Le climat social reste tendu chez Stellantis avant la présentation du plan stratégique du groupe, attendue le 1er mars. Les salariés français s’interrogent sur leur avenir dans une entreprise qui n’a cessé de supprimer des postes depuis 2007. En 2022 et 2023, le constructeur automobile prévoit encore 2 600 départs volontaires en France. Les coupes d'effectifs ne datent pas de la fusion. Depuis la prise de pouvoir de Carlos Tavares, entre 2014 et 2021, le nombre de CDI a fondu de 36% dans l'Hexagone. Les départs d’ouvriers sont les plus nombreux, mais la tendance n’épargne pas les cadres et les techniciens. Et ces données n’intègrent pas les CDD et les intérimaires.
En plus des plans de départs volontaires, les salariés ont subi des arrêts de production et des pertes de salaires en 2021, en raison des pénuries de semi-conducteurs. Regroupés dans le groupe Stellantis, les salariés de l'ancien groupe PSA ont aussi vu s’éloigner les centres de décision de leur entreprise.
Douvrin, un cas symptomatique
L’un des derniers épisodes d’un dialogue social complexe a été la présentation d’un accord destiné à transférer 400 salariés de l’usine de Douvrin (Pas-de-Calais) vers la future usine de batteries d’ACC. Spécialisé dans les moteurs essence et diesel, le site fait typiquement partie des activités menacées par la transition électrique. « Pour nous, le site est condamné et laissera place à l’usine d’ACC », commente Cédric Brun, délégué syndical central adjoint de la CGT à Valenciennes (Nord).

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Au-delà de la transition électrique, les syndicats insistent aussi sur le poids des délocalisations. À Douvrin, la production des moteurs essence 4 cylindres doit être transférée en Hongrie à partir de fin 2024. « Les moteurs thermiques, y compris à haute valeur ajoutée, auraient pu rester sur ce site. Il y a un transfert d’activités du thermique vers des pays soi-disant à bas coût », observe Cédric Brun.
Outre Douvrin, les syndicats rapportent aussi des inquiétudes pour Valenciennes (Nord), où sont fabriquées des boîtes de vitesse, ainsi que pour le pôle Trémery-Metz (Moselle) qui réalise des moteurs thermiques et des boîtes de vitesses. « Stellantis ne veut garder que l’activité électrique en France », estime Cédric Brun. Certains de ces sites ont déjà commencé leur conversion, à l’instar de Trémery qui compte une chaîne de montage de moteurs électriques.
Réorganisation des sites
À la naissance de Stellantis, Carlos Tavares avait promis que la fusion entre PSA et Fiat Chrysler Automobiles (FCA) n’entraînerait pas de fermeture d’usine en Europe. En janvier, dans un entretien aux Échos, le dirigeant semblait moins radical. « Fermer veut dire mettre un cadenas sur la porte et renvoyer tout le monde à la maison. Nous n'avons pas fait cela. Et si je peux l'éviter, je l'éviterai. Je tiens généralement mes promesses, mais nous devons aussi rester compétitifs », expliquait-il.
« Si nous n’avons pas fermé d’usines, c’est aussi parce que nous avons signé des accords de compétitivité », souligne Anh-Quan Nguyen, délégué syndical central CFE-CGC chez Stellantis. Et le maintien des sites n'empêche pas les compactages. En octobre 2021, l’entreprise avait annoncé une réorganisation de ses activités en Île-de-France avec la création d’un « campus vert » à Poissy (Yvelines). Le projet prévoit la fermeture d'un site de sport automobile à Satory et d'un site tertiaire à Trappes, tous deux situés dans les Yvelines. Plus récemment, en février, l’usine de Sochaux (Doubs) a basculé de deux chaînes de montage à une seule. « Cela génère du sureffectif », regrette Christine Virassamy, déléguée syndicale centrale CFDT de Stellantis.
Une carte à jouer sur l’ingénierie et l’électrique
Que restera-t-il de Stellantis en France ? Le constructeur automobile n’a pas encore précisé quels sites et métiers seraient concernés par les 2 600 départs prévus en 2022 et 2023. Selon les syndicats, les fonctions d’encadrement font partie des postes exposés. « La nouvelle organisation Stellantis Production Way va supprimer un étage de la ligne hiérarchique », décrit Christine Virassamy.
« La direction va garder des bases industrielles importantes en France. Elle a quand même le souci de répondre aux pouvoirs publics pour obtenir des fonds », estime Cédric Brun. « Sur le plan de l’ingénierie, la France a une belle carte à jouer, encourage de son côté Anh-Quan Nguyen. Dans les usines, la compétition est rude avec les autres pays. Il faut gagner en compétitivité, mais aussi remporter de nouvelles activités. Cela devra passer par le plan stratégique. »



