de 30 à 50% de grévistes.



