Stellantis a réussi sa première épreuve de vérité. Un peu plus d’un an après la fusion de PSA et Fiat-Chrysler Automobiles (FCA), les résultats financiers du groupe ont été salués en Bourse. Le constructeur automobile doit maintenant clarifier l’avenir de ses 14 marques. Mardi 1er mars, l’entreprise dévoilera son premier plan stratégique à long terme. Une présentation attendue de pied ferme, aussi bien chez les analystes financiers que chez les 280 000 salariés de l’entreprise.
Il faut dire que Stellantis a tardé à révéler la date de l’événement. Tandis que les arrêts d’usine se multipliaient en 2021, les syndicats désespéraient d’obtenir des orientations dans un jeune groupe gigantesque à la gouvernance complexe. Pour faire patienter les investisseurs, la direction a distillé les annonces, promettant notamment 30 milliards d’euros d’investissement dans la mobilité électrique et le logiciel. Deux thèmes sur lesquels Stellantis devrait revenir le 1er mars. Le constructeur est également attendu sur sa présence à l’international.
L’électrification à marche forcée
Pourfendeur d’une transition trop rapide, Carlos Tavares a multiplié les prises de parole pour alerter sur le coût de l'électrification. En 2021, les véhicules à faible émission représentaient 18,1% des ventes européennes de Stellantis. Le constructeur veut faire grimper ce taux à 70% à horizon 2030, pressé par le durcissement des normes européennes.

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Chiffres à l’appui, Carlos Tavares a détaillé le défi de l’électrification. Selon le dirigeant, les véhicules électriques représentent 40% à 50% de surcoût de production par rapport aux véhicules thermiques. « Il est impossible de transférer ces coûts supplémentaires au client, car si nous le faisons, nous perdrons les classes moyennes et notre base de clientèle se réduira », a souligné le directeur général lors des résultats annuels.
« La seule façon d'aller de l'avant est d'absorber ces coûts supplémentaires. [...] Cela signifie environ 10% de gain de productivité par an pour les cinq prochaines années, dans une industrie qui est habituée à obtenir entre 2% et 3% », a poursuivi Carlos Tavares. Le dirigeant a évoqué plusieurs pistes de travail : la réduction des coûts de distribution ou l’amélioration du parcours client… D’autres leviers doivent être révélés le 1er mars.
5 milliards d’euros de synergies à trouver
Carlos Tavares a déjà commencé la chasse aux coûts. La fusion de PSA et FCA a permis de réaliser 3,2 milliards de synergies en 2021. Les dirigeants du groupe veulent aller plus loin. Ils ont fixé un objectif de 5 milliards d’euros de synergies chaque année en « régime stabilisé ». Sans oublier les bénéfices colossaux recherchés par Carlos Tavares, qui vise une marge opérationnelle courante à deux chiffres à l’horizon 2026.
« La stratégie d’entreprise consiste à être le premier constructeur automobile mondial en termes de rentabilité. Cela n’a pas été dit, mais toutes les décisions et actions de la direction sont prises dans ce sens », analyse Anh-Quan Nguyen, délégué syndical central CFE-CGC chez Stellantis.
De telles ambitions ont soulevé des interrogations sur un éventuel compactage du portefeuille de marques. Pour l'instant, Carlos Tavares s'est montré rassurant en faisant l’éloge de la diversité du groupe. Aux résultats financiers, le directeur général regrettait tout de même le poids de la bureaucratie dans les branches européennes du groupe. « Nous avons accumulé par le passé de nombreuses couches de différentes sociétés, de différentes marques. Il est assez clair qu'il y a davantage de potentiel de simplification », a argumenté le patron.
Un plan de reconquête en Chine
Carlos Tavares a livré un autre indice sur le contenu du futur plan stratégique. En décembre 2021, lors du Software Day de l’entreprise, le dirigeant a évoqué une nouvelle offensive en Chine. Les ventes du groupe pataugent sur le premier marché automobile mondial. En 2021, la part de marché de Stellantis atteignait seulement 0,6%, avec 125 000 véhicules vendus. La même année, la coentreprise formée par Stellantis et le groupe chinois GAC décidait d’ailleurs de fermer l’une de ses deux usines.
Les analystes financiers n’ont pas manqué de questionner Carlos Tavares sur la situation. « Nous sommes en train de corriger cela, une partie du travail est déjà faite », rassurait le directeur général. Stellantis souhaite par exemple introduire en Chine la marque allemande Opel, notamment avec des véhicules 100% électriques. Le constructeur compte également relancer Jeep dans le pays en prenant une part majoritaire dans sa coentreprise avec GAC.
Une organisation industrielle sous tension
À côté des enjeux financiers et commerciaux, les syndicats tentent de faire entendre leur voix. « Le climat social est très tendu », rapporte Anh-Quan Nguyen de la CFE-CGC Stellantis. Pourtant plus modéré que la CGT ou que la CFDT, le syndicat a refusé le 28 février de signer l'accord salarial de 2022. « Les augmentations de salaires et le partage des bénéfices doivent être la hauteur des résultats du groupe », a-t-il exigé dans un communiqué, à la veille de la présentation du plan stratégique.
Avant la pandémie, de nombreux sites affichaient déjà des taux d’utilisation très faibles. La crise des matières premières a exacerbé l’inquiétude des salariés. En France, Stellantis a déjà annoncé un plan de 2 600 départs volontaires en 2022 et 2023. Au-delà des réductions de postes, certains syndicats s’inquiètent pour l’avenir des sites les plus exposés au déclin des moteurs thermiques.
La France n’est pas le seul pays concerné. En janvier, la Fédération italienne des métallurgistes alertait sur une « situation critique » dans les usines transalpines. Selon l’organisation, la production de Stellantis en Italie a diminué de 35% entre 2017 et 2021. En Allemagne, l’arrêt temporaire de l’usine d’Eisenach (Allemagne) et des projets de restructuration juridique chez Opel avaient également déclenché une levée de bouclier chez les syndicats et la classe politique allemande à l’automne 2021.
« Il y a une mise en concurrence des sites entre eux. Du jour au lendemain, la production a été retirée à Eisenach pour être transférée vers un autre site », regrette Benoît Verdier, élu du CSE sur le site de Sochaux (Doubs). « Le mantra de la nouvelle organisation est d’aller chercher les meilleures compétences dans le monde entier. Avec le télétravail, une délocalisation est en train de se produire », observe de son côté Hervé Hottois, élu CFDT au Centre technique de Vélizy (Yvelines).
À ces tensions sociales, il faut parfois ajouter des relations compliquées avec les sous-traitants de la filière. Mais les méthodes dures de Carlos Tavares ont fait recette en 2021, et le directeur général ne semble pas vouloir abandonner cette course à la rentabilité. « Dès que vous arrêtez de foncer, vous reculez. C'est un jeu compétitif. Au bout du compte, il s'agit d'être meilleur que les autres », expliquait-il le 23 janvier.



