Les entreprises françaises, nouvelles championnes à l’export ? Ce serait aller un peu vite en besogne. Mais depuis trois trimestres, le commerce extérieur tire la croissance française. C’est même devenu son unique moteur selon l’Insee. Alors que la hausse du PIB est attendue à 1,1 % pour 2024, le commerce extérieur explique à lui seul 0,9 % de l’acquis de croissance à septembre.
Mais la dynamique risque d’être de courte durée. La situation n’est pas fréquente pour l’Hexagone, plus habitué à battre des records de déficit commercial. Mais en 2024, les exportations ont été jusque-là vigoureuses, en hausse de 1,9 % pour la Banque de France, qui a remis à jour le 17 septembre ses prévisions pour 2024-2026, alors que les importations piquent du nez de 1,7 %. L’amélioration se voit déjà dans la balance commerciale, en déficit de 82 milliards d’euros sur les douze mois à fin août contre 100 milliards d’euros en 2023.
L'aéronautique a fait presque toute la croissance française de 2024
Ce dynamisme des exportations tient à des logiques de rattrapage. Dans l’aéronautique, les livraisons d’avions et de bateaux de croisière sont tombées au plus bas pendant la pandémie. Depuis, elles ont redémarré, portées par les carnets de commande pleins d’Airbus et de ses sous-traitants. Autre effet plus limité : le redémarrage progressif des centrales nucléaires par EDF, tout au long de l’année 2023, a permis de doper les exportations françaises d’électricité. Mais cet effet désormais ne joue plus.
Du côté de l’aéronautique, il reste encore un peu de marges pour augmenter les exportations, selon l’Insee. Les industriels n’ont pas retrouvé encore leur niveau de production d’avant-crise et «les entreprises aéronautiques butent encore sur des contraintes d’offres» estime Dorian Roucher, le chef du département conjoncture de l’Insee, comme le montrent les difficultés d'Airbus à tenir ses cadences de production. Pour 2025 et 2026, la Banque de France anticipe une contribution à nouveau nulle du commerce extérieur à la croissance, avec une hausse des exportations compensée par celle des importations au même rythme.

- 1784.36+3.25
2024
Smic brut mensuel - moyenne annuelleen €/mois
- 0.2-33.33
Trim 4 2025
Salaire ouvriers - Ensemble DE à RU% sur dernier mois du trimestre précédent
- 1.1685-0.18
9 Avril 2026
Dollar Us (USD) - quotidien$ USD/€
La demande intérieure peine à prendre le relais
Or, peu de moteurs sont prêts à prendre le relais du côté de la demande intérieure. Pour 2025, la Banque de France anticipe d’ailleurs une croissance guère meilleure qu’en 2024, avec 1,2% de hausse du PIB l’an prochain, avant 1,5% en 2026. Car avec les coupes budgétaires probables dans le prochain budget, les dépenses publiques sont amenées à freiner en 2025 et 2026. Or, elles ont constitué cette année l’essentiel de la demande intérieure.
Le moteur traditionnel de la consommation des ménages reste de son côté atone. Malgré une baisse de l’inflation plus rapide que prévue par l’Insee, «la reprise de la consommation se fait attendre», pointe Dorian Roucher. A fin décembre, l’Insee anticipe pourtant que la hausse des prix devrait retomber à 1,6%. La consommation alimentaire au troisième trimestre a continué à reculer, tandis que les ménages ont augmenté leur taux d’épargne à des niveaux historiques. «Quand on demande aux ménages leur sentiment sur l’évolution des prix, ils signalent toujours que les prix continuent d’augmenter», souligne l’Insee.
Sursaut en vue pour la consommation alimentaire.
En parallèle du reflux de l’inflation, les salaires devraient aussi ralentir un peu plus vite que prévu par la Banque de France, avec une hausse de «seulement» 2,7 % anticipée pour 2024 après 4% en 2023. Là aussi, les espoirs sont limités. «Les indicateurs conjoncturels suggèrent une légère embellie pour le second semestre», selon l’Insee. Dans l’agroalimentaire, notamment, les industriels indiquent à nouveau des carnets de commandes qui se regarnissent, signe d’un petit sursaut possible de la consommation alimentaire des ménages. Autre facteur de soutien possible : la meilleure tenue de l’emploi qu’anticipe la Banque de France l’an prochain devrait encourager les ménages à se montrer moins frileux. «Moins d’incertitudes pourrait aussi faire baisser le taux d’épargne», phosphore Olivier Garnier, le chef économiste de la Banque de France.
Reste la reprise de l’investissement des entreprises, lui aussi en pleine déprime. «Les entreprises semblent de plus en plus appuyer sur les freins», estime l’Insee dans sa dernière note, qui pointe le moral au plus bas depuis la pandémie des fabricants des biens d’équipements. La baisse des taux d’intérêt confirmée par la Banque centrale européenne en septembre pourrait commencer à inverser la tendance.



