Ni pour, ni contre. La consultation des comités d’entreprise d’Atos sur le projet de cession de la division Tech Foundations à l’homme d’affaires tchèque Daniel Kretinsky se termine sans avis. Le comité d’entreprise européen, convoqué le 28 octobre à Prague, en République Tchèque, a refusé de se prononcer sur le projet. Le comité social et économique central en France, réuni le 30 octobre à Bezons, le siège du groupe, a adopté la même position.
«Les délais de consultation des comités d’entreprises de trois mois au niveau européen et deux mois en France sont épuisés, indique à L’Usine Nouvelle Lionel Ducler, délégué central CGT. Devant un projet aussi flou et des informations incomplètes fournies par la direction, nous n’étions pas en mesure de rendre un avis.» La consultation des comités d’entreprise sur un projet de cession d’activité est une formalité obligatoire, mais son résultat n’a aucun effet contraignant pour la direction.
Le projet de sicssion est un désastre, selon la CGT
Le comité social et économique central en France a commandé une étude d’expertise sur les impacts économiques et sociaux du projet de vente de Tech Foundations à Daniel Kretinsky. «Le rapport d’expertise montre que le projet serait bénéfique sur le plan de la trésorerie car il éviterait le coût de financement de la dette, précise Lionel Ducler. Mais il pointe les risques de perte de synergie entre les deux divisions du groupe, Eviden et Tech Foundations, car beaucoup de contrats clients touchent les deux entités. C’est pourquoi nous considérons ce projet de scission comme un désastre.»
En 18 mois, la CGT a lancé deux alertes économiques sur les projets de transformation proposés par la direction. Dans une lettre adressée le 2 novembre au conseil d’administration, à la direction, aux actionnaires et aux décideurs politiques, le syndicat affiche son opposition aux projets de scission et de cession, qu’il considère comme mortifère, et interpelle la direction avec la question : «Quel est votre projet industriel ?». Il critique le volte-face de la direction qui a choisi de vendre Tech Foundations après avoir envisagé au départ la séparation d’Eviden.
«Vous avez défini un plan de scission en juillet 2022 avec un emprunt bancaire, selon vos dires, de 1,4 milliard d’euros, l’objectif étant une entrée en bourse d’une entité nouvellement créée dénommée Eviden, écrit la CGT dans sa lettre. Douze mois plus tard, la scission se transforme en abandon de l’opération boursière et en un nouveau projet de cession de la moitié du groupe au fonds d’investissement tchèque EPEI de Monsieur Kretinsky. Atos a donc encore consommé un milliard d’euros pour rien, dans des opérations internes hasardeuses et contre-productives, sans aucune garantie que cette nouvelle orientation permette un redressement du groupe.»
CFDT contre la vente d'actifs d'Eviden
La CFDT, le syndicat majoritaire chez Atos, est sur une ligne moins tranchée. Sans être contre le projet de cession, elle veille à ce que les conditions de mise en œuvre de ce plan ne pénalisent ni les salariés ni les intérêts des deux entités du groupe. «Notre priorité est de sauver l’emploi, affirme à L’Usine Nouvelle Alia Iassamen, coordinatrice de la CFDT. Nous voulons que le partage d’activités entre Tech Foundations et Eviden soit équitable pour les deux entités. Nous sommes contre la vente d’actifs qui viendrait affaiblir Eviden.» La direction envisage en effet la cession de 400 millions d’actifs d’Eviden pour financer la dette. La CFDT craint que ce projet ne concerne l’activité BDS (Big data et sécurité), considérée comme la pépite d’Atos dans le digital.
Une lettre a été adressée le 4 novembre au nouveau duo à la tête d’Atos, Jean-Pierre Mustier, président du conseil d’administration, et Yves Bernaert, directeur général, appelant à clarifier le projet d’entreprise. «Cela fait trop longtemps que le groupe est dans le brouillard, lit-on dans la lettre. Jean-Pierre, Yves, vous devez corriger toutes ces dérives. Tracez la route, nous ne pouvons plus rester sur place, dans une attente interminable. Il est temps de réinvestir une ambition qui nous animera toutes et tous. Votre mission est ardue. Les énergies sont prêtes. L’espoir est immense. Vous n’avez donc pas droit à l’erreur, car c’est l’avenir de 110 000 salariés et leurs familles qui est en jeu !»
Sur le front de l’emploi, la direction affiche 29 500 embauches en 2022. Un chiffre que les syndicats relativisent en raison du taux élevé d’attrition : 23%. Et selon la CGT, 62% des recrutements en 2022 ont bénéficié à des pays à faible coût de main-d’œuvre comme l‘Inde, la Roumanie ou la Pologne. L’objectif de la direction serait d’augmenter le poids de l’off-shore (prestations à partir de pays lointains comme l’Inde) et du near-shore (à partir de pays de l’Europe de l’Est) pour réduire les coûts. Conséquence : les effectifs en France seraient tombés de 13 000 personnes, il y a trois ans, à environ 9 000 aujourd’hui selon la CGT.



