Servier envisage la vente de Biogaran, numéro 1 des médicaments génériques en France

Quatre repreneurs seraient sur les rangs pour le rachat de Biogaran, dont deux industriels indiens. En faisant largement appel à une production en sous-traitance en France, Biogaran soutient plus de 8 000 emplois dans l’Hexagone.

Servier production
Servier production

Le spécialiste du générique Biogaran, bien connu du grand public pour ses publicités mettant en avant le fabriqué en France, pourrait-il bientôt passer sous pavillon indien ?

Selon des informations desÉchos et de L’Informé, le laboratoire Servier chercherait depuis des mois à céder sa filiale dédiée aux génériques. Parmi les quatre repreneurs possibles sont notamment cités deux industriels indiens, géants du domaine : Aurobindo Pharma et Torrent Pharmaceuticals. Ce dernier serait, par ailleurs, proche de pouvoir conclure un accord. Deux autres repreneurs seraient aussi en lice, Les Échos citant parmi eux un industriel français adossé à un fonds d’investissement.

Biogaran se porte bien. Lors des derniers résultats annuels, son chiffre d’affaires a progressé de 8 %, et Servier se félicitait de voir l'activité en France confirmer « son leadership, pour la quatrième année consécutive, en enregistrant une part de marché de 32 % ». Biogaran a, par ailleurs, lancé 27 nouveaux médicaments en 2023. Servier mettait aussi en avant des ambitions sur la diversification, avec la volonté de se positionner sur des pansements techniques et de se renforcer sur le marché porteur des biosimilaires (l’équivalent des médicaments génériques pour les biomédicaments).

Une éventuelle cession interviendrait ainsi dans un mouvement de fond de l’industrie pharma, celui de se séparer des activités à moindre valeur ajoutée, pour se focaliser sur les médicaments innovants, à l’instar du laboratoire suisse Novartis qui s’était délesté, en 2023, de Sandoz, son activité génériques et biosimilaires. Depuis des années, Servier a fait de l’oncologie une aire thérapeutique prioritaire, en passant notamment par des acquisitions. La vente de Biogaran lui donnerait les moyens d’accélérer encore sur cette stratégie.

Des questions sur l’emploi en France

La possible reprise de Biogaran par un groupe extraeuropéen pose cependant la question de l’impact sur l’emploi en France. Le génériqueur a fait de cette production de proximité un de ses arguments commerciaux. Biogaran alimente largement l’activité CDMO en France, puisque, selon ses propres chiffres, il dispose de 39 sites de production partenaires dans l’Hexagone, avec plus de 50 % de ses médicaments produits sur le territoire et un impact sur l’emploi évalué à 8 600 emplois soutenus par sa production. À l’heure où les CDMO subissent le contrecoup de la crise Covid-19, les difficultés de financement des biotechs et les effets de l’inflation, la cession d’un géant du générique à un groupe en dehors de l’Europe pourrait mettre un peu plus en tension la sous-traitance pharmaceutique en France.

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