Qu’il est long le chemin pour arriver jusqu’à l’industrialisation pour les sociétés de biotechnologie industrielle. Après quinze ans d’existence, Global Bioenergies (GBE) peut, enfin, se féliciter d’avoir démarré une production industrielle. La société, basée au Genopole d’Évry (Essonne), qui emploie une cinquantaine de personnes, atteint le stade du «semiworks», selon une terminologie anglo-saxonne. Cela signifie qu’elle va pouvoir commencer à vendre sa production – de l’ordre de 15 à 20 tonnes par an - et couvrir les frais de ses installations, tout en poursuivant des développements. Pour arriver à ce stade, la société, qui s’est spécialisée dans la production d’isobutène biosourcé par voie biotechnologique, a dû repenser son modèle avec l’aide de plusieurs sous-traitants dont la société ARD, basée sur la plateforme de Bazancourt-Pomacle, dans la Marne.
Un procédé revisité en deux étapes
Désormais, son procédé est découpé en deux étapes de fermentation, et non plus en une seule, nous explique Marc-Delcourt, président-fondateur de GBE. Dans une première étape, un sous-traitant produit du DMA (acide 3,3 diméthyl acrylique) par fermentation de sucre en utilisant des bactéries préparées chez ARD, sur la base de souches reprogrammées génétiquement qui sont au cœur de la propriété intellectuelle de GBE. Cette étape peut être effectuée dans des unités de fermentation de grande taille, avec des équipements standard. Puis, GBE prend le relais pour réaliser, toujours par voie biotech, une seconde étape plus critique qui conduit à la production d'isobutène (gazeux à température ambiante et pression atmosphérique). Pour cela, la société a démantelé son démonstrateur qui était installé à Leuna, en Allemagne, pour construire une unité de fermentation dans les locaux d'ARD, récupérant une partie des équipements. « Ce démonstrateur en Allemagne était opportuniste car nous avions reçu un financement de six millions d'euros, et il a tourné pendant quatre ans », confie son dirigeant. Cette opération a permis de contenir autour de 3,5 millions d'euros le montant de l'investissement.
Une unité opérée par ARD

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Et si l'unité est la propriété de GBE, son fonctionnement est assuré parles équipes d'ARD, disposant d'une grande expertise dans la production biotech. Seul un collaborateur de GBE travaille à Pomacle, pour le moment. Sur ce site, la société de biotech peut aussi bénéficier d'installations complémentaires, comme des unités de purification pour traiter son isobutène, et récupérer notamment du CO produit en quantité équivalente, lors de son procédé. Puis, ce sont des sous-traitants qui prennent le relais pour produire des dérivés de l'isobutène. Par exemple, l'isododécane, qui est un trimère de l'iso-butène, sert de solvant dans l'industrie cosmétique. Pour prouver le bien-fondé de cet ingrédient, Global Bioenergies a même lancé sa marque de cosmétique longue tenue, baptisée Last. Mais il n'y a pas que ce dérivé de nature à intéresser la cosmétique. On peut aussi citer l'isohexadécane ou les polyisobutènes. « L'isobutène et ses dérivés représentent 5 % des ingrédients de la cosmétique, en poids », souligne Marc Delcourt. Cette année, Global Bioenergies va produire deux batchs d'isobutène. Le premier, qui sera fabriqué avant l'été, a déjà trouvé preneur auprès de L'Oréal et de quelques autres acteurs. Le second est encours de commercialisation.
Mais GBE a déjà des projets d'agrandissement. D'une part, pour répondre aux attentes grandissantes de la cosmétique, mais aussi pour toucher d'autres domaines. L'entreprise travaille, par exemple, avec Shell pour rehausser l'indice d'octane des essences grâce à un isooctane biosourcé. Elle s'intéresse aussi au secteur des SAF, des carburants aéronautiques alternatifs bas carbone. À ce titre, la société homologue actuellement un biocarburant auprès de l'ASTM. « Cela fait cinq ans que le processus a démarré et on espère pouvoir certifier notre produit », commente le dirigeant qui explique ouvrir aussi une voie nouvelle pour les carburants aéronautiques renouvelables, autre que celle des huiles hydrotraitées (HVO) ou des carburants obtenus parla voie Fisher Tropsch.
Deux projets industriels pour 2025, puis 2028
Aussi, pour accompagner les futurs besoins de cette molécule plateforme qu'est l'isobutène, deux autres projets industriels se profilent : la construction d'une unité de 2 000 t/an, à l'horizon 2025, puis d'une unité de 30 000 t/an, à l'horizon 2028. Cette dernière adoptera à nouveau un procédé de fermentation directe de sucre en isobutène en une étape. Ce qui augmentera les Capex (montant de l'investissement), mais permettra de réduire les Opex (coût opérationnel), et de ce fait, le coup de production. Les solutions biosourcées à l'étude pourraient alors renchérir d'un facteur 3 à 5 le prix du kérosène (a minima).
Le projet d'unité de 2 000 t/an est déjà sur les rails, puisqu'une société de projet, Viaviridia, a été constituée pour réunir le financement nécessaire à la construction de l'usine qui pourrait coûter entre 50 à 100 M€. Et c'est cette unité qui devrait placer GBE sur l'orbite de la profitabilité, alors qu'en quatorze ans, 140 millions d'euros ont déjà été levés pour financer son développement. « Les cinq années à venir seront celles de notre déploiement industriel », assure Marc Delcourt. « Cela prend du temps et nécessite du Capex pour développer une start-up industrielle, mais le jeu en vaut la chandelle. Si l'on veut abattre du carbone, il faudra d'abord passer par de la sobriété. Ensuite, il faudra des technologies », a-t-il ajouté. GBE, qui s'emploie, avec conviction et ténacité, à mettre sur le marché une technologie bas carbone en rupture, mérite bien de recevoir tous nos encouragements.



