Le commerce extérieur français enregistre une dégringolade inédite en 2022... et son rebond semble incertain

Le commerce extérieur français a plongé dans le rouge vif en 2022, avec un déficit de 164 milliards d’euros, sa pire performance historique. Même si l'énergie explique une grande partie de la dégradation, la balance commerciale de l'industrie plonge de 78 milliards d'euros.

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CMA CGM transport maritime marchandises
Les exportations françaises ont progressé de 18% en 2022, alors que les importations ont flambé de 29%.

Jusqu’où peut dégringoler le commerce extérieur français? Les chiffres publiés mardi 7 février par la Direction générale des douanes ne constituent pas vraiment une surprise. Mais la balance commerciale française continue de s'enfoncer, année après année. En 2022, elle a atteint le niveau record de 164 milliards d’euros de déficit. Un chiffre inédit, le pire jamais enregistré, qui pulvérise le précédent record de 2021 de 85 milliards d’euros. Le bilan final est au final plus mauvais que ce que prévoyait le gouvernement à l’automne lors de la présentation du projet de loi de finances 2023. L'exécutif tablait alors sur 156 milliards d’euros.

La moitié de la dégradation imputable à l'énergie

La facture énergétique pèse lourd dans cette dégradation. A elle seule, elle en expliquerait 85% du total, selon le ministre délégué chargé du commerce extérieur, Olivier Becht. Avec la guerre en Ukraine, les prix du gaz et du pétrole se sont envolés. Sur un an, la facture énergétique a quasiment doublé, pour atteindre 115 milliards d’euros, contre 45 milliards d’euros l’année précédente. La dépréciation de l’euro, qui a perdu près de 11% par rapport au dollar sur l’année, a encore alourdi le coût des importations d’énergie. Des éléments sur lesquels la France a peu de prise. Pour ne rien arranger, le pays est par ailleurs devenu importateur net d’électricité, ce qui a pesé pour 10 milliards d’euros sur la facture globale, faute de centrales nucléaires en état de marche. 

Mais le déficit énergétique ne fait pas tout. «Il faut être lucide. La moitié des 164 milliards d’euros de déficit est imputable à l’énergie. Mais nous avons également un déficit structurel, qui malheureusement se maintient», souligne Olivier Becht. Hors énergie, le déficit de la balance commerciale des biens manufacturés attient 78,5 milliards d’euros. Soit un quasi-doublement par rapport à 2019.

Un révélateur de la perte de compétitivité 

Même si les exportations ont progressé de 18% en 2022, leur rebond a été moins rapide que celui des importations en valeur (+29%). Les moteurs traditionnels du commerce extérieur français sont parvenus à améliorer leur solde commercial en 2023. C’est le cas des livraisons aéronautiques, très affectées par la crise du Covid, qui voient leur excédent se redresser à 23,5 milliards d’euros. Les chantiers navals (avec une hausse de 2,9 milliards d’euros de leur excédent par rapport à 2021), les parfums et cosmétiques (+2,3 milliards d’euros), la pharmacie (+0,4 milliard d'euros) et les boissons ont aussi contribué positivement au commerce extérieur. Tous les autres secteurs en revanche sont dans le rouge. Le solde commercial de l’automobile a continué à se dégrader de 1,9 milliard d’euros, pour atteindre près de 20 milliards d’euros, tandis que l’excédent traditionnel de l’industrie agroalimentaire a fondu à 5,6 milliards d'euros.

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«C’est le révélateur d’un retard de compétitivité des entreprises françaises», s’inquiète Patrick Martin, le président délégué du Medef, qui y voit une raison pour aller encore plus loin que la baisse de 18 milliards d'euros des impôts de production actée depuis 2020 par le gouvernement. Les raisons du décrochage du commerce extérieur français sont connues. Pendant des années, la France a perdu des entreprises industrielles. La balance des revenus a d'ailleurs atteint un niveau record, avec 30 milliards d'euros d'excédents. Et elle pèse moins d’entreprises exportatrices que ses voisins. Résultat : «On ne peut pas exporter ce qu’on ne produit plus», résume Olivier Becht. Même si la réindustrialisation est revenue en force dans les priorités du gouvernement, les résultats sont longs à se faire sentir. En 2022, la part de marché de la France dans les exportations de la zone euro a commencé à se stabiliser, après un brutal décrochage depuis 2019, selon une étude de Rexecode

Plus de PME exportatrices 

Déprimant? La dégradation de la balance commerciale n’est pas spécifique à la France pour une fois. Tous les pays européens ont vu leur facture énergétique augmenter. En Allemagne, l’excédent commercial a fondu de moitié en un an, pour s’établir à près de 76 milliards d’euros. Et si la balance des biens est dans le rouge, ce n’est pas le cas de celle des services, qui a dégagé un excédent de 50 milliards d’euros grâce notamment à la santé éclatante de CMA-CGM, dopé par les prix stratosphériques du fret maritime en 2022. 

De son côté, le ministre au commerce extérieur veut croire que la balance commerciale française a, cette fois-ci, touché le fond. La facture énergétique devrait décroître cette année, si la baisse des prix de l'énergie observée en ce début d'année se maintient. Et «la réindustrialisation est en marche», jure Olivier Becht. La France a gagné en attractivité pour les investisseurs étrangers et l'étoile de ses concurrents européens pâlit, alors que l’Allemagne doit gérer la fin de sa dépendance au gaz russe et sa transition, tandis que le Royaume-Uni doit absorber les effets du Brexit. «Vu de loin, ce sont des éléments qui peuvent inquiéter des investisseurs. Il y a un moment France. Et les investissements étrangers sont bons pour la France. Les entreprises internationales produisent pour le marché français, mais aussi souvent pour l’export», argumente le ministre.

Autre nouvelle encourageante: les entreprises n'ont pas été découragées par l'exportation, malgré les conséquences de la guerre en Ukraine et les difficultés logistiques persistantes. «Nous avons plus d’entreprises à l’exportation, plus de chiffre d’affaires additionnel», se félicite Laurent Saint-Martin, le nouveau directeur général de Business France. Le nombre des entreprises exportatrices a grimpé de 130 000 en 2019, à 144 000 en 2022. C'est encore loin des plus de 200 000 entreprises exportatrices italiennes, mais la progression est certaine. «Nous devons porter plus de PME à l’export. Il faut aussi que les entreprises qui vendent à l’étranger aillent gagner de nouveaux marchés et se maintiennent à l’export», liste Olivier Becht. Un constat partagé par les entreprises. «Nous n’avons pas assez de primo-exportateurs et les entreprises ne chassent toujours pas assez en meute», abonde Patrick Martin, qui juge nécessaire «un effort de réflexion rapide sur nos outils d’accompagnement». 

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