Le plan stratégique de Stellantis ne lève pas l’incertitude dans les usines françaises

Au lendemain du plan stratégique dévoilé par Stellantis, les syndicats français décrivent des orientations ambitieuses mais trop peu détaillées sur le volet social.

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Stellantis Sochaux
Stellantis a présenté le 1er mars son tout premier plan stratégique qui fixe les orientations du groupe à horizon 2030.

Après le grand oral de Carlos Tavares, les réactions oscillent entre satisfaction et mécontentement chez les syndicats français de Stellantis. Mardi 1er mars, le constructeur automobile a dévoilé son premier plan stratégique en insistant fortement sur l’électrification et la diversification des ventes. Le groupe est resté plus évasif sur l’avenir de son appareil industriel. Un point crucial sur lequel les salariés attendent des clarifications.

Le plan « Dare Forward » fait au moins consensus sur un point : le directeur général Carlos Tavares fixe la barre très haut en visant 300 milliards d’euros de chiffre d’affaires net en 2030, soit le double du résultat enregistré en 2021. « Carlos Tavares veut que son esprit de compétition soit transmis à tout Stellantis », observe Anh-Quan Nguyen, délégué syndical central CFE-CGC, à L’Usine Nouvelle.

« Nous sommes impressionnés par l’ambition des annonces », renchérit Christine Virassamy, déléguée syndicale centrale CFDT. «Maintenir des ambitions si fortes en termes de profitabilité inquiète forcément la CFDT. Avoir une entreprise hyper-performante est clairement éprouvant pour les salariés», signale toutefois la représentante.

« Un plan destiné aux investisseurs »

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Ce sont des syndicats échaudés qui ont suivi la présentation de Carlos Tavares. Le plan a été dévoilé en pleines négociations salariales. Fait rare, l’ensemble des organisations syndicales ont refusé de signer l’accord proposé par la direction. Un sujet passé sous silence lors de l’événement du 1er mars. De la même manière que la sous-utilisation de certaines usines du groupe.

« Nous voulions qu’il parle de l’empreinte industrielle dans les pays. Cela n’a pas été le cas », regrette Christine Virassamy. « Les grands absents de ce plan stratégique, ce sont les salariés et l’emploi », renchérit Jean-Pierre Mercier, délégué syndical central CGT. « C’est normal. C’est un plan destiné aux investisseurs, ils ne vont pas rentrer dans les détails », relativise de son côté Anh-Quan Nguyen. Des consultations ultérieures sont prévues avec les élus du personnel.

La réduction des coûts inquiète

Le plan Dare Forward prévoit une grosse accélération dans la voiture électrique. Pour Carlos Tavares, la réussite de cette transition repose sur l’amélioration de la productivité. Pour autant, le groupe n’a pas revu à la hausse son plan d’investissements de 30 milliards d’euros dans l’électrique et le logiciel. « On reste sur un Capex - un ratio d’investissement par rapport au chiffre d’affaires - identique alors que le groupe annonce un doublement des ventes », observe Christine Virassamy.

« La transition énergétique va être le bon prétexte pour accentuer les fermetures d’usine et les licenciements », dénonce Jean-Pierre Mercier. « Il ne faut pas que ce plan se fasse au détriment de l’humain et de l’ensemble de la filière automobile », ajoute la porte-parole de la CFDT. En Amérique du Nord, certaines organisations professionnelles rapportent des contrats de plus en plus contraignants imposés aux sous-traitants dans un contexte d’inflation des matières premières. Une problématique qui n'épargne pas les fournisseurs français.

Les syndicats encouragent la transformation de Stellantis

La CFDT remarque tout de même un point positif dans le plan stratégique de Stellantis : l’engagement du groupe à atteindre la neutralité carbone en 2038 et la création d’une « business unit » dédiée à l’économie circulaire. « C’est une bonne opportunité pour Stellantis de ne pas fermer un site mais de le transformer, tout comme le fait Renault », estime Christine Virassamy.

À la CFE-CGC, Anh-Quan Nguyen salue « la mutation d’un constructeur automobile en entreprise orientée sur la technologie et la mobilité ». « Pour réussir, il faudrait veiller aux moyens qu’auront les collaborateurs de Stellantis pour exécuter le plan dans de bonnes conditions », insiste dans un communiqué l’organisation.

En présentant son quatrième plan stratégique depuis 2014, Carlos Tavares devait aussi convaincre les investisseurs. Plusieurs bureaux ont maintenu leurs recommandations positives sur l’action Stellantis, à l’instar d’UBS et de Goldman Sachs. Après avoir décroché le 1er mars, le cours du titre regagnait 1% aux alentours de 18h00 le lendemain. La guerre entre la Russie et l’Ukraine pèse sur de nombreuses valeurs automobiles en Bourse.

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