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Le laboratoire Servier renonce pour le moment à vendre Biogaran

[INFO L'USINE NOUVELLE] Le groupe Servier renonce à vendre Biogaran. L’annonce vient d’être faite, ce vendredi 6 septembre, aux collaborateurs du spécialiste français des génériques. Le groupe Servier estime que les offres déposées ne répondent pas à tous les critères fixés.

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AFP NE PAS REUTILISER  Biogaran
Biogaran possède 30% du marché des médicaments génériques en France.

C’est une surprise de taille. Le groupe Servier renonce pour le moment à vendre Biogaran, sa division de médicaments génériques. Une information de L’Usine Nouvelle confirmée ce vendredi 6 septembre par le laboratoire français.

Dans un e-mail adressé aux collaborateurs, que L’Usine Nouvelle a pu consulter, le groupe estime que «la création de valeur proposée par les éventuels acheteurs n’apparaissait pas bénéfique pour l’entreprise, les collaborateurs, le tissu industriel français et européen et bien sûr, pour les patients et toutes les pharmacies et partenaires». Le groupe ajoute que «les incertitudes politiques et réglementaires ont pesé sur ces marques d'intérêt». Le prix semble ne pas avoir été le critère déterminant. Selon nos informations, certaines offres auraient dépassé le milliard d’euros.

Des groupes indiens s’intéressaient à Biogaran

Les discussions ont pourtant été menées à un stade avancé avec plusieurs groupes, notamment avec Aurobindo. Le groupe indien (3,2 milliards d’euros de ventes en 2023) était présenté comme un candidat sérieux. Le groupe dispose d’une présence directe en France depuis l’acquisition du laboratoire de génériques Arrow en 2014, avec 250 salariés sur le territoire. Selon le laboratoire indien, 65% des approvisionnements d’Arrow sont toujours européens, et une source proche du dossier indique que «40 % des fournisseurs sont français, comme en 2014». Une autre source affirme toutefois que «certains façonniers en France ont perdu des contrats».

D’autres offres ont été étudiées. Parmi elles, celle du fonds d’investissement britannique BC Partners associé à Bpifrance. BC Partners n’est pas un industriel pharmaceutique, mais la société dispose d’une forte expertise dans le domaine. Elle a par exemple cédé en 2021 le génériqueur grec Pharmathen et vient, en avril dernier, de vendre le sous-traitant pharmaceutique allemand Aenova. Ce dernier a vu son chiffre d’affaires doubler jusqu’à plus de 800 millions d’euros annuels pendant les dix ans sous le contrôle de BC Partners. Il y avait aussi un autre groupe indien en lice : Torrent Pharmaceuticals. Mais aucune offre ne répondait à l’ensemble des critères fixés selon une source interne.

La vente de Biogaran était devenue un sujet politique

Cette possible vente du leader français des médicaments génériques inquiétait les salariés de Biogaran. Une pétition intitulée "Pour le maintien du médicament générique fabriqué en France" avait été lancée mi-juillet sur Change.org. Au 6 septembre, plus de 33 000 personnes l'ont signée. En pleine campagne électorale, le dossier était devenu un objet de controverses. Ce qui avait poussé Roland Lescure à sortir le carton rouge. Le ministre démissionnaire de l'Industrie avait prévenu : «si un investisseur étranger souhaite acheter Biogaran, nous nous laissons la possibilité d'activer la procédure dite investissements étrangers en France». De quoi refroidir les envies des possibles candidats.

Il faut dire qu’en France, Biogaran dispose d‘un statut particulier. Avec plus de 30% de parts de marché, c’est le leader des médicaments génériques dans le pays. Fondée en 1996, la filiale Biogaran rassemble près de 1000 références et écoule plus de 300 millions de boîtes de médicaments chaque année en France. Elle constitue l’une des branches de l’activité de médicaments génériques de Servier. Au total, cet ensemble de médicaments génériques a généré 1,29 milliard d’euros de chiffre d’affaires sur l’exercice 2022-2023, en progression de 8,8% sur un an.

Servier ne détaille pas ses chiffres par filiale, mais les ventes de Biogaran s’étalonneraient, selon les informations de L'Usine Nouvelle, autour de 750 millions d’euros par an. Ses médicaments sont produits à 51% en France et à 90% en Europe. Dans l’Hexagone, Biogaran évoque 39 sous-traitants répartis sur tout le territoire, mais sans plus de précisions sur les acteurs concernés. Au total, pour la France, 8600 emplois sont concernés par ses productions, mais essentiellement en sous-traitance. Selon nos informations, Biogaran ne recense qu’environ 240 salariés directs. Il y avait un gros risque pour les sous-traitants en cas de rachat.

Servier promet de continuer à développer Biogaran

Quitte à garder sa division, Servier estime qu’il y a encore un potentiel de développement pour Biogaran. Le groupe confirme son objectif de développer cette activité (2 milliards d’euros à 2030) grâce à une stratégie de croissance organique.

Le groupe assure qu’à ce stade, l’arrêt du processus de vente n’a pas d’impact sur la stratégie 2030. Ce plan stratégique table sur un chiffre d’affaires de 6 milliards d’euros dès 2025, et de 8 milliards en 2030 en s’appuyant sur la franchise oncologie du laboratoire. L’objectif 2025 de 1 milliard d’euros de ventes pour ces médicaments les plus innovants du groupe, a été atteint dès 2023, à 1,07 milliard, et la cible est établie à 3 milliards en 2030. Actuellement, Servier dispose de 7 médicaments sur le marché dans les tumeurs solides et l’hématologie. Dans le pipeline de produits en développement, 36 programmes sont en développement clinique, dont 20 en oncologie mais également dans les maladies auto-immunes (2) et les maladies neurodégénératives (3). Onze autres concernent la cardiologie et le métabolisme, aires thérapeutiques historiques de Servier mais qui ne font plus l’objet de projets de recherche préclinique désormais. Depuis 2018, de grandes acquisitions ont été menées au Danemark et aux États-Unis, de même que des investissements industriels en biomédicaments.

C’était justement pour accélérer dans l’oncologie que le groupe Servier voulait vendre Biogaran. Il devra trouver d’autres ressources pour tenir ses objectifs et ne ferme aucune porte pour l’avenir. Le laboratoire n’exclut pas dans les années à venir de relancer une revue stratégique. D’ici là, l’horizon politique et réglementaire sera peut-être plus stable.

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