Alors que «le maître des horloges» Emmanuel Macron s’apprête à consulter les chefs de partis ce vendredi 23 août et en attendant qu’il nomme un nouveau Premier ministre, il faut nourrir la machine administrative. L’Etat a besoin d’un budget, qui doit être préparé pour être impérativement déposé au Parlement au 1er octobre.
Pour le construire, Matignon envoie traditionnellement aux différents ministères des lettres-plafond, des documents qui déterminent les crédits des ministères par mission. Compte tenu de la situation politique, les services de Matignon indiquent que «ces lettres plafond ne sont pas gravées dans le marbre et qu’il appartiendra au futur gouvernement de réaliser les ajustements nécessaires en fonction de ses priorités». Pour le Premier ministre démissionnaire Gabriel Attal, l’envoi de ces lettres relève d’un enjeu de continuité de l’Etat.
Un budget constant qui implique des économies
Mais le budget est un acte politique et même sa préparation peut difficilement y échapper. Alors que le ministre de l’Economie défendait une baisse globale des crédits, Gabriel Attal a fixé un budget «zéro valeur». Les crédits 2025 de l’Etat sont ainsi exactement à la même hauteur que pour 2024 : 492 milliards d’euros. Bien entendu, avec l’inflation et en tenant compte de l'augmentation tendancielle de certaines dépenses, cela signifie une baisse de budget en euros constants. Selon le gouvernement démissionnaire, une inflation de 2% implique déjà une dizaine de millions d’économies.
Mais il se montre peu disert sur le détail de ces lettres plafond. On sait seulement que tous les ministères et les politiques publiques ne sont pas logés à la même enseigne. Seule concession de transparence : les services de Matignon indiquent que des politiques prioritaires, comme la loi de programmation militaire, ne seront pas impactées et que les crédits de la culture et du sport seront maintenus. Côté économies, le gouvernement propose plutôt de réduire les crédits dévolus à l’apprentissage.

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Trim 4 2025
Salaire ouvriers - Ensemble DE à RU% sur dernier mois du trimestre précédent
- 7.9967+0.13
10 Avril 2026
Yuan chinois (CNY) - quotidien¥ CNY/€
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10 Avril 2026
Livre sterling (GBP) - quotidien£ GBP/€
Un coût de l’apprentissage évalué à 20 milliards par an
Couronnée de succès (la France est passé en quelques années de 500000 apprentis à plus d’un million en 2023), cette politique de l'apprentissage coûte cher… très cher. «Une vingtaine de milliards d'euros par an», selon Matignon. Entre 2020 et 2023, le nombre d’alternants postés dans l’industrie a augmenté de 35%. L’économiste Bruno Coquet parle ainsi «d’années folles» de l’apprentissage.
Les coûts pour l’Etat ont augmenté à l’avenant, passant de 5,9 milliards en 2018 à 19,9 milliards en 2022, selon l’évaluation de Bruno Coquet. Certains penseront qu’il vaut mieux un jeune en apprentissage qu’un jeune au chômage, le problème étant que les fonds ne sont pas du tout ciblés (6000 euros pour un mineur et 8000 euros pour un majeur la première année), quels que soient le diplôme préparé et la taille de l’entreprise.
Et le dispositif est majoritairement choisi par les entreprises pour embaucher des jeunes qui ne sont pas les plus éloignés de l’emploi. La cour des Comptes tançait déjà le gouvernement en 2020 en estimant que l’apprentissage ratait sa cible, alors que la majorité des apprentis préparaient un diplôme du supérieur.
Réformer plutôt que supprimer
Selon les calculs de l’OFCE près de la moitié des emplois créés en apprentissage le serait sans cette prime exceptionnelle – qui peut parfois couvrir quasiment 100% du salaire de la première année. Les aides aux entreprises ne sont pas le seul poste de dépenses pour l’Etat car celui-ci finance désormais, en lieu et place des régions, les CFA (centre de formation des apprentis) payés au «contrat» avec un coût moyen par apprenti en forte augmentation.
S’il n’est pas question de supprimer tous les crédits de l’apprentissage, le dernier conseil du gouvernement sortant à son successeur est de réaliser une sérieuse réforme du système. Bruno Le Maire envisageait déjà de mettre un coup de frein sur ce type d’emplois aidés qui ont largement contribué à la création nette d’emplois ces quatre dernières années. Mais le dernier chiffre du chômage du deuxième trimestre 2024, au sens du BIT, montre une baisse de 0,2 points à 7,3% pour la France (hors Mayotte). De quoi, enfin, mettre en œuvre une action ciblée de l’Etat en matière d’emplois aidés.



