Stellantis prépare son usine de Douvrin (Pas-de-Calais) à la fin des moteurs thermiques. Mercredi 9 février, le constructeur automobile a trouvé un accord avec trois syndicats pour encourager le transfert des salariés du site vers une nouvelle usine de batteries électriques. Deux autres syndicats ont refusé de signer l'accord, selon des sources syndicales de Reuters.
La CFTC, Force ouvrière et la CFE-CGC - respectivement deuxième, troisième et quatrième syndicats du site, majoritaires à eux trois - ont l'intention de signer le projet de Rupture conventionnelle collective (RCC) destiné à accompagner la mutation de l'usine fondée en 1969, ont expliqué cinq sources.
Les deux autres syndicats - la CGT, première organisation du site, et la CFDT, cinquième - ne signeront pas l'accord couvrant les années 2022 à 2024. À leurs yeux, les engagements sur 400 reclassements au sein de la gigafactory en construction à deux pas de l'usine de moteurs restent insuffisants.
« Créer des passerelles entre les deux sites »
« Il était nécessaire de créer des passerelles entre les deux sites car la transition énergétique et l'électrification de masse, qu'on le veuille ou non, vont s'imposer à nous », a déclaré à Reuters Frédéric Lemayitch, représentant CFTC.
Stellantis n'est pas parvenu cette fois à rallier autant de syndicats que lors de ses accords précédents, mais le constructeur né de la fusion entre PSA et Fiat Chrysler Automobiles (FCA) a salué un « bel exemple de dialogue social responsable pour accompagner les salariés dans un contexte de transformation ». L'entreprise espère maintenant que l'accord sera signé d'ici la fin de la semaine du 7 février.
Le futur de Douvrin en suspens
Le futur de l'usine de Douvrin, créée il y a plus de cinquante ans pour prendre le relais de l'industrie minière, est en suspens depuis que se profile l'interdiction des ventes de véhicules neufs à moteur thermique en Europe à l'horizon 2035.
Le site a produit en 2021 570 000 moteurs essence et diesel avec un effectif d'environ un millier de personnes. En prévision de la bascule du thermique vers l'électrique, il perdra à partir de mai 2023 la production de moteurs diesel, concentrée à Trémery (Moselle), puis fin 2024 celle de moteurs essence 4 cylindres, délocalisée en Hongrie. L'usine nordiste conservera en revanche la fabrication de petits moteurs essence 3 cylindres le temps de la mutation, a indiqué à Reuters un porte-parole de Stellantis.
400 reclassements à l'horizon 2025
En face, le projet d'ACC, une co-entreprise entre Stellantis, TotalEnergies et Mercedes-Benz, prévoit une capacité de 24 GWh de batteries à l'horizon 2028-2030 pour équiper des voitures électriques, et la création de 1 400 à 2 000 emplois directs à l'horizon 2030.
L'objectif du projet d'accord est d'encourager de différentes manières les reclassements d'un site vers l'autre sur la base du volontariat. La direction promet ainsi une embauche directe sans période d'essai, une formation, un maintien du salaire et un système de compensation de l'ancienneté perdue lors du départ de Stellantis.
« Nous aurions voulu un engagement sur la possibilité de transférer l'ensemble du personnel, et pas seulement 400 personnes. Par expérience, si ce n'est pas écrit, ça ne compte pas », regrette Joël Petit, représentant de la CFDT. Fabrice Jamart, de la CGT, craint même que moins de 400 personnes de Douvrin puissent bénéficier de l'accord si des salariés d'autres sites postulent chez ACC. « Nous risquons d'avoir plusieurs centaines de familles frappées par le chômage », a-t-il estimé.
Stellantis assure de son côté que le fabricant de batteries est en mesure d'offrir à terme un emploi à tous les salariés de Douvrin qui le souhaiteront. Les employés les plus âgés pourront quant à eux postuler au congé senior conclu à l'échelle du groupe en France.
De nouveaux débouchés mais des emplois à risque
La région Hauts-de-France est partie pour devenir un grand hub de batteries puisque Verkor va installer une gigafactory à Dunkerque (Nord), dont la capacité de production doit aller de 16 GWh en 2025 à 50 GWh en 2030. De son côté, Envision AESC (filiale japonaise du groupe chinois Envision) implantera à Douai (Nord) une gigafactory de 9 GWh en 2024 et 24 GWh d'ici 2030. Ces deux projets doivent permettre la création de près de 4 500 emplois directs d'ici 2030.
La Plateforme de la filière automobile (PFA) craint toutefois que ces nouveaux débouchés ne suffisent pas à compenser totalement les 100 000 emplois à risque dans l'automobile d'ici 2030, surtout chez les sous-traitants. Si les batteries, l'électronique de puissance et les logiciels constituent des relais de croissance prometteurs, le fait que le nombre de pièces nécessaires pour fabriquer un moteur électrique soit divisé par au moins quatre par rapport à une motorisation thermique constitue un facteur structurel de baisse des effectifs.
L'Europe va connaître au cours des prochaines années une déferlante de projets de gigafatory de batteries pour répondre à l'accélération de l'électrification des véhicules et réduire la dépendance du continent à l'Asie. À lui seul, Volkswagen envisage de construire six usines de batteries de 40GWh chacune.
Avec Reuters (Reportage Gilles Guillaume, édité par Blandine Hénault et Jean-Michel Bélot)


