[Edito] Les projets SAF s’envolent au Bourget

L'utilisation de SAF, ces carburants aériens à plus faible impact carbone, pourrait faire un bond en avant avec les obligations réglementaires d'incorporation qui se profilent à l'horizon. Bon nombre d'acteurs, qui œuvent aussi dans le secteur de la chimie, sont sur le pont.

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Les obligations d'incorporation de SAF dans le kérosène se durcissent.

Salon du Bourget oblige, on est entrés dans une séquence SAF (Sustainable Aviation Fuel), ces carburants durables pour aider l’aviation à se décarboner. L'Union européenne (RefuelEU) s'apprête à imposer l'obligation d'augmenter progressivement l'incorporation de SAF dans le kérosène de 2 % en 2025 à 6 % en 2030, et jusqu’à 70 %, d’ici à 2050. Or les SAF actuels, dérivés d’huiles végétales ou de ressources agricoles, ne représentent que 0,1 % des carburants aériens. C’est donc sur ce segment que va se positionner le projet BioTJet. Annoncée par le président Macron, c'est en réalité l'industrialisation du programme BioTfuel à un milliard d’euros, développé de 2010 à 2021 par un consortium réunissant IFPEN, Avril, Axens, le CEA, TotalEnergies et ThyssenKrupp Uhde au sein de la société Bionext. La technologie permet de valoriser un large spectre de biomasses lignocellulosiques. Elle sera combinée à une injection d’hydrogène bas carbone pour doubler son rendement. L’unité BioTJet sera installée sur la plateforme de Lacq, et plus précisément à Pardies, sur une zone libérée par Yara France, avec un hydrogène vert fourni par le projet d’eM Lacq de la jeune société Elyse Energy. D’où cette appellation de e-biokérosène qui sera produit à hauteur de 75 000 tonnes, d’ici à 2028.

Certification ASTM pour Global Bioenergies

C’est sur ce même segment des SAF dérivés de biomasse que le français Global Bioenergies est positionné. Connue pour ses ingrédients cosmétiques qui ont su séduire L’Oréal, la cleantech n’a jamais renoncé au domaine de l’énergie qui faisait partie de sa stratégie première. Au Bourget, elle a pu annoncer qu’elle venait de recevoir une certification de l’ASTM International, lui permettant d’incorporer un dérivé d’isobutène ,biosourcé jusqu’à 50 %, dans les carburants à base de kérosène fossile. Un précieux sésame qui lui ouvre la porte de l’industrialisation. D’ailleurs, son partenariat avec le sucrier Cristal Union se trouve réactivé avec un projet d’usine sur l’un de ses sites dans le nord-est de la France, d’ici à 2028.

Quant à l’acteur historique TotalEnergies, à ce même horizon de 2028, il sera en mesure de produire un demi-million de tonnes de SAF. Déjà calibré pour produire 210 000 t/an de carburants aériens dès 2025, son site de Grandpuits fait l’objet d’un nouvel investissement pour atteindre 75 000 t/an supplémentaires d’ici à 2027 (suite à l’arrêt du PLA). À Gonfreville, TotalEnergies a démarré la production de SAF par coprocessing d’huiles usagées et envisage d’augmenter cette production à 40 000 t/an, à compter de 2025. La bioraffinerie de La Mède alimente déjà le site d’Oudalle en biodiesel pour la production de SAF et a annoncé un nouvel investissement pour traiter 100% de déchets issus de l’économie circulaire et produire des biocarburants et des SAF, dès 2024.

Du e-kérosène en Pays de la Loire

Mais compte tenu des besoins en SAF qui se chiffreront, à terme, en milliards de litres, et qui ne pourront mobiliser à l’infini de la biomasse, même 2G ou circulaire, une autre technologie prend son envol : celle des « vrais » e-SAF. Et c’est tout l’objet du projet Take Kair, proposé par EDF, Holcim, IFPEN et Axens et soutenu par Air France-KLM. Les partenaires prévoient d’installer un pilote industriel de e-kérosène en Pays de la Loire, qui combinera du CO2 émis par la cimenterie de Saint-Pierre-La-Cour d’Holcim, et de l’hydrogène bas carbone fourni par EDF via sa filiale Hynamics, en utilisant la technologie d’IFPEN et de sa filiale Axens. Air France-KLM serait l’acquéreur principal du e-kérosène produit par la future installation industrielle, annoncée pour 2028.

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