Offensive électrique, premium, services… Ce que contient le plan stratégique de Stellantis pour 2030

Stellantis donne un sérieux coup d’accélérateur dans l’électrique. Dans son premier plan stratégique, l’entreprise ne veut plus vendre que des voitures 100% électriques en Europe dès 2030.

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Carlos Tavares, directeur général de Stellantis, au Software Day du groupe, décembre 2021
Carlos Tavares, directeur général de Stellantis, donne la part belle aux véhicules électriques dans son nouveau plan stratégique.

Stellantis veut adopter le tout électrique en Europe dès 2030. Mardi 1er mars, le constructeur automobile a dévoilé son très attendu plan stratégique. Baptisée «Dare Forward», la feuille de route prévoit une grosse accélération dans le véhicule 100% électrique. Et ce, malgré les nombreuses mises en garde de Carlos Tavares sur les surcoûts de cette technologie. «Le but aujourd'hui n'est pas d'exprimer notre opinion. Il s'agit d'être compétitif», a expliqué le directeur général de Stellantis.

Fort de bons résultats financiers en 2021, Stellantis a fixé un cap ambitieux pour 2030 : doubler son chiffre d’affaires net pour atteindre 300 milliards d’euros en 2030. L’entreprise souhaite dégager une marge opérationnelle courante à deux chiffres tout au long du plan. En parallèle, elle compte aussi se renforcer à l’extérieur de l’Europe et de l’Amérique du Nord. «Nous voyons exactement où nous allons au cours des neuf prochaines années, ce qui est assez audacieux étant donné le chaos mondial actuel», a souligné Carlos Tavares, en écho aux perturbations sur la chaîne d'approvisionnement et à la guerre en Ukraine.

Coup d’accélérateur dans l’électrique

Stellantis dit se préparer pour viser «100% de véhicules électriques vendus en Europe et 50% aux États-Unis à l’horizon 2030», annonce le groupe. « Tous les lancements en Europe seront des véhicules 100% électriques à partir de 2026 », a complété Carlos Tavares. Un virage radical pour l’industriel même s’il conditionne cet objectif à « des politiques publiques favorables ». Encore en juillet 2021, le groupe ne visait «que» 70% de véhicules à faible émission en Europe en 2030.

Les analystes n’ont pas manqué d’interroger Carlos Tavares sur cette accélération. « Nous gérons nos plans et nos équipes en fonction des réglementations et des interdictions qui seront décidées par les gouvernements », a expliqué le directeur général.

Une production de batteries à augmenter

En termes de volumes, la croissance projetée par Stellantis est vertigineuse. Le groupe souhaite atteindre 5 millions de véhicules électriques vendus en 2030. Pour ordre de comparaison, Stellantis vendait 6,4 millions de véhicules à travers le monde en 2021, dont seulement 200 000 véhicules électriques.

L’industriel va augmenter sa production de batteries en conséquence. Stellantis vise désormais une capacité de 400 GWh en 2030, et non plus 260 GWh. En revanche, le groupe ne semble pas avoir revu à la hausse son plan d’investissement. Il prévoit toujours d’engager 30 milliards d’euros entre 2021 et 2025 dans l’électrique et le logiciel. Soit le même montant qu’annoncé en juillet 2021. 

Stellantis veut grossir dans le premium

La gamme de véhicules électriques devrait ainsi grossir de 19 modèles à plus de 75. Pour séduire le marché américain, moins électrifié que l’Europe, Stellantis a annoncé une première Jeep électrique pour 2023, suivi d'un pick-up Ram 1500 BEV en 2024.

Les marques premium et luxe du groupe (Maserati, Alfa Romeo, DS et Lancia) vont jouer un rôle important dans la nouvelle stratégie. «Stellantis veut multiplier par quatre le chiffre d'affaires des véhicules neufs dans les segments haut de gamme et luxe, qui affichent des marges plus élevées », indique le groupe, fervent défenseur d’une stratégie basée sur la rentabilité plutôt que sur les volumes. Ainsi, la part de ces marques dans le chiffre d'affaires de Stellantis devrait gonfler de 4% à 11% en 2030.

De grands espoirs pour Free2move

Autre pilier du plan « Dare Forward » : la transformation de Stellantis en « entreprise automobile technologique ». Le constructeur souhaite réaliser 7% de son chiffre d’affaires en 2030 grâce au logiciel (contre 0% en 2021), auquel il faut ajouter une ribambelle de nouveaux services. Allié depuis décembre 2021 à Amazon, Stellantis esquisse de nombreuses pistes de travail : la vente en ligne des voitures, les services financiers, les services de livraison ou encore les mises à jour à distance des véhicules connectés...

Stellantis fonde de grands espoirs sur sa filiale Free2move, spécialisée dans l'autopartage. Cette activité pourrait réaliser 2,8 milliards d’euros de ventes en 2030. Bien au-delà des 40 millions d'euros que cette branche représentait en 2021.

Une stratégie prudente en Chine

Tandis que le spectre des risques géopolitiques planait sur l'événement, Stellantis s'est montré relativement bref sur sa stratégie en Chine, un point faible du groupe franco-italien. Carlos Tavares a indiqué qu’il visait un chiffre d’affaires de 20 milliards d’euros sur le premier marché automobile mondial en 2030 tout en réduisant ses coûts fixes.

Une façon pour le groupe de diversifier sa présence à l’extérieur de l’Europe et de l’Amérique du Nord. En 2021, ces deux régions pesaient à elles seules 85% des ventes de Stellantis. Une part que le constructeur souhaite réduire à 72% à la fin de la prochaine décennie.

Carlos Tavares interpelle les gouvernements

Malgré les attentes des syndicats, Carlos Tavares s’est moins épanché sur l’organisation industrielle et sur le volet social de son plan stratégique. «L’excellence opérationnelle, la rapidité d’exécution et un point d’équilibre inférieur à 50% de nos facturations resteront notre marque de fabrique», se contente de préciser le groupe dans un communiqué.

Interrogé sur l’avenir de ses usines, le directeur général a tout de même évoqué la responsabilité des gouvernements. «Le marché européen était à 15 millions de véhicules particuliers et de véhicules utilitaires légers en 2021. Avant le Covid-19, il était de 18 millions. La vraie question pour toute usine en Europe est donc de savoir si l'Union européenne est capable de protéger la liberté de mobilité par une mobilité sûre, propre et abordable», a-t-il développé.

Une course avec les nouveaux entrants

Parfois critiqué pour s’être engagé tardivement dans le virage électrique, Carlos Tavares a tenu à défendre la place de Stellantis dans le secteur. «Je suis un dirigeant compétitif», a-t-il insisté. Devant un public d’investisseurs et de médias, le directeur général a décrit une course entre les acteurs historiques et les nouveaux entrants du secteur comme Tesla ou Lucid. Le patron de Stellantis a reconnu à ces entreprises une rapidité d’exécution et une belle capacité d’intégration verticale.

«Nous devrons apprendre d'eux et ils devront apprendre de nous, a nuancé Carlos Tavares. Lorsqu’ils atteindront un million ou deux millions de voitures, ils auront des problèmes en termes d'efficacité à grand volume, de qualité et de complexité liée à la diversité. Ce sont des choses que nous avons apprises de la manière dure dans le passé.»

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