Avec une inflation sous 2%, les freins se desserrent pour l'économie française

L’inflation est repassée sous la barre des 2 % en août pour la première fois en trois ans. De quoi convaincre la Banque centrale européenne de poursuivre ses baisses de taux

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Les prix à la consommation ont progressé de 1,9% sur un an en août.

La barre est avant tout symbolique. L’inflation est retombée sous les 2 %, l’objectif d’augmentation des prix ciblé par la Banque centrale européenne. Une première depuis trois ans. «La bosse inflationniste est passée et l’inflation n’est plus le problème de l’économie française», résume Mathieu Plane, le directeur adjoint du département prévision de l’OFCE. Selon l’Insee, l’indice des prix à la consommation a progressé de 1,9% en août sur un an (mais 2,2% selon l'indice harmonisé des prix IPCH), après 2,3% en juillet.

L’énergie explique majoritairement le mouvement. D’abord par des effets de base mécaniques : «Les tarifs réglementés de l’électricité avaient augmenté au premier août 2023», rappelle le cabinet économique Asterès. L’autre dynamique vient du pétrole : malgré les tensions géopolitiques au Proche-Orient, et les risques d’escalade entre Iran et Israël, le prix du baril plafonne autour des 80 dollars depuis plusieurs mois, sous fond d’incertitudes sur la demande mondiale d’or noir.

Des baisses de taux attendues en septembre

Autre facteur de décélération, les prix de produits manufacturés sortis d’usine sont stables sur un an, en baisse de 0,1% en août. L’inflation en revanche résiste dans les services, avec une hausse de 3%. «Un effet JO temporaire peut avoir été à l’œuvre, par exemple avec une hausse des prix des hôtels à Paris et des tickets de métro», reprend Asterès. Il n’est pas exclu que l’inflation connaisse des sursauts temporaires dans les prochains mois. «Mais globalement, les effets de second tour sont restés très modérés. Les salaires annuels par tête ont progressé de 2,8% sur le trimestre, alors que les prix ont augmenté de 2,2%», reprend Mathieu Plane. 

Ce retour dans les clous de l’inflation devrait simplifier les baisses des taux à venir pour de la Banque centrale européenne. En juin, l’institution de Francfort a déjà enclenché une première baisse de taux très modeste. Les analystes anticipent désormais un nouveau coup de pouce de 0,25 point de base lors de sa réunion de septembre. D’autant que l’inflation ne s’assagit pas qu’en France. En Allemagne, l’indice des prix est retombé à 2% en août, et à 2,4% en Espagne. Au niveau de la zone euro, l’inflation plafonne à présent à 2,2%.

La prudence des ménages pèse sur la consommation

Plus vite la Banque centrale pourra desserrer l’étau de sa politique monétaire, plus vite, elle pourra relancer l’activité économique en Europe et soutenir les perspectives d’investissement des entreprises. Pour l’instant, «le processus visant à relâcher les freins sur l’économie reste lent et progressif», constate la banque ING. La BCE est restée jusque-là prudente. Elle surveille de près l’inflation sous-jacente, qui exclut les prix de l’énergie, dont la décélération en zone euro est beaucoup plus lente. «La baisse des taux d’intérêt est le principal, si ce n’est le seul vecteur de croissance en 2025. Or, il faut près de 12 à 18 mois pour voir ses effets sur la croissance», rappelle Mathieu Plane.

Autre frein possible à lever : du côté de la consommation, le retour du calme sur les étiquettes pourrait aussi soutenir les dépenses des ménages. Mais l’effet est incertain pour les économistes. «Au deuxième trimestre, le taux d’épargne a continué à augmenter malgré le reflux de l’inflation», rappelle Mathieu Plane, alors que le taux d’épargne des ménages atteint un niveau inédit, proche de 18% contre 15% en moyenne historique. «Pour l’instant, la consommation ne soutient pas la croissance. La bonne nouvelle, c’est que si les ménages arrêtent d’épargner, cela pourrait rebondir vite», souligne l’économiste. Mais au côté du reflux de l’inflation, il ne faudra pas que l’incertitude politique brouille le message et la confiance des ménages.

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