Qualifié de "pilote" dans la stratégie d’électrification de Stellantis, le pôle de Trémery-Metz (Moselle) a bénéficié de la croissance des ventes de véhicules électriques en 2021 en Europe. Les organisations représentatives des 3 500 salariés de ce site mécanique s’attendent cependant à une poursuite de la réduction des effectifs, alors que le groupe présente ce 1er mars son premier plan stratégique à long terme.
Sur le plan industriel, le plan de transformation 2017 du pôle d’assemblage de boites de vitesse (Metz) et de moteurs (Trémery) «s’exécute à l’heure près», se félicite Marc Bauden, directeur du pôle. «La première ligne d’assemblage de moteurs électriques a été inaugurée il y un peu plus de deux ans à Trémery. Nous l’avons doublée en septembre 2021 avec six mois d’avance sur le calendrier», rappelle-t-il. La capacité d’assemblage actuellement proche de 500 000 moteurs électriques par an, devrait grimper à 1,1 million en 2024, soit l’équivalent de la production totale de Trémery en moteurs diesel et essence en 2021.
Trémery internalise en parallèle la production de deux composants essentiels de la motorisation électrique : le rotor et le stator. Ces pièces jusqu’à présent importées d’Asie seront fabriquées sur place, en série, à partir de l’automne 2022 par la co-entreprise Emotors associant Stellantis au japonais Nidec. Ses ateliers de bobinage, de magnétisation et d’usinage sont déjà installés dans d’anciens ateliers. La fonderie Stellantis de Charleville-Mézières (Ardennes) leur fournira le carter.
Philippe Bohlinger La première ligne d’assemblage de motorisation électrique du groupe Stellantis a été inaugurée en novembre 2019 à Trémery (Moselle). © Philippe Bohlinger

- 58.7+6.53
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en euros€/baril
- 2168+2.94
Avril 2026
Demi-produits X5 Cr Ni18-10 (1.4301) - Ecart d'alliage€/tonne
- 0=
Mars 2026
Polypropylène - 05-1-52 Chutes PP rigides naturelsVariation en €/tonne
70 salariés basculent dans les co-entreprises
«Nous sommes une entreprise apprenante. A terme, notre objectif est d’atteindre le même niveau d’intégration dans la fabrication du moteur électrique, que celui que nous avons atteint pour les moteurs diesel. C’est pourquoi nous réfléchissons déjà à maîtriser d’autres composants», indique Marc Bauden.
A Metz, la coentreprise E-transmissions entre Stellantis et Punch Powertrain (groupe Yinyi) démarrera en janvier 2023 la production en série d’une boite de vitesse électrifiée destinée à l’hybridation légère. Cette boite de vitesse couplée à un moteur essence offrirait un gain de 15% en consommation énergétique et pourrait constituer de ce fait le standard des ventes en 2025, anticipe Marc Bauden. «Nous sommes convaincus que les motorisations hybrides constitueront le cœur du marché jusqu’en 2030. Cela représente encore huit ans de visibilité pour nos sites industriels, ce qui est énorme», insiste le directeur du pôle de Trémery-Metz. Cette transition industrielle est accompagnée par la Région Grand Est qui soutient les deux coentreprises pour un montant total de 9,5 millions d’euros.
Sur le plan social, le virage vers la mobilité électrique est synonyme de basculement progressif de salariés Stellantis dans les coentreprises Emotors et E-transmissions. A l’heure actuelle, 70 d’entre eux ont été recrutés par les deux sociétés ; des embauches favorisées par la reprise de leurs anciennetés et de leurs primes et le maintien dans la convention collective de la métallurgie. A l’horizon 2024, ils devraient être environ 450 chez E-transmissions et 400 chez Emotors.
Eclairage jusqu’en 2024
Les salariés s’inquiètent toutefois pour le maintien de l’emploi, dans un contexte où les plans de départs volontaires se succèdent à Trémery-Metz depuis 2007. Selon, les projections basées sur la courbe des âges, 350 départs volontaires sont attendus par les syndicats du pôle dans les prochaines années suite aux accords de rupture conventionnelle collective signés en 2021. Le renouvellement de ces accords attendu au niveau national pour 2022 et 2023 devrait prolonger cette tendance.
A Trémery, l’assemblage d’1,1 million de moteurs électriques «ne nécessitera pas plus de 550 salariés Stellantis, le nombre de composants nécessaires à la fabrication d’un moteur électrique étant 60% inférieur à celui nécessaire pour un diesel», calcule Mickaël Montasprini, responsable de la section CFDT de Trémery. Cela correspondrait à un millier de personnes en ajoutant les salariés d’Emotors. Concernant l’arrêt des lignes diesel, la direction du pôle ne communique pour sa part pas d’échéance : «Notre plan à moyen terme donne un éclairage jusqu’en 2024. La question de l’arrêt de la production du diesel est en cours d’instruction de manière globale par Stellantis», indique-t-elle.
L’intention manifestée par l’Union européenne d’interdire les ventes de véhicules thermiques à l’horizon 2035 suscite également de fortes inquiétudes à Metz. Les syndicats du site doutent qu’E-Transmissions puissent maintenir la totalité de l’emploi en cas d’arrêt de la fabrication des boites manuelles. Dans ce contexte, Maria Casoli, secrétaire de la section FO de Metz, invite à mettre en place des mesures d’accompagnement sociales, mais aussi industrielles «en mettant à profit le savoir-faire des opérateurs dans l’usinage des engrenages pour boites de vitesse manuelles. Ils pourraient fabriquer les engrenages de la future boite électrifiée qui seront usinés en Chine».



