« Choquant ». Si Emmanuel Macron et Marine Le Pen divergent sur de nombreux sujets, c'est le même mot que les qualifiés au second tour de l'élection présidentielle utilisent pour décrire la rémunération de Carlos Tavares. Le directeur général de Stellantis est devenu malgré lui l’exemple à ne pas suivre dans l’agitation de l’entre-deux-tours. Étrangement, c’est le président pro-business qui a dénoncé le plus fermement le salaire stratosphérique du magnat automobile.
« C’est choquant, c’est excessif », a insisté Emmanuel Macron le 15 avril au micro de franceinfo, en évoquant les problèmes de pouvoir d’achat. « Je suis pour qu’il y ait une liberté des entreprises, mais là on est sur des montants astronomiques », a ajouté le candidat à sa réélection qui cherche, comme sa concurrente d'extrême-droite, à attirer les voix de gauche en vue du vote du 24 avril.
Pour rappel, la rémunération de Carlos Tavares atteint 19 millions d'euros. Mais l’enveloppe totale accordée pour 2021 a été estimée à 66 millions d’euros par la société de gestion Phitrust. Un montant qui intègre des parts en liquide et en actions, mais aussi des sommes qui seront versés ultérieurement puisqu’elles sont soumises à des critères de performance. A titre de comparaison, « la rémunération totale incluant les droits à la retraite » d'Herbert Diess, patron du géant Volkswagen (dont le chiffre d'affaires a atteint 250,2 milliards d'euros en 2021), est de 10,3 millions d'euros, peut-on lire dans le rapport annuel du groupe.
« Il faut se donner des plafonds »
Stellantis siégeant aux Pays-Bas, le constructeur automobile n’est pas tenu de suivre le vote des actionnaires qui se sont exprimés contre la rémunération des dirigeants du groupe. En France, l’avis des investisseurs est devenu contraignant depuis la loi Sapin 2 de 2016. Un texte inspiré par le salaire de Carlos Ghosn, ex-PDG de Renault, qui avait déjà indigné le ministre de l’Économie de l’époque… Emmanuel Macron.

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Six ans après les faits, le président plaide pour une réforme européenne afin d’encadrer la rémunération des dirigeants « si on veut que le monde ne devienne pas fou et n’explose pas ». « Il faut se donner des plafonds », a ajouté Emmanuel Macron, sans préciser de fourchette. Le candidat a également défendu un « pacte de partage de la valeur ajoutée dans l’entreprise ». « Quand on verse aux actionnaires, on doit verser aux salariés par de l’intéressement-participation et/ou par de la prime de pouvoir d’achat. Il y a un lien obligatoire qui doit se faire entre les deux », a développé le chef de file de La République en marche.
« Faire entrer les salariés comme actionnaires »
Le 13 avril, la candidate du Rassemblement national avait pondéré la polémique en rappelant les « bons résultats » obtenus par Carlos Tavares. « C’est choquant, mais moins choquant que pour d’autres », avait-elle estimé. À en croire Phitrust, le directeur général de Stellantis se trouve tout de même en haut du panier. Selon la société de gestion, sa rémunération « est la plus élevée des grandes entreprises en France (et probablement des groupes cotés de l’Union européenne) ».
Marine Le Pen est revenue sur le dossier sur le plateau de BFMTV. « Je crois qu'un des moyens d'atténuer ces rémunérations qui sont hors de proportion par rapport à la vie économique, c'est peut-être justement de faire entrer les salariés comme actionnaires », a-t-elle suggéré.
Derrière la polémique, le désarroi des syndicats
Derrière la polémique politique, le salaire de Carlos Tavares soulève des questions en interne alors que Stellantis souffre d'un climat social tendu. « Que penser de la participation de Stellantis au fonds de soutien de l’automobile dont les 10 millions ne représentent qu’à peine 15% de la rémunération de M. Tavares pour l’année 2021? », interroge le syndicat CFDT dans une lettre au chef de l'Etat.
« Les montants de rémunération, qui s’appuient sur des résultats financiers eux-mêmes très marqués par une politique achats agressive, compliquée pour les fournisseurs, et qui conduit encore et toujours à délocaliser des productions, vont à l’encontre de l’objectif et donc d’une qualité d’industrialisation en France », assène la CFDT.



