Malgré la crise, Stellantis clôt sa première année d'existence avec des bénéfices au plus haut

Pour sa première année d’existence, Stellantis se félicite de résultats financiers « record ». Dans un contexte de crise, le groupe né de la fusion de PSA et Fiat Chrysler Automobiles (FCA) dégage une marge colossale.

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Véhicules utilitaires électriques Stellantis
Stellantis a notamment misé sur ses ventes de véhicules utilitaires pour compenser l'impact des pénuries de semi-conducteurs.

La fusion de PSA et Fiat Chrysler Automobiles (FCA) débute en fanfare. Mercredi 23 février, le nouveau groupe Stellantis a publié ses tout premiers résultats financiers. Marge à deux chiffres, ventes en croissance, bénéfice net presque multiplié par trois… Le constructeur automobile réalise une performance record dans un secteur qui n’a pas retrouvé son niveau d’avant-crise.

Les pénuries de semi-conducteurs ont coupé le programme de production de Stellantis de 20% en 2021, soit 1,7 million de véhicules non fabriqués. L’entreprise voit tout de même son chiffre d’affaires net grimper de 14% à 152 milliards d’euros, tandis que son bénéfice net explose de 179% à 13,4 milliards d’euros.

Le directeur général du groupe, Carlos Tavares, tient aussi ses promesses en termes de rentabilité : la marge opérationnelle courante atteint 11,8%, contre 6,9% en 2020. Un niveau rarement vu chez les constructeurs automobiles généralistes. « Les résultats record d’aujourd’hui prouvent que Stellantis est bien placé pour réaliser des performances solides, même dans les environnements de marché les plus incertains », se réjouit dans un communiqué Carlos Tavares.

La méthode Tavares se traduit en chiffres

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Stellantis est donc parvenu à limiter l’impact des pénuries. Le quatrième groupe automobile mondial, qui n’avait pas encore dévoilé ses résultats commerciaux, a vendu 6,6 millions de véhicules en 2021 à travers ses 14 marques, soit seulement 3,8% de plus qu’en 2020. Un faible niveau compensé par la stratégie de valeur défendue bec et ongles par Carlos Tavares.

Le constructeur automobile a privilégié les modèles les plus rentables, comme les véhicules à faible émission (voitures 100% électriques, hybrides rechargeables ou à pile à combustible). Dans cette catégorie, les ventes mondiales du groupe ont augmenté de 160% en 2021, pour atteindre 388 000 unités.

Stellantis a aussi capitalisé sur ses véhicules utilitaires, un domaine où les marges sont plus confortables. « Stellantis a confirmé sa position sur le marché mondial des véhicules utilitaires en prenant le leadership des deux marchés de l’EU30 [Europe élargie] et de l’Amérique du Sud, et en battant son record de ventes de pick-up dans le monde avec près d' un million de véhicules vendus », fanfaronne l’entreprise. Le succès commercial des 4x4 de Jeep et des pick-up de Ram en Amérique du Nord ne s’est pas démenti.

Peu exposé à la Russie

Stellantis parvient à afficher des ventes en hausse dans ses principales régions. Même si ses livraisons ont diminué en Europe et en Amérique du Nord, Stellantis voit son revenu net augmenter respectivement de 4,6% et 15% sur ces deux marchés. « L'Amérique du Nord est la région la plus rentable de l'entreprise », a souligné Carlos Tavares lors de la présentation des résultats. En Amérique du Sud, la croissance atteint 70%.

En Chine, Stellantis voit ses ventes augmenter de 15%. Malgré une reprise encourageante, le premier marché automobile mondial reste un point faible du groupe. Dans ce pays, sa part de marché ne dépasse pas 0,6%, à peine plus haute qu’en 2020 (+0,1 point). Carlos Tavares doit présenter un plan de reconquête sur ce marché à l’occasion de la présentation du plan stratégique de Stellantis, le 1er mars. Dans le cadre de cette offensive, le constructeur compte prendre une part majoritaire dans sa coentreprise avec GAC. « Malgré quelques accrocs en termes de communication, l'accord est signé », a indiqué Carlos Tavares, en référence au recent imbroglio avec son partenaire chinois.

Grâce à son mix géographique diversifié, Stellantis espère peu souffrir de la crise diplomatique avec la Russie. « Nous avons en Russie 1,5% de part de marché », a expliqué Carlos Tavares au micro de Franceinfo, en parlant d’une présence « marginale ». Le dirigeant reste globalement confiant pour 2022 puisqu'il a fixé un nouvel objectif de marge opérationnelle courante à deux chiffres

Climat social tendu en France

Au-delà de sa stratégie commerciale, la méthode de Carlos Tavares repose aussi sur des coupes drastiques des coûts. Le groupe assure avoir déjà réalisé 3,2 milliards d’euros de synergies, mais le directeur général veut aller plus loin : il promettait 5 milliards d’euros de synergies chaque année en « régime stabilisé » au moment de la fusion. En France, ces plans d’économies se sont accompagnés de coupes massives dans les effectifs. Les suppressions de postes doivent se poursuivre : le groupe prévoit encore 2 600 départs volontaires en 2022 et 2023.

Dans un climat social tendu, Carlos Tavares assure que les efforts des salariés ne se font pas en vain. Le groupe a promis qu’il redistribuerait 1,9 milliard d’euros aux salariés, soit 70% de plus que ne l’avaient fait PSA et FCA en 2020. « Nos salariés français, en particulier ceux qui ont les plus bas salaires, jusqu'à deux fois et demi le Smic, recevront un intéressement de 4 000 euros minimum, en moyenne 4 400 euros », a annoncé le patron sur Franceinfo.

Les négociations salariales restent un sujet de préoccupation chez les syndicats. Les opérations de débrayage se sont multipliées dans les usines françaises du groupe à la veille des résultats. Et les bons résultats affichés par Stellantis ravivent le mécontentement de certaines organisations. Dans des communiqués distincts, la CFDT regrette « une faible redistribution aux salariés » tandis que la CFE-CGC demande « un effort complémentaire à la direction pour répartir plus justement les richesses issues du travail ».

Selon la CFE-CGC, la dernière proposition de la direction porte sur une enveloppe globale d’augmentation salariale de 3,2% « avec une sélectivité entre 80% et 85% ». « Même si la sélectivité est grande, il est regrettable de laisser entre 15% et 20% d’agents de maîtrise et cadres sans augmentation après deux années très difficiles », déplore le syndicat. De son côté, l’entreprise assure « valoriser la performance et l’engagement des salariés » à travers sa politique de rémunération dans un « contexte exceptionnel ».

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