La flambée des prix de l’énergie a violemment secoué l’industrie française ces derniers mois. Mais pas de quoi entamer sa compétitivité, du moins par rapport à ses grands concurrents de la zone euro, si l'on se fie aux conclusions de l’institut Rexecode, proche du patronat. En 2022, la France a enregistré une hausse de 0,3 point de sa part de marché dans les exportations de la zone euro par rapport à 2021. Les industriels tricolores gagnent du terrain sur leurs principaux pays voisins. A commencer par l’Allemagne, dont la part dans les exportations européennes recule de 1,1% en 2022. Mais les exportations françaises de biens manufacturés ont aussi augmenté plus vite que celles de l’Italie, des Pays-Bas et l’Espagne, dont la part de marché progresse de 0,2 point.
Les économistes peinent à saisir complètement les raisons de ce rebond. «Sur les biens, entre 2021 et 2022, la hausse des parts de marché à l’export tient autant au fort rebond des marchés européens qu’à la récupération de parts de marché», avance Olivier Redoules, qui a réalisé le rapport pour Rexecode. Les industriels français ont certes vu leurs prix de production s’envoler un peu moins vite que la moyenne de la zone euro, avec 13,2% d’augmentation des prix de production pour l’export des entreprises françaises, contre 13,9% au niveau européen. Mais la hausse a été encore moins marquée dans d’autres grands pays industriels, comme l’Allemagne. «Les entreprises en France ont plutôt profité de prix plus bas de l’énergie», pointe Olivier Redoules, mais «la hausse des coûts salariaux y a été un peu plus élevée qu’ailleurs et la productivité du travail a davantage baissé». A l'inverse, la baisse de la fiscalité de production continue à jouer en faveur des marges des industriels.
Des parts de marché toujours pas revenues au niveau de 2019
Autre facteur de plus long terme : la compétitivité hors-prix perçue des produits français – que ce soit le design ou la qualité des biens – s’est elle aussi améliorée par rapport à ses concurrents européens, d’après Rexecode, qui a mené en parallèle une enquête approfondie auprès de près de 500 importateurs étrangers dans le secteur des biens de consommation.
Reste à voir si ce sursaut sera durable. Car l’industrie française part de loin. Même si elle n’est pas négligeable, «cette hausse des parts de marché françaises ne permet pas de rattraper le décrochage enregistré depuis 2019 et encore moins depuis les années 2000», prévient Olivier Redoules. Entre 2017 et 2019, la France avait réussi à stabiliser ses parts de marché à l’exportation. Mais depuis le Covid, ses exportations ont cédé davantage de terrain que ses concurrents européens. Elles ne pèsent plus que 11,9% des exportations de biens européennes en 2022, un chiffre toujours en recul de 1,2 point par rapport à 2019. En proportion, la part de l’Allemagne a moins reculé, tandis que l’Espagne et l’Italie ont gagné du terrain.

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Or, pour 2023, rien ne dit que les entreprises parviendront aussi bien à contenir leurs coûts. La hausse des prix de l’énergie pourrait se faire davantage sentir, alors que bon nombre d’entreprises ont eu à renouveler leurs contrats d’énergie en fin d’année seulement. Les incertitudes valent aussi pour les hausses de salaire à venir, même si en Allemagne, IG Metall a déjà obtenu une revalorisation des salaires de 5,2% prévue en juin 2023, et une deuxième de 3,3%.
86 milliards d’euros de déficit commercial des biens
L’industrie française va pourtant devoir profiter d'un rebond prolongé de sa compétitivité pour espérer renverser la dégringolade inquiétante du commerce extérieur. La France est bien partie pour afficher cette année son pire déficit commercial depuis 1948, «alors que l’excédent des services est proche de son record», souligne Olivier Redoules. Bien sûr, la crise énergétique a renchéri les importations d’hydrocarbures, responsables d’environ 60% de la dégradation de la balance commerciale. Mais même en mettant de côté la facture énergétique, sur laquelle la France a peu de maîtrise, le déficit commercial devrait approcher les 86 milliards d’euros pour les seuls biens manufacturés. Pour rappel, celui-ci s’établissait à 72 milliards d’euros en 2021… et à 41 milliards d’euros deux ans plus tôt en 2019, soit un quasi-doublement en trois ans.
Là aussi, des facteurs conjoncturels ont joué. La France paye en partie sa spécialisation sectorielle, alors que le secteur aéronautique et l’industrie automobile ont été fortement secoués par la crise du Covid, puis par les difficultés d’approvisionnement en semi-conducteurs et dans certaines matières premières. D’un excédent de 15 milliards d’euros en 2019, le solde des matériels de transport, qui regroupe les deux secteurs, est passé à un déficit d’un milliard d’euros en 2021, avant de retrouver un excédent de deux milliards d’euros en 2022.
«Mais nous avons perdu des parts de marché un peu partout», reconnaît l’économiste de Rexecode, qui s’inquiète d’une fragilisation plus structurelle du tissu industriel. Depuis 2019, la France est, avec l’Allemagne, le seul pays à voir son poids dans la valeur ajoutée industrielle de la zone euro reculer. Même si, là aussi, des signaux positifs sont relevés par Rexecode, en particulier la résilience de l’investissement industriel et la stabilisation de l’emploi industriel et du nombre d’entreprises dans le secteur, qui était en baisse constante au cours de la dernière décennie. A condition que la concurrence de la Chine et des Etats-Unis ne vienne pas rebattre les cartes de la compétitivité européenne.



