Même les économistes n’y comprennent plus rien. «L’emploi continue de nous surprendre», avoue Olivier Redoulès, le chef des études de Rexecode. Au troisième trimestre, l’emploi salarié a une nouvelle fois déjoué tous les pronostics. Avec une hausse limitée de 0,1%, il vient contredire les estimations provisoires de l’Insee et les prévisions de baisse de la majorité des économistes. De juin à septembre, les entreprises ont créé 36 700 emplois, après 26 800 au trimestre précédent, selon l’Insee. L’institut de statistique envisageait jusque-là un recul de 16 000 emplois.
Les modèles des économistes peinent à expliquer cette résistance. «Quand on regarde les chiffres du chômage, le nombre de demandeurs d’emplois a augmenté de 65 000 sur un an, ce qui correspondrait à 20 000 destructions d’emplois depuis douze mois, en tenant compte de l’évolution de la population active. Or l’Insee annonce 207 000 créations d’emplois depuis un an», s’étonne Eric Heyer qui reconnaît «y perdre son latin». Une partie de l'écart pourrait s’expliquer, selon l'économiste, par un nouveau sursaut de l’apprentissage à la rentrée 2023 qui aurait gonflé le nombre d’emplois créés par les entreprises. Une hypothèse qui aurait de quoi modérer la satisfaction du gouvernement, qui s’est empressé de se féliciter des chiffres de l’emploi. «Il s’agirait d’emplois massivement aidés», reprend Eric Heyer.
Un ralentissement du rythme des créations d'emplois
Fondamentalement, ces chiffres ne remettent pas en cause le scénario d’un ralentissement du marché de l’emploi privilégié par les économistes. Alors que la croissance a stagnée, avec un PIB revu en baisse de 0,1 % au troisième trimestre selon les dernières estimations de l'Insee, publiées le 30 novembre, «on est dans un ajustement progressif, même s’il est difficile d’en évaluer la rapidité», résume Olivier Redoules. Depuis mai, l’indicateur synthétique du climat de l’emploi calculé par l’Insee, qui reflète le sentiment des chefs d’entreprises sur leurs recrutements à venir, a perdu dix points, passant de 110 à 100. Même si le moral des industriels reste stable, celui des chefs d’entreprises dans le commerce est désormais en dessous de son niveau de longue période.
Plusieurs facteurs, qui ont permis depuis 2019 de créer un nombre record d'emplois au prix d’une chute inédite de sa productivité, jouent moins. Le soutien massif aux entreprises a fait chuter le nombre des défaillances, ce qui a limité les destructions d’emplois. Mais les défaillances sont revenues depuis l’été à leur niveau de 2019. «Avec la remontée des taux, la hausse des coûts et des politiques de l'emploi moins en soutien, il était logique que l'emploi serve de variable d'ajustement», considère Mathieu Plane, économiste à l'OFCE, qui anticipe un repli de 74 000 emplois sur douze mois à fin 2024. Le retournement reste limité, alors que «l’économie a créé 1,2 million d’emplois depuis 2019», rappelle Olivier Redoulès.

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Pour l'instant, ce ralentissement de l’emploi se fait à géographie variable. Certains secteurs sont dans le rouge. C’est le cas de la construction, rattrapé par le ralentissement des mises en chantier et de les logements neufs, qui a détruit 5 500 emplois nets sur les trois derniers mois. L’intérim, souvent considéré comme un indicateur avancé de l’emploi en général, est lui retombé en dessous de son niveau de fin 2019 et est en baisse pour le troisième trimestre consécutif, avec 16 300 emplois en moins.
11 900 créations d'emplois dans l'industrie
A l’inverse, l’emploi résiste mieux que prévu dans l'hôtellerie-restauration et le commerce, malgré les pressions sur le pouvoir d’achat des ménages. Avec 11 900 emplois nets en plus au troisième trimestre, la surprise vient surtout de l’industrie, qui s’en sort mieux que les autres secteurs. Sur douze mois, elle a ainsi créé encore 34 000 emplois nets. Même en intégrant la baisse du nombre d’intérimaires dans les usines, les effectifs globaux du secteur ont progressé de 17 000 salariés depuis le troisième trimestre 2022. L’industrie aéronautique, l’industrie pharmaceutique, le cuir, la production d’électricité ou la distribution d’eau tirent en particulier la dynamique. A l’inverse, les effectifs continuent de fondre dans l’industrie automobile et la filière plastique.
Confrontés à des difficultés importantes pour recruter, les chefs d’entreprises industrielles ont probablement maintenu leurs projets de recrutements malgré des carnets de commande qui s’effritent. Même si les tensions de recrutement se sont un peu desserrées, depuis le printemps, elles restent à des niveaux bien supérieurs à 2019. «La main d’œuvre est devenue une denrée rare. Tant que les industriels anticipent que l’activité va repartir, ils préfèrent conserver leurs salariés», souligne Eric Heyer. Les entreprises industrielles en ont pour l’instant les moyens. Malgré l’inflation, la plupart d’entre elles ont réussi à maintenir leurs marges à des niveaux élevés, notamment dans le secteur de l’énergie et de l’agroalimentaire. Cette relative bonne santé financière des entreprises se lit aussi dans les chiffres de l’investissement, eux aussi dynamiques.
Pour combien de temps? «L’inquiétude commence à monter autour de la trésorerie dans les entreprises. Cela pourrait les inciter à moins embaucher», pointe Olivier Redoulès. Pour autant, il n'est pas exclu pour l'économiste que l’industrie conserve une dynamique plus favorable dans les mois à venir à la faveur du mouvement mondial de réindustrialisation et des aides publiques conséquentes débloquées pour le secteur.



